L'Esprit Éditorial
Élever ses enfants dans la foi · Semaine 2 : Planter et arroser, laisser Dieu faire croître

Celui qui fait croître

« J'ai planté, Apollos a arrosé, mais Dieu a fait croître. »
1 Corinthiens 3:6

Paul écrivait à une Église qui se déchirait autour de ses conducteurs, l'un se réclamant de lui, l'autre d'Apollos. Sa réponse vaut aussi pour le foyer chrétien : J'ai planté, Apollos a arrosé, mais Dieu a fait croître.(1 Corinthiens 3:6) Trois verbes, et deux mondes. D'un côté ce que l'homme fait, planter et arroser ; de l'autre ce que Dieu seul fait, la croissance. Le paysan a beau travailler sa terre du matin au soir, il ne fera pas lever une tige par la force de son poignet. La vie sort de la semence par une puissance qui ne lui appartient pas. Aucun parent, si aimant soit-il, ne tient dans sa main la croissance d'une âme.

Vois comme la grammaire elle-même prêche. Planter et arroser sont au passé : gestes ponctuels, bornés, qu'on accomplit puis qu'on quitte. Faire croître dit tout autre chose, un travail continu, secret, de jour et de nuit, que nul œil ne surveille. Pendant que le parent dort, quelque chose œuvre dans le cœur de son enfant, hors de sa vue et hors de sa prise. C'est humiliant et reposant à la fois. Humiliant, parce que cela ruine notre illusion de tout maîtriser. Reposant, parce que cela ôte de nos épaules un fardeau qui n'a jamais été taillé pour elles.

Combien de pères et de mères fidèles s'accusent en silence : où ai-je manqué ? Si j'avais mieux parlé, mieux prié, mieux vécu, mon enfant croirait. À ceux-là, ce texte vient rendre debout. Tu n'es pas le sauveur de ton enfant ; la place est prise, et c'est heureux. Ta fidélité à planter et à arroser compte, Dieu l'honore, sans qu'elle soit pour autant la cause de la foi. La foi ne se fabrique pas à force de bonnes méthodes. Elle est un don que Dieu fait naître à son heure, souvent bien après que nous avons cessé de compter les saisons.

Ne méprise pas non plus la lenteur. Une graine qui paraît morte sous la terre est déjà au travail. Bien des enfants élevés dans la Parole s'en éloignent un temps, puis la retrouvent des années plus tard, comme on retrouve un chemin d'enfance. Ce que tu as semé n'est pas perdu sous prétexte qu'il ne germe pas aujourd'hui, sous tes yeux impatients. Le semeur de la parabole rentre chez lui et dort, et la semence pousse sans qu'il sache comment. Continue d'arroser, même quand rien ne paraît. La croissance ne dépend pas de toi ; ta fidélité, si.

Cette semaine, change ton inquiétude en prière. Chaque fois que l'angoisse te prend pour la foi de ton enfant, arrête-toi et remets-le par son nom à Celui qui fait croître. Fais ta part sans relâche, planter, arroser, aimer, puis dépose le reste dans des mains plus sûres que les tiennes. Car derrière ta table et ton jardin se tient un Dieu qui aime tes enfants d'un amour de don, l'agapè qui se donne sans rien réclamer, et qui n'a pas fini de travailler dans le secret.

Prière

Seigneur, tu es celui qui fait croître. Je te confie ce que je ne peux produire : la foi vivante dans le cœur de mon enfant. Délivre-moi de la culpabilité et de l'illusion de tout maîtriser. Rends-moi fidèle à planter et à arroser, patient devant ta lenteur, et confiant en ton travail secret. Amen.