En toutes choses, non pour toutes choses
« Rendez grâces en toutes choses, car c’est à votre égard la volonté de Dieu en Jésus-Christ. »
Il y a des versets qu'on préférerait ne pas entendre au mauvais moment. Rendez grâces en toutes choses, car c’est à votre égard la volonté de Dieu en Jésus-Christ.(1 Thessaloniciens 5:18)
: la phrase sonne comme une gifle quand tout s'effondre. D'où la nécessité de lire de près. Paul ne demande pas de rendre grâces pour toutes choses, comme si la maladie, le deuil, l'injustice étaient bons en eux-mêmes. Il demande de rendre grâces en toutes choses, à l'intérieur de l'épreuve, sans faire semblant qu'elle n'en est pas une. Entre les deux prépositions, il y a un abîme, et c'est lui qui garde ce commandement de devenir cruel.
La reconnaissance chrétienne n'est pas un déni. Elle n'exige pas qu'on sourie les larmes aux yeux en soutenant que tout va bien. La Bible fait toute leur place aux psaumes de plainte ; Job hurle sa détresse et Dieu ne l'en blâme pas. On peut, du même souffle, gémir et bénir. Ce que la foi tient, ce n'est pas que tout soit bon, c'est que Dieu, lui, reste bon, et qu'aucune circonstance ne le fait tomber de son trône.
Le mot grec eucharistia, rendre grâces, dit à la lettre la belle grâce, l'aveu d'une faveur reçue ; il abrite en son cœur le mot charis, la grâce imméritée. Rendre grâces ne consiste pas à feindre qu'on aime sa douleur. C'est reconnaître qu'au fond de la nuit une faveur demeure : Dieu ne m'a pas laissé, Christ a porté ma détresse, et l'histoire n'est pas close. On ne remercie pas l'épreuve ; on remercie Celui qui ne nous lâche pas au milieu d'elle.
Voilà pourquoi Paul précise : en Jésus-Christ. La reconnaissance ne tient pas debout par notre force de caractère ; elle tient par une personne. À la croix, Dieu a montré qu'il savait tirer le plus grand bien du pire des maux. Si le vendredi de la mort est devenu source de vie, aucune de nos nuits n'est sans issue possible entre ses mains. La gratitude dans l'épreuve n'a rien d'un optimisme : c'est la confiance d'un enfant envers un Père qui a déjà livré son Fils.
Cette semaine, prends la circonstance qui te pèse le plus et apprends à la tenir des deux mains. D'un côté, dis à Dieu ta peine sans la maquiller ; de l'autre, cherche une seule faveur qui demeure quand même, et nomme-la devant lui. Tu n'auras pas menti, et tu n'auras pas non plus oublié la grâce. Rendre grâces en toutes choses commence là, dans cet équilibre fragile et honnête.
Père, tu ne me demandes pas de mentir sur ma peine. Reçois ma plainte sans me condamner, et fais-moi voir la faveur qui demeure au cœur de la nuit. Puisque tu n'as pas épargné ton Fils, je crois que tu ne m'abandonneras pas. Apprends-moi à te bénir dans l'épreuve. Amen.