L'Esprit Éditorial
La Sainteté au Quotidien · Semaine 3 : La sainteté dans le travail et les relations

Le travail ordinaire comme lieu sacré

« Tout ce que vous faites, faites-le de bon cœur, comme pour le Seigneur et non pour des hommes. »
Colossiens 3:23

Nous coupons volontiers la vie en deux : le sacré du dimanche et le profane des jours ouvrés, la prière d'un côté, les corvées de l'autre. Paul refuse cette coupure. Il s'adresse à des esclaves, à des gens dont le travail n'avait rien de gratifiant, et un seul mot vient transfigurer leur labeur : le faire comme pour le Seigneur. Rien n'est trop banal pour devenir un culte. Le tableau à remplir, le repas à préparer, le client qu'il faut écouter, tout cela peut s'offrir, et ce qu'on offre devient sacré.

L'expression rendue par « de bon cœur » porte une image forte : à la lettre, agir depuis l'âme, ek psychēs. On ne travaille pas mieux pour se faire remarquer ; on travaille depuis un centre déplacé, le dedans tourné vers Dieu. Le même geste sera corvée ou adoration selon celui à qui, dans le secret, on l'adresse. La sainteté ne réclame pas forcément qu'on change de métier. Elle réclame qu'on change de destinataire.

Cela vaut davantage encore pour les relations. Le prochain difficile ne fait pas obstacle à notre vie spirituelle ; il en est le terrain d'entraînement. Aimer qui nous aime ne coûte pas grand-chose, et Jésus fait observer que les publicains eux-mêmes s'en acquittent. C'est là où l'amour n'est pas rendu que la sainteté se joue : le collègue déloyal, le voisin pénible, le conjoint à bout. Servir en ce lieu comme pour le Seigneur nous arrache au calcul des mérites et nous fait ressembler à Celui qui nous a servis le premier.

C'est Christ qui a ouvert ce chemin. Lui, le Seigneur, a pris le linge et lavé les pieds de ses disciples, jusqu'à ceux de l'homme qui allait le livrer. Rien ne lui revenait en échange, et il n'a rien attendu. Notre service, au bureau comme à la maison, ne nous vaut aucun mérite devant Dieu ; il est seulement la joie de refléter en petit l'abaissement de notre Sauveur. Nous ne travaillons pas pour obtenir son regard : nous l'avons déjà, et cela délie nos mains.

Cette semaine, prends une tâche que tu détestes et offre-la, en silence et pour de bon, au Seigneur avant de t'y mettre. Choisis aussi quelqu'un que tu trouves pesant, et rends-lui un service concret sans le dire, sans rien attendre en retour. Tu t'apercevras peut-être que l'endroit le plus banal de ta semaine était, à ton insu, un sanctuaire. Si Dieu le veut, commence par là.

Prière

Seigneur Jésus, toi qui as lavé les pieds de tes disciples, apprends-moi à servir sans compter. Fais de mon travail et de mes relations un culte que je t'offre à toi seul. Là où l'amour n'est pas rendu, donne ta grâce pour aimer quand même. Que rien de ma semaine ne te paraisse trop banal. Amen.