L'Esprit Éditorial
Le Chemin de la Passion vers Pâques · Semaine 2 : Tout est accompli

Le dernier mot de la croix

« Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit: Tout est accompli. Et, baissant la tête, il rendit l'esprit. »
Jean 19:30

Il y a des mots qui ferment une porte, et d'autres qui en ouvrent une pour toujours. Le dernier cri de Jésus sur la croix est de ceux-là. Il n'a pas dit « c'est fini » comme on constate une défaite, ni « je n'en peux plus » comme on abandonne. Il a dit : « Tout est accompli. » En grec, un seul mot : tetelestai. Et ce mot, on l'écrivait à l'époque au bas d'une facture entièrement réglée : payé, acquitté, il ne reste plus rien à devoir. Sur la croix, ce n'est pas une vie qui échoue ; c'est une dette qui s'éteint.

Il faut mesurer ce que ce mot referme. L'attente des prophètes, les sacrifices de l'Ancienne Alliance, la longue histoire d'une humanité incapable de se sauver seule : tout cela trouve là son terme. Ce qu'aucun rite ni aucun mérite ne pouvait accomplir, le Christ l'accomplit en se donnant. Dire « tout est accompli », c'est dire que rien ne manque et que rien n'est à ajouter. Le salut n'est pas un chantier que notre bonne conduite devrait achever ; c'est une œuvre déjà finie, que nous n'avons qu'à recevoir.

C'est ici le cœur brûlant de l'Évangile, et il faut le dire sans détour. Si le salut a été accompli à la croix, il n'est plus à gagner. Car c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. Ce n'est point par les œuvres, afin que personne ne se glorifie.(Éphésiens 2:8-9) Dès que nous posons notre performance comme condition du salut, nous contredisons ce mot de la croix. Le Christ n'a pas dit : commencez à travailler. Il a dit que tout était accompli.

Remarquez la suite : baissant la tête, il rendit l'esprit. On ne lui arrache pas la vie ; il la remet. Jusqu'au bout il reste celui qui donne, et non la victime débordée par les événements. Personne ne me l'ôte, mais je la donne de moi-même; j'ai le pouvoir de la donner, et j'ai le pouvoir de la reprendre: tel est l'ordre que j'ai reçu de mon Père.(Jean 10:18) Cette mort n'est pas un accident tragique, c'est un don libre, consenti par amour. Le silence qui tombe alors sur le Calvaire n'est pas celui d'une défaite ; c'est celui d'une œuvre portée jusqu'à son terme.

Cette semaine, tenez-vous au pied de cette croix et laissez ce mot vous rejoindre. Y a-t-il en vous une dette que vous croyez devoir encore payer à Dieu, une faute rejouée sans fin, la peur de n'être jamais à la hauteur ? Écoutez : tetelestai, tout est accompli. Non par vous, mais pour vous. Votre seule tâche n'est pas d'ajouter à l'œuvre du Christ ; c'est de vous reposer sur elle, et de vivre en homme, en femme dont la dette est déjà réglée.

Prière

Seigneur crucifié, sur la croix tu as dit : tout est accompli. Je renonce à payer ce que tu as déjà réglé, à mériter ce que tu m'as donné. Merci d'avoir tout porté à ma place, une fois pour toutes. Que ce mot fasse taire mes peurs et mon orgueil. Apprends-moi à me reposer sur ton œuvre achevée, et à en vivre. Amen.