Ton Dieu sera mon Dieu
« Ruth répondit : Ne me presse pas de te laisser, de m’éloigner de toi ! Où tu iras j’irai, où tu demeureras je demeurerai ; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu ; »
Ruth était Moabite, née dans un peuple qu'Israël tenait à distance. Sa naissance, son veuvage, sa pauvreté : rien ne la destinait à entrer dans l'histoire sainte. Et pourtant, sur la route du retour, alors qu'elle n'avait rien à y gagner, elle s'attache à sa belle-mère Naomi et prononce ces mots qui bouleversent encore : Ruth répondit : Ne me presse pas de te laisser, de m’éloigner de toi ! Où tu iras j’irai, où tu demeureras je demeurerai ; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu ;(Ruth 1:16)
. Personne ne l'y forçait, aucun avantage ne l'appelait. Une étrangère choisit l'Éternel parce que son cœur a été saisi, voilà tout.
Résistons ici à la tentation de réduire Ruth à un modèle de loyauté qu'on imiterait à la seule force de la volonté. Ce qui se joue va plus loin : la grâce de Dieu attire à lui une femme que la Loi laissait dehors. Au fond, ce livre parle surtout de Dieu, de sa façon d'accueillir l'étrangère et de la conduire jusqu'au cœur de son peuple ; la belle-fille dévouée n'en est pas le vrai sujet. Le mot hébreu hesed, cette bonté fidèle qui traverse tout le récit, dit d'abord l'attachement que Dieu ne rompt jamais. La fidélité de Ruth n'en est que le reflet.
Rahab vient de plus loin encore. Cananéenne, prostituée de Jéricho, elle n'a pour elle qu'une seule chose : elle a entendu parler du Dieu d'Israël, et elle l'a cru. Elle cache les espions, joue sa vie sur ce Dieu qu'elle connaît à peine, et la voilà sauvée. Loin de maquiller son passé, l'Écriture le nomme sans détour, et pourtant elle la place parmi les héros de la foi. La grâce ne réclame pas un dossier irréprochable. Elle réclame une confiance, et elle relève ceux que les hommes avaient déjà classés.
Le plus stupéfiant vient à la fin. Ces deux étrangères, la Moabite et l'ancienne prostituée, se retrouvent nommées dans la généalogie de Jésus-Christ. Dieu ne s'est pas contenté de tolérer Ruth et Rahab en marge ; il les a inscrites dans la lignée par laquelle le Sauveur du monde est venu. Voilà le langage de l'Évangile : Christ n'a pas honte de s'associer à ceux que la religion tenait à l'écart. En lui, il n'y a plus ni Juif ni Grec, et l'étranger est rendu proche par le sang de la croix.
Cette semaine, si tu te sens trop loin, trop marqué par ton passé, trop étranger pour qu'on t'accueille, regarde Ruth et Rahab. Ce qui te fait entrer, ce n'est jamais ta respectabilité ; c'est la grâce qui appelle. Ose dire, comme Ruth : Ruth répondit : Ne me presse pas de te laisser, de m’éloigner de toi ! Où tu iras j’irai, où tu demeureras je demeurerai ; ton peuple sera mon peuple, et ton Dieu sera mon Dieu ;(Ruth 1:16)
. Tu ne le dis pas pour gagner une place ; la place t'est déjà donnée. Et cette semaine, accueille un étranger, un mis à l'écart, comme Dieu t'a toi-même accueilli.
Dieu de grâce, tu appelles l'étranger et tu relèves celui que les hommes écartent. Merci de n'avoir pas eu honte d'inscrire Ruth et Rahab dans la lignée de ton Fils. Quand je me crois trop loin, rappelle-moi que Christ me fait proche par sa croix. Apprends-moi à accueillir comme tu m'accueilles. Amen.