L'Esprit Éditorial
Le Pardon : se libérer et libérer · Semaine 1 : La dette effacée — le pardon reçu d'abord

L'acte qui nous condamnait, cloué à la croix

« il a effacé l'acte dont les ordonnances nous condamnaient et qui subsistait contre nous, et il l'a détruit en le clouant à la croix; »
Colossiens 2:14

Avant de parler du pardon que nous avons à donner, la Bible nous oblige à regarder celui que nous avons reçu. Paul choisit une image concrète, presque comptable : il a effacé l'acte dont les ordonnances nous condamnaient et qui subsistait contre nous, et il l'a détruit en le clouant à la croix;(Colossiens 2:14) Le terme qu'il emploie désignait une reconnaissance de dette, un papier écrit de la main du débiteur, la liste de tout ce qu'il doit et ne remboursera jamais. Voilà ce qu'étaient nos fautes devant Dieu : une ardoise qui subsistait contre nous, chiffrée, signée, accablante. Le pardon chrétien ne commence pas à notre générosité. Il commence à notre insolvabilité.

Que fait Dieu de cette dette impossible ? Il ne l'allège pas, il ne l'étale pas en mensualités, il ne détourne pas non plus les yeux comme si elle n'existait pas. Le texte dit qu'il l'efface, et le verbe grec veut dire enduire, gommer jusqu'à ce que rien ne reste sur le parchemin. Puis, comme si l'effacer ne suffisait pas, il la détruit en la clouant à la croix. Rien n'a été oublié : la dette a été payée, transférée, fixée sur le bois avec le corps du Fils. Dieu ne minimise pas le mal ; il le prend sur lui.

C'est là toute la différence entre pardonner et nier. Beaucoup s'imaginent que pardonner reviendrait à dire « ce n'est pas grave ». La croix hurle le contraire : c'était si grave qu'il a fallu le sang du Fils de Dieu. Pardonner ne minimise jamais la faute ; on la nomme, on en mesure le prix, et on choisit de le porter. Voilà pourquoi le pardon de Dieu n'a rien d'un laisser-passer : c'est l'acte le plus grave et le plus coûteux qui soit, accompli une fois pour toutes, à la croix.

Et ce pardon se reçoit par grâce, jamais par mérite. Car c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu.(Éphésiens 2:8) Le mot grec charis dit la faveur imméritée, le don qu'on ne rembourse pas. À la table, nous n'avons rien posé sinon notre dette. Le baptême ne l'a pas effacée, nos efforts ne l'ont pas soldée ; Christ seul l'a clouée au bois. Saisir cela n'est pas un préambule au parcours, c'en est le cœur même : qui n'a pas pris la mesure de sa propre dette effacée ne pardonnera jamais son prochain pour de bon.

Cette semaine, ne cours pas tout de suite vers ceux que tu dois pardonner. Reste d'abord au pied de la croix et regarde ta propre ardoise, effacée, détruite, clouée. Mets des mots précis sur ce que Dieu t'a remis, non pour t'écraser mais pour t'émerveiller. Laisse cette gratitude descendre bien bas en toi. C'est de ce puits-là, et d'aucun autre, que montera demain ta capacité de rendre les autres libres. Ce qu'on n'a pas d'abord reçu à genoux, on ne le donne jamais vraiment.

Prière

Seigneur, avant même de penser à ceux qui m'ont blessé, je regarde ma dette envers toi. Elle était immense, et tu l'as effacée, clouée à la croix de ton Fils. Tu n'as pas minimisé ma faute, tu l'as portée. Grave en moi l'émerveillement d'être un débiteur gracié, pour que de ce pardon reçu naisse le pardon que j'ai à donner. Au nom de Jésus, amen.