L'Esprit Éditorial
Bâtir un couple sur le Roc · Semaine 3 : Se pardonner comme Christ nous a pardonné

Comme Christ vous a pardonné

« Supportez-vous les uns les autres, et, si l’un a sujet de se plaindre de l’autre, pardonnez-vous réciproquement. De même que Christ vous a pardonné, pardonnez-vous aussi. »
Colossiens 3:13

Paul est réaliste, et cela soulage. Il n'imagine ni une communauté de saints sans la moindre friction, ni un couple où l'on ne se blesserait jamais. Il écrit plutôt : Supportez-vous les uns les autres, et, si l’un a sujet de se plaindre de l’autre, pardonnez-vous réciproquement. De même que Christ vous a pardonné, pardonnez-vous aussi.(Colossiens 3:13). Le grief est prévu ; il fait partie de la vie commune de deux pécheurs sous le même toit. Sa première parole n'est pas un irréaliste « ne vous blessez jamais ». C'est un appel à se supporter les uns les autres. Le verbe grec dit le fait de porter un fardeau. Aimer sur la durée, c'est porter aussi les défauts de l'autre, sans les nier, en les supportant avec patience comme un poids bien réel.

Se supporter ne suffit pourtant pas. Les griefs qu'on ne traite jamais s'entassent et finissent par durcir le cœur. Paul ajoute donc l'ordre de se pardonner réciproquement. Le verbe grec qu'il emploie pour pardonner, charizomai, est bâti sur charis, la grâce. Pardonner, au sens propre, c'est faire grâce, donner pour rien ce qui n'est pas dû. Le pardon dans un couple ne se négocie pas comme un marché (je te pardonne si tu répares), et il ne consiste pas davantage à enfouir la blessure sous un oubli forcé. Il donne pour rien : le refus de faire payer, une dette qu'on choisit d'effacer parce qu'on préfère la grâce au décompte. Cela seul empêche un foyer de devenir un tribunal permanent.

Or Paul sait qu'un tel pardon dépasse nos forces, et il en indique aussitôt la source : Christ nous a pardonnés le premier, et c'est de la même manière qu'il nous demande de pardonner. Tout tient dans ce de même que. Le pardon que je dois à mon conjoint ne commence pas comme une vertu que je fabriquerais à la force du poignet. C'est un pardon reçu que je laisse simplement passer à travers moi. Avant d'être celui qui pardonne, je suis un pardonné. À la croix, Christ a effacé envers moi une dette bien plus lourde que toutes celles de mon conjoint mises ensemble. Qui a pris la mesure de ce qu'il a été gracié trouve de quoi faire grâce à son tour.

Ne faisons pas de ce commandement un fardeau de plus, comme si le bon chrétien devait pardonner sans douleur et du jour au lendemain. Le pardon est le plus souvent un chemin plutôt qu'un instant. Il peut être long, il coûte, on le reprend certains matins. Mais il ne tient pas debout sur notre générosité : c'est à celle du Christ qu'il puise. Cette semaine, apporte à Dieu un grief précis que tu gardes contre ton conjoint, et laisse-le d'abord te redire tout ce qui t'a été pardonné, à toi. Puis fais un pas concret, une parole, un geste de réconciliation. L'autre ne l'a pas forcément mérité ; peu importe : gracié le premier, tu peux gracier à ton tour.

Prière

Seigneur, tu m'as pardonné une dette immense que je ne rembourserai jamais. Comment retiendrais-je alors les torts de celle, de celui que j'aime ? Rappelle-moi sans cesse combien tu m'as gracié, pour que je puisse faire grâce à mon tour. Guéris nos rancunes, retire le décompte de nos cœurs, et fais de notre pardon mutuel le reflet du tien. Que la grâce reçue de toi devienne, entre nous, une grâce donnée. Amen.