Que chacun s'éprouve soi-même
« Que chacun donc s'éprouve soi-même, et qu'ainsi il mange du pain et boive de la coupe. »
À Corinthe, on s'approchait de la table du Seigneur n'importe comment. Il y avait des clans, on laissait les pauvres de côté, on mangeait le cœur ailleurs. Paul ne leur demande pas d'arrêter de venir. Il leur demande de venir autrement. Que chacun donc s'éprouve soi-même, et qu'ainsi il mange du pain et boive de la coupe.(1 Corinthiens 11:28)
, écrit-il. Le repas du Seigneur n'est pas un geste qu'on accomplit sans y penser, une file où l'on avance par habitude. C'est une rencontre, et on ne se présente pas à une rencontre qui compte sans y mettre un peu de vérité. S'éprouver, c'est s'arrêter de courir le temps d'un regard honnête sur soi devant Dieu, la Parole ouverte à côté de soi comme un miroir.
Le verbe qu'emploie Paul, dokimazô, ne veut pas dire se condamner. Il désigne l'examen qui vérifie, comme l'orfèvre passe l'or au feu pour voir ce qu'il vaut. Rien d'un tribunal où l'accusé attend sa peine ; plutôt une épreuve qui cherche le vrai. Et cette nuance décide de tout. S'examiner, ce n'est pas remuer sa culpabilité jusqu'à en avoir le vertige, ni aligner ses échecs pour se déclarer indigne et battre en retraite. C'est laisser la lumière de Dieu passer sur sa vie : que ce qui doit être nommé le soit, et que ce qui doit être remis à la grâce lui soit remis.
Reste un piège, et il est subtil : s'imaginer que l'examen a pour but de nous rendre dignes de la table. Nul ne l'est jamais. Si venir dignement voulait dire venir sans péché, la table resterait vide pour toujours. L'examen ne nous qualifie pas ; il nous conduit à Celui qui, seul, nous qualifie. On ne se sonde pas pour se sauver soi-même, car alors ce ne serait plus la grâce ; on se sonde pour s'avancer sans masque vers Celui qui reçoit les pécheurs. Le publicain qui n'osait pas lever les yeux, celui qui disait Le publicain, se tenant à distance, n'osait même pas lever les yeux au ciel; mais il se frappait la poitrine, en disant: O Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur.(Luc 18:13)
, est reparti justifié, et non l'homme sûr de lui.
S'éprouver soi-même, c'est donc regarder la croix avant de se regarder. La lumière qui nous met à nu est celle-là même qui, à Golgotha, a porté ce qu'elle révèle. Elle découvre une rancune ? La croix offre le pardon. Une froideur ? Elle y rallume l'amour. Une vieille blessure ? Elle ouvre le chemin de la restauration. L'ordre compte : d'abord le sondage honnête, ensuite la coupe reçue avec gratitude. Reculer de la table par sentiment d'indignité reviendrait à se juger trop pécheur pour la grâce, alors que c'est aux pécheurs, justement, qu'elle est destinée.
Cette semaine, ménage-toi un temps de silence devant Dieu avant le prochain repas du Seigneur. Demande-lui, avec le psalmiste : Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur! Éprouve-moi, et connais mes pensées!(Psaumes 139:23)
Laisse-le mettre un nom sur ce qui doit en avoir un : une parole à réparer, un pardon encore retenu, une amertume à poser. Puis, sans t'enfermer dans l'accusation, tourne-toi vers la coupe. Tu ne viens pas parce que tu serais en règle ; tu viens parce que Lui t'a mis en règle. Voilà comment se mange le pain et se boit la coupe : les mains vides, le cœur ouvert, en paix avec le Dieu qui pardonne.
Père, sonde-moi et connais mon cœur ; éprouve-moi, et vois ce qui me tient loin de toi. Tu ne le fais pas pour m'écraser, mais pour me reprendre par la main. Montre-moi ce que j'ai à te remettre, et donne-moi le courage de te le remettre vraiment. Conduis-moi ensuite à ta table : non parce que j'en serais digne, mais parce que Christ m'a rendu digne. Amen.
Père, sonde-moi et connais mon cœur ; éprouve-moi, et vois ce qui me tient loin de toi. Tu ne le fais pas pour m'écraser, mais pour me ramener. Conduis-moi à ta table : non parce que j'en suis digne, mais parce que Christ m'a rendu digne. Amen.