L'Esprit Éditorial
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Théologie

Amen : la Vérité Ferme et Sûre

12 décembre 2024

« Voici ce que dit l'Amen, le témoin fidèle et véritable, le commencement de la création de Dieu. »

Apocalypse 3:14

Nous le disons à la fin de nos prières, souvent machinalement, comme on referme une porte. Amen. Un mot si familier qu'on ne l'entend plus. Il n'appartient pourtant à aucune langue moderne : c'est un mot hébreu que vingt siècles de prière chrétienne ont transporté intact, sans le traduire, de bouche en bouche. Les premiers chrétiens, qui priaient en grec, l'ont gardé tel quel. L'Église latine ne l'a pas traduit non plus. Et nous le prononçons aujourd'hui comme le priait déjà Israël. Ce petit mot voyageur porte une charge que sa brièveté dissimule. Le réduire à une politesse liturgique, à l'équivalent d'un « fin de transmission », c'est passer à côté de l'une des plus belles confessions de foi que le croyant puisse faire. Derrière ces deux syllabes tient toute une vision de Dieu et de sa parole.

Amen vient de la racine hébraïque aman, qui dit ce qui est ferme, ce qui tient bon, ce à quoi l'on peut se fier. De cette même racine sortent les mots de la fidélité et de la foi. On l'emploie pour la colonne qui soutient un édifice, pour le bras sûr qui porte un enfant, ou pour la personne à qui l'on confie sans crainte ce qu'on a de plus cher. Dire amen ne revient donc pas à former un souhait, une manière de murmurer « pourvu que cela arrive ». C'est poser un appui : cela est solide, cela tiendra. Le mot ne se tourne pas vers l'incertitude de l'avenir ; il s'adosse à la fermeté de Celui qui a parlé. Quand je dis amen, je ne mesure pas la force de ma prière ; je m'appuie sur la fiabilité de mon Dieu. Ce n'est pas une question déguisée. C'est un roc.

Une trace curieuse de ce mot se cache dans les évangiles. Bien des fois, Jésus ouvre ses paroles par une formule que nos Bibles rendent par « en vérité, en vérité, je vous le dis ». Dans la langue d'origine, ce « en vérité » n'est autre que le mot amen, redoublé. Or l'usage est sans précédent. Personne, avant lui, ne plaçait l'amen au commencement d'une phrase ; on le prononçait après la parole d'un autre, pour l'approuver. Lui le met devant ses propres paroles. Il ne vient pas ratifier la vérité d'un autre : il la garantit de lui-même. En disant « amen, amen », il déclare que ce qu'il va dire est ferme et sûr parce que c'est lui qui le dit. Manière discrète, mais nette, de s'attribuer une autorité qui n'appartient qu'à Dieu.

Dans l'Écriture, le mot circule dans les deux sens, et c'est ce qui en fait la beauté. Le peuple le prononce pour répondre à Dieu : quand la loi est lue, quand une bénédiction tombe, l'assemblée répond « amen », c'est-à-dire « nous tenons cela pour vrai, nous nous y engageons ». Dire amen à Dieu, c'est joindre notre faiblesse à sa parole, signer au bas d'une promesse que lui seul peut tenir. Rien d'un accord de pure forme. C'est un acte : j'arrête de discuter, je me range du côté de ce que Dieu déclare, même quand mes yeux voient le contraire. Abraham crut à Dieu, et cela lui fut imputé à justice ; croire, au fond, c'est dire amen à Dieu avant d'en voir l'accomplissement. La foi n'invente rien ; elle acquiesce à une vérité qui vient avant elle.

Le mouvement le plus étonnant va pourtant dans l'autre sens : c'est Dieu qui, le premier, dit amen à l'homme. Ses promesses reposent sur sa fidélité, pas sur notre mérite. Et l'apôtre Jean, dans sa vision, entend le Christ ressuscité se présenter par un nom qui saisit : Voici ce que dit l'Amen, le témoin fidèle et véritable, le commencement de la création de Dieu.(Apocalypse 3:14) Christ ne fait pas que dire amen ; il est l'Amen. En lui, la fidélité de Dieu a pris un visage. Toutes les promesses anciennes, longtemps suspendues, trouvent en lui leur oui définitif. Il est la colonne qui ne cède pas, le sol ferme sur lequel la parole de Dieu se vérifie jusqu'au bout. Quand nous doutons de tenir, lui tient. Notre amen tremble parfois ; le sien ne vacille jamais, car il l'a scellé de son sang.

Cela change la manière de prononcer ce mot. Dire amen ne revient pas à prétendre que tout va bien. Job, effondré, dépouillé de tout, a pu bénir encore le nom de l'Éternel sans nier sa douleur ; sa plainte est restée ouverte, et Dieu ne la lui a pas reprochée. L'amen du croyant n'est ni un déni de la souffrance ni une résignation qu'on s'impose. C'est le choix de s'appuyer sur la fidélité de Dieu là même où l'on ne comprend rien. On peut le dire les larmes aux yeux. Non que l'épreuve soit douce ; mais Celui qui nous porte est sûr. Le mot ne referme pas la question ; il la dépose entre des mains fiables. Certains amen montent dans la joie, d'autres s'arrachent au fond de la nuit. Ces derniers ne sont pas les moins vrais. Ils sont souvent les plus habités.

Alors, la prochaine fois que ce mot montera à tes lèvres, ne le laisse pas filer sans y penser. En le disant, souviens-toi qu'il ne repose pas sur la vigueur de ta foi, mais sur la solidité de ton Dieu. Tu peux le prononcer d'une voix ferme les jours de lumière, et d'un souffle fragile les jours de doute ; c'est le même roc qui te porte dans les deux cas. Cette semaine, essaie de conclure une prière sans la précipiter, en pesant ce que tu déclares : cela est sûr, parce que Christ est l'Amen. Et quand une promesse de l'Écriture te paraîtra trop grande pour toi, réponds-lui ton amen malgré tout. Non comme celui qui se force à croire, mais comme celui qui s'appuie sur plus fidèle que lui. Car notre salut, au fond, ne tient pas à la fermeté de notre amen, mais à Celui qui s'est fait, pour nous, l'Amen de Dieu.