D'abord dans ton cœur, ensuite sur tes lèvres
« Et ces commandements, que je te donne aujourd'hui, seront dans ton cœur. Tu les inculqueras à tes enfants, et tu en parleras quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras. »
Voici l'une des plus vieilles pages sur la transmission de la foi, et elle s'ouvre sur un ordre qui déroute les parents pressés. Avant de parler des enfants, Dieu parle du cœur du père et de la mère : Et ces commandements, que je te donne aujourd'hui, seront dans ton coeur.(Deutéronome 6:6)
Ensuite seulement vient : Tu les inculqueras à tes enfants, et tu en parleras quand tu seras dans ta maison, quand tu iras en voyage, quand tu te coucheras et quand tu te lèveras.(Deutéronome 6:7)
Cet ordre a son poids. Ce qui se transmet, ce n'est pas d'abord ce que l'on sait ; c'est ce dont on vit. Un enfant flaire très tôt l'écart entre une religion récitée et une foi habitée. Avant d'instruire quoi que ce soit, le parent croyant a d'abord à laisser la Parole habiter son propre cœur.
Le verbe rendu par « tu les inculqueras » est très concret en hébreu : il évoque l'idée d'aiguiser, de graver à force de répétition, comme on affûte une lame en repassant patiemment sur la pierre. La foi passe rarement par une grande conversation solennelle réglée une fois pour toutes. Elle passe par mille passages menus, par la reprise tranquille des mêmes vérités. Le texte le dit très bien : à la maison et sur la route, au coucher et au lever. Partout, donc, tout le temps, dans le tissu banal des heures. La Parole n'a rien d'une matière scolaire réservée au dimanche ; elle est le climat même de la maison.
Il y a là un immense soulagement pour les parents qui se croient disqualifiés. Nul besoin d'être théologien ou d'avoir réponse à tout. Il faut un cœur où la Parole demeure, et le courage d'en parler simplement dans les interstices du jour : une phrase au moment du repas, une prière avant le sommeil, un verset murmuré dans la voiture. Dieu ne réclame pas une performance pédagogique ; il attend une présence fidèle et sans façon. Nos enfants gardent nos discours bien moins que ce qu'ils nous voient aimer.
Gardons pourtant une chose au clair, car elle porte tout le reste. Semer n'est pas convertir. Le parent le plus fidèle ne fabrique pas la foi de son enfant ; il n'en a ni le pouvoir ni la charge. Le fruit ne dépend pas de nous ; la semence, oui. Cela nous délivre de deux poisons : l'orgueil, quand tout semble bien tourner, et l'accablement, quand le cœur d'un enfant paraît se fermer. Notre part, c'est de semer largement, jour après jour. La croissance, elle, appartient à un Autre, et l'on peut enfin respirer.
Cette semaine, ne te lance pas dans un grand programme que tu ne tiendras pas. Prends un seul moment ordinaire, déjà présent dans ta journée, le repas ou le coucher, et fais-y entrer la Parole sans cérémonie. Laisse d'abord un verset habiter ton cœur avant de le déposer dans celui de ton enfant. Tu ne bâtis pas seul : tu sèmes devant Celui qui aime tes enfants plus encore que toi, et qui a promis de faire croître. Sois fidèle au geste, et remets la moisson à sa grâce.
Père, avant de parler de toi à mes enfants, mets ta Parole dans mon propre cœur. Délivre-moi de la peur de mal faire et de l'orgueil de tout réussir. Donne-moi de semer fidèlement, au fil des jours ordinaires, et de te confier ce que je ne peux produire : la foi qui naît dans leur cœur. Amen.