L'Esprit Éditorial
Le coin du recueillement25 avril 2026 · Été · repos

Venez à l'écart

« Venez à l'écart dans un lieu désert, et reposez-vous quelque temps. »
Marc 6:31

L'été ouvre une parenthèse que l'année nous refusait. Le rythme se desserre enfin, les journées s'allongent, et l'on s'aperçoit qu'on était fatigué sans avoir osé le dire. C'est dans un moment semblable que Jésus s'adresse à ses disciples rentrés de mission, essoufflés, si accaparés qu'ils n'avaient plus le temps de manger. Il ne leur reproche pas leur lassitude. Il l'accueille. Sa parole ne réclame aucun rendement de plus ; elle les appelle avec une tendresse rare : venez à l'écart, reposez-vous. Ce repos-là ne se gagne pas au terme d'un travail bien fait. Il se reçoit de la main du Maître, qui connaît nos limites et les respecte mieux que nous ne savons le faire.

Le terme rendu par « à l'écart » désigne un lieu retiré, loin des regards et du bruit. Jésus n'invite pas ses amis à suivre un programme : il les appelle auprès de lui, vers sa présence. Le repos chrétien est un déplacement plus qu'une pause. On quitte le vacarme pour retrouver Celui qui nous a faits. Souvent nous prenons le divertissement pour du repos, espérant nous refaire à coups de bruit et d'écrans. L'âme, pourtant, ne se restaure qu'auprès de sa source. Se reposer selon l'Évangile, c'est poser devant Dieu ce qu'on portait à bout de bras et laisser sa paix réparer peu à peu ce que l'activité avait usé.

Cette invitation porte toute une théologie de la grâce. Notre valeur ne se mesure pas à ce que nous produisons ; nous ne sommes pas des machines. Au commencement déjà, Dieu s'est reposé le septième jour. Non qu'il fût épuisé : il bénissait le temps et le mettait à part. Se reposer, c'est reconnaître humblement que le monde continue de tourner sans nous et que rien, au fond, ne dépend de nos efforts, puisque tout repose déjà sur l'œuvre du Christ. Celui qui a dit Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit: Tout est accompli. Et, baissant la tête, il rendit l'esprit.(Jean 19:30) nous arrache à la tyrannie du toujours-plus. Notre salut ne réclame aucune performance ; il attend seulement que nous recevions.

Cette semaine, accorde-toi un écart réel. L'idée n'est pas de fuir tes responsabilités. Réserve-toi plutôt, sans culpabilité, un temps où tu ne feras rien d'utile, sinon d'être avec Dieu : une marche lente au petit matin, une Bible ouverte sans but précis, ou simplement un silence habité. Laisse le Christ te regarder tel que tu es, fatigué et aimé. Le repos qu'il donne tient dans une présence, celle d'un Père, plus que dans l'absence de tâches. Et le jour où tu reprendras la route, tu la reprendras autrement : l'angoisse ne te poussera plus, une grâce te portera, elle qui te précède et ne te lâchera pas.

Prière

Seigneur, tu connais ma fatigue mieux que moi. Apprends-moi à quitter le vacarme pour te retrouver, et à recevoir de toi le repos que je ne sais pas me donner. Refais mon âme auprès de toi, que ta paix devienne ma force. Amen.