
Théologie
Elpis : L'Espérance Qui Ne Trompe Point
13 juin 2024
« Or, l'espérance ne trompe point, parce que l'amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous a été donné. »
Voici un mot que nous manions à la légère et que l'Écriture, elle, charge d'un poids immense : l'espérance. Dans la bouche du monde, espérer revient à souhaiter sans savoir, à croiser les doigts devant un lendemain incertain. Sous la plume de Paul, le mot grec elpis dit tout autre chose. Il ne désigne pas un vœu jeté au hasard : c'est une attente assurée, arrimée à la fidélité de Dieu. Écoutez l'audace de l'apôtre : Or, l'espérance ne trompe point, parce que l'amour de Dieu est répandu dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous a été donné.(Romains 5:5)
Si l'espérance chrétienne ne déçoit pas, ce n'est pas que nous soyons forts ; c'est que son appui se trouve ailleurs qu'en nous. Toute la différence est là.
Chez les Grecs anciens, elpis gardait quelque chose d'ambigu. On pouvait en espérer le meilleur autant qu'en redouter le pire ; c'était une attente aveugle, tendue vers un lendemain qu'aucun homme ne maîtrise. Le Nouveau Testament s'empare du mot et le retourne. L'espérance n'y est plus la projection de nos désirs ; elle devient la certitude paisible que Dieu tiendra ce qu'il a promis. Elle regarde en avant tout en prenant appui sur ce qui s'est déjà accompli derrière nous, la croix et le tombeau vide. D'où l'assurance que Paul lui reconnaît. Elle ne mise pas sur la probabilité des événements mais sur le caractère de Celui qui a parlé. Espérer, au sens biblique, ne consiste pas à parier ; c'est se reposer sur la parole d'un Dieu qui ne se dédit jamais.
Sur quoi repose donc cette espérance ? Ni sur nos ressources ni sur la marche du monde, mais sur un événement daté, corporel, qu'on peut vérifier : Christ est ressuscité. Si le tombeau était resté clos, notre espérance ne serait que la plus fragile des illusions, une consolation pour cœurs tendres. Mais le Vivant est sorti de la mort, et l'avenir du croyant a déjà commencé. Nous n'espérons pas malgré les faits ; nous espérons à cause d'un fait. L'espérance chrétienne n'a rien d'une fuite hors du réel ; elle en est au contraire l'ancrage le plus solide, dans le réel de Dieu. Elle ne ferme pas les yeux sur la tombe, elle regarde au-delà, vers Celui qui l'a vaincue. C'est pourquoi elle tient debout quand tout le reste vacille : son point d'appui n'est pas ici-bas.
Il faut pourtant le dire franchement : cette espérance se forge au creuset. Juste avant notre verset, Paul écrit que la tribulation produit la persévérance, la persévérance une fermeté éprouvée, et cette fermeté l'espérance. L'ordre a de quoi surprendre. On s'attendrait à ce que l'épreuve dissolve l'espérance ; l'apôtre soutient qu'elle la façonne. Non que la souffrance soit bonne en soi ; jamais l'Écriture ne nous demande de mentir sur la douleur. Mais Dieu, patiemment, se sert du feu pour brûler ce qui, en nous, s'appuyait encore sur du sable. Qui a traversé la nuit et vu Dieu tenir bon sait maintenant qu'il tiendra encore. L'espérance éprouvée n'a rien de naïf ; elle porte des cicatrices. Et c'est bien pour cela qu'on ne l'ébranle plus si aisément.
Reste la question la plus intime : comment être sûr qu'elle ne décevra pas ? Paul ne répond pas par un raisonnement, il désigne un don. L'amour de Dieu, dit-il, se trouve déjà versé dans le cœur du croyant par le Saint-Esprit qui lui a été donné. L'espérance ne tient donc pas à la force de nos autopersuasions ; elle tient parce que Dieu, par son Esprit, dépose d'avance en nous un avant-goût de ce qu'il a promis. Le mot grec rendu par répandu évoque un liquide versé sans mesure, à flots. Ce que nous recevons n'est pas un maigre acompte, c'est une effusion. Là est le sceau, la garantie intérieure. L'espérance chrétienne n'est pas une tension vers un Dieu lointain ; elle répond à un Dieu qui s'est déjà rapproché et qui habite les siens.
Méfions-nous ici d'une contrefaçon séduisante. L'espérance biblique n'a rien de l'optimisme qui promet la santé, la réussite et des lendemains faciles à qui croirait assez fort. Ce faux évangile s'écroule au premier deuil venu. L'espérance, la vraie, ne promet pas que la tempête s'apaisera selon nos plans ; elle promet que Celui qui marche sur les eaux ne nous lâchera pas. Elle laisse Job pleurer sans lui asséner de réponses toutes faites. Elle ne réclame pas que nous souriions dans l'épreuve, et elle nous interdit pourtant de sombrer dans le désespoir. Entre le déni et l'accablement, elle fraie un troisième chemin : celui de l'homme qui pleure et qui sait quand même où il va. Cette espérance ne ment pas sur le présent ; elle refuse seulement d'en faire le dernier mot.
Alors cette semaine, avant de vouloir raviver votre espérance à la force du poignet, remontez à sa source. Ouvrez le récit de la résurrection et lisez-le lentement, comme une nouvelle qui vous concerne. Souvenez-vous que votre espérance ne repose pas sur votre ferveur, mais sur un tombeau vide et sur un amour déjà versé en vous. Quand l'inquiétude reviendra, et elle reviendra, ne luttez pas seul : nommez-la devant le Père et laissez l'Esprit vous redire la promesse. L'espérance chrétienne n'est pas un effort à fournir, c'est une grâce à recevoir. Elle a un nom et un visage, elle a une tombe ouverte : Jésus-Christ, mort et ressuscité pour vous. Reposez-vous en lui. Celui qui a commencé cette œuvre en vous ne trompe point, et il la mènera à son terme.
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