Venez, sans argent
« Vous tous qui avez soif, venez aux eaux, Même celui qui n'a pas d'argent! Venez, achetez et mangez, Venez, achetez du vin et du lait, sans argent, sans rien payer! »
Ésaïe lance son appel à la manière d'un marchand qui hèle la foule, sinon que ce marchand-là n'a rien à vendre : Vous tous qui avez soif, venez aux eaux, Même celui qui n'a pas d'argent! Venez, achetez et mangez, Venez, achetez du vin et du lait, sans argent, sans rien payer!(Ésaïe 55:1)
Il parle à un peuple en exil, usé, qui dépense sa vie pour ce qui ne rassasie pas (Ésaïe 55:2). L'image porte, en plein été, quand la soif se fait sentir pour de bon : Dieu donne pour rien ce que nous payons ailleurs au prix de l'or. Personne n'est laissé dehors, et surtout pas celui qui n'a rien à payer. C'est à lui, d'abord, que la promesse s'adresse. La pauvreté n'arrête pas Dieu ; elle ressemble presque à un titre pour s'approcher.
L'oracle s'ouvre, en hébreu, sur une interjection : hoy, un cri qui hèle, le « holà ! » qu'on lance pour arrêter un passant. Dieu ne chuchote pas son invitation, il apostrophe. Et il y revient, il martèle : sans argent, sans rien payer. S'il insiste, c'est que notre cœur regimbe devant la gratuité. Nous aimerions payer, mériter, faire la preuve que nous valons bien ce don. Mais dès l'instant où le salut se paie, ce n'est plus la grâce. Toute la logique de l'Évangile tient déjà là, des siècles avant la croix : Dieu donne, l'homme reçoit. L'eau, le vin, le lait, tout ce qui nourrit et réjouit, cela s'offre à qui vient les mains vides.
Pourquoi ce don gratuit ? Parce qu'ailleurs, quelqu'un en a payé le prix. Ce qui ne nous coûte rien a coûté cher à Dieu. Quelques chapitres plus haut, le même livre d'Ésaïe fait paraître le Serviteur meurtri pour nos péchés (voir Ésaïe 53:5). L'eau donnée sans argent au chapitre 55 repose sur le sacrifice décrit au chapitre 53. La grâce n'a jamais été bon marché : si elle est gratuite pour qui la reçoit, c'est qu'elle a coûté la vie à celui qui la donne. Rien de tel dans les marchés religieux, où l'on paie toujours sa part. Ici, nous ne gravissons pas la montagne à coups de mérites ; c'est Dieu qui descend, qui règle la note, et il ne nous reste qu'à venir boire.
Cette semaine, regarde où tu dépenses ta vie pour ce qui ne rassasie pas : cette course à l'approbation, ces achats qui promettent la paix sans jamais la livrer. Puis reviens à la seule source qui désaltère. Ouvre la Parole et bois-y librement, au lieu d'en faire une corvée de plus. Dieu ne te réclame pas d'abord un rendement ; il t'invite à tendre la main. Que l'été et ses soifs te rappellent cette folie de l'amour de Dieu : tout est déjà réglé, tout est offert. Viens aux eaux. Il ne te reste qu'à ouvrir les mains.
Seigneur, je m'épuise si souvent pour ce qui ne rassasie pas. Merci de m'appeler à tes eaux, sans que j'aie rien à payer. Détourne-moi des fausses sources, et apprends-moi à recevoir ta grâce, acquise au prix du sang de ton Fils. Amen.