À l'écart, quelque temps
« Venez à l'écart dans un lieu désert, et reposez-vous quelque temps. »
Les disciples rentrent de mission, la tête pleine de tout ce qu'ils ont fait et enseigné. Quelques mots plus loin, le texte précise qu'il y avait tant d'allées et venues qu'ils n'avaient pas même le temps de manger. Ce contexte n'a rien d'un vide : c'est un trop-plein qui les entoure quand Jésus leur parle. Et c'est là qu'il leur dit : Venez à l'écart dans un lieu désert, et reposez-vous quelque temps.(Marc 6:31)
On remarque que l'ordre de s'arrêter vient du Maître lui-même. Le repos n'a rien d'une faiblesse honteuse, et il ne se gagne pas d'abord par le mérite : il leur est offert par celui-là même qu'ils servent.
Se tenir à l'écart : il y a des choses que l'âme ne reçoit que loin du bruit. Dieu n'est pas absent de la foule, bien sûr, mais nous, à force d'être sollicités, nous devenons sourds. Se retirer, ce n'est pas mépriser les autres ni les fuir ; c'est accepter qu'on est une créature, avec des limites. L'Évangile le répète : le Fils de Dieu lui-même s'en allait prier dans des lieux déserts. S'il cherchait le silence, lui qui était sans faille, à plus forte raison en avons-nous besoin. L'été nous ouvre parfois un tel désert, une clairière ou une chambre où l'on n'entend plus rien. Le but n'est pas de faire le vide en soi, mais de laisser la Parole nous rejoindre là où le vacarme la couvrait.
La mesure qu'il donne a de quoi rassurer. Jésus ne réclame pas une retraite de plusieurs mois ni l'abandon de toute responsabilité ; il demande seulement un peu de temps. Il connaît nos vies et leurs contraintes. On se croit parfois exclu du repos faute de pouvoir tout arrêter d'un coup. Pourtant, ce qui compte n'est pas la durée de la pause, mais la régularité avec laquelle on répond à l'appel. Un peu de temps, pris souvent, fait plus de bien qu'un grand projet de silence toujours repoussé à des jours plus calmes qui ne viennent jamais.
Ce repos leur est donné avant même qu'ils l'aient réclamé, par la seule attention du Maître pour ses serviteurs fatigués. C'est déjà tout le mouvement de la grâce : Dieu prend soin de nous avant que nous songions à le lui demander. Un service chrétien qui se porte bien ne s'oppose pas au repos, il en découle. On sert mieux depuis un cœur restauré que depuis un cœur à bout. Cette semaine, prenez au sérieux la parole de Jésus et réservez-vous un temps court mais réel, à l'écart. Coupez l'écran, ouvrez votre Bible, ou taisez-vous simplement devant lui. C'est souvent au désert que l'on réentend sa voix.
Seigneur, toi qui te retirais pour prier, tu connais mon besoin de m'écarter du bruit. Donne-moi le courage de répondre à ton invitation, ne serait-ce que pour un peu de temps. Rejoins-moi dans le silence et restaure en moi ce que l'agitation a usé. Merci de prendre soin de moi avant même que je te le demande.