L'Esprit Éditorial
Le coin du recueillement6 mai 2026 · Été · prendre du recul

Venez à l'écart

« Venez à l'écart dans un lieu désert, et reposez-vous quelque temps. »
Marc 6:31

Les disciples reviennent de mission, à bout de souffle. Autour d'eux, une foule qui ne cesse d'aller et de venir, au point de ne plus trouver un moment pour souffler. C'est étonnamment moderne. Et Jésus ne leur reproche pas leur fatigue, il ne les presse pas non plus d'en faire davantage. Il les invite : Venez à l'écart dans un lieu désert, et reposez-vous quelque temps.(Marc 6:31). Le Maître qui, dans un instant, multipliera les pains sait aussi ordonner la halte. Même le service le plus saint ne devrait pas dévorer celui qui le rend. L'été est un temps favorable pour réentendre cet appel à se retirer, non par repli sur soi, mais par obéissance.

« Un lieu désert » traduit le grec erêmos : pas une terre morte, mais un endroit à l'écart, loin de la foule, où l'on s'entend de nouveau penser et prier. Dans les Évangiles, le désert n'a rien du vide qui angoisse ; c'est là qu'on retrouve Dieu. Jésus lui-même s'y retirait souvent pour prier. Prendre du recul ne revient donc pas à déserter sa vie ; on la replace devant Dieu. Nos vacances peuvent n'être qu'un bruit de plus, saturé d'activités. Elles peuvent aussi ménager ce lieu désert intérieur où l'âme respire enfin et se laisse rejoindre par la voix qui apaise.

Notons la mesure du mot : reposez-vous un peu. Le repos qu'il propose n'est pas une fuite sans retour, mais une respiration qui prépare au don renouvelé. Action et retrait ne s'opposent pas ; ils s'articulent comme le souffle, où l'on inspire pour pouvoir expirer. Certains s'épuisent à donner sans jamais recevoir ; d'autres s'assoupissent à recevoir sans jamais donner. L'Évangile nous préserve de ces deux pentes. Celui qui nous appelle à l'écart est aussi celui qui, ressuscité et vivant, nous renvoie ensuite vers les foules. Le recul n'a rien d'une parenthèse inutile : c'est là, dans sa présence, que se refait la force du cœur.

Cette semaine, choisis ton lieu désert pour de bon : un banc, une rive, une chambre au petit matin. Non pour t'y vider la tête, mais pour la remplir de sa Parole et de la prière. Coupe, ne serait-ce qu'une heure, le flot des messages. Tu verras que le monde tourne sans toi, et que Dieu, lui, ne cesse de veiller. Ta performance ne te tient pas ; sa grâce, oui. Reviens ensuite vers les tiens plus léger, non que tout soit réglé, mais parce que tu t'es de nouveau reposé auprès du Maître.

Prière

Jésus, tu connais ma fatigue mieux que moi. Merci de m'inviter à l'écart, non pour me juger mais pour me refaire. Apprends-moi à me retirer sans culpabilité et à revenir sans orgueil. Que ta présence soit mon vrai repos. Amen.