Quand la promesse dépasse nos capacités
« C'est par la foi que Sara elle-même, malgré son âge avancé, fut rendue capable d'avoir une postérité, parce qu'elle crut à la fidélité de celui qui avait fait la promesse. »
Sara avait ri. Derrière la tente, quand elle entend qu'elle enfantera à un âge où le corps ne le permet plus, elle rit du rire amer de celle qui a trop espéré pour espérer encore. Et voici que l'épître aux Hébreux, des siècles après, retient sa foi, et non son rire. Il y a là de quoi souffler un peu : Dieu ne bâtit pas son œuvre sur des femmes parfaites, il la bâtit sur sa fidélité à lui. Le texte pèse ses mots : Sara fut rendue capable. Ce n'est pas elle qui s'en est rendue capable.
Le point est décisif. Sans lui, nous ferions de ces femmes des championnes à imiter à la seule force du poignet. Mais l'accent ne porte pas sur la performance de Sara ; il porte sur celui qui avait fait la promesse. La foi dont parle le texte n'est pas une énergie que Sara aurait fabriquée, c'est une confiance accrochée à un Autre. Sa grandeur tient à ceci : elle a fini par lâcher ses calculs pour s'appuyer sur la parole de Dieu.
Anne, bien des générations plus tard, traverse la même nuit. Stérile, humiliée, elle pleure au sanctuaire au point qu'on la prend pour une femme ivre. Elle ne sermonne pas Dieu ; elle répand son âme devant lui, et l'hébreu de son geste dit qu'on vide son cœur comme on verse de l'eau. Dieu se souvient d'elle. De cette attente naîtra Samuel, qu'elle rendra aussitôt à Celui qui le lui avait confié. L'enfant tant désiré ne finit pas dans ses mains comme un bien : il en ressort comme une offrande.
Ces deux récits disent une même chose : là où l'humain est à bout, la promesse de Dieu commence. De loin, ils annoncent une autre naissance, celle où une vierge s'entendra dire que rien n'est impossible à Dieu, et d'où sortira le Sauveur du monde. La lignée fragile de ces femmes stériles débouche, de promesse en promesse, sur Christ. Ce ne sont pas leurs mérites qui portent l'histoire, c'est la fidélité d'un Dieu qui ne laisse jamais tomber sa parole.
Cette semaine, porte devant Dieu l'attente qui te ronge, celle qui paraît sans issue humaine. Ne cherche pas d'abord à être forte comme Sara ou pieuse comme Anne ; apprends plutôt, à leur suite, à t'appuyer sur la fidélité de Celui qui promet. Et si la réponse vient un jour, souviens-toi d'Anne : ce qu'on reçoit n'est pas à saisir comme une prise, mais à rendre, les mains ouvertes, à Celui de qui tout vient.
Dieu fidèle, tu tiens tes promesses quand nos forces sont à bout. Reçois l'attente que je dépose devant toi, comme Anne vida son cœur au sanctuaire. Apprends-moi à m'appuyer sur ta fidélité plutôt que sur ma capacité. Et ce que tu me donnes, apprends-moi à te le rendre. Amen.