L'Esprit Éditorial
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Théologie

Comment le Canon des Écritures Nous Est Parvenu

4 juin 2024

« Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice ».

2 Timothée 3:16

Un jour ou l'autre, la question finit par monter, souvent posée à voix basse, comme si elle était dangereuse : qui a décidé quels livres composeraient la Bible ? Derrière elle, une inquiétude sincère. Si des hommes ont choisi, la Bible ne serait-elle pas, au fond, une bibliothèque assemblée au gré de préférences humaines ? La question mérite mieux qu'une réponse sur la défensive. Elle mérite qu'on la traverse sans hâte, en laissant l'Écriture elle-même éclairer le chemin qu'elle a suivi jusqu'à nous. Car le récit de la formation du canon n'ébranle pas la confiance ; il la fortifie. Au lieu d'un vote arbitraire, on y découvre une longue reconnaissance : une communauté qui, de génération en génération, entend dans certains textes la voix de son Dieu et l'accueille. Le comprendre, c'est déjà ouvrir la Bible d'une main plus assurée.

Le mot lui-même vaut qu'on s'y arrête. « Canon » vient du grec kanôn, qui désignait d'abord un roseau droit, la tige rigide dont on se servait pour mesurer, pour tracer une ligne juste. Avant d'être une liste, le canon est donc une règle, un étalon. L'image éclaire tout : l'Église n'a jamais prétendu fabriquer la mesure, seulement reconnaître ce qui, déjà, faisait autorité. On ne décrète pas qu'une règle est droite ; on le constate en s'y ajustant. De même, les croyants n'ont pas conféré aux Écritures leur poids ; ils l'ont éprouvé. Le texte de Paul à Timothée l'affirme sans détour : Toute Écriture est inspirée de Dieu, et utile pour enseigner, pour convaincre, pour corriger, pour instruire dans la justice ».(2 Timothée 3:16) Son autorité ne monte pas de la communauté vers le livre ; elle descend de Dieu, et la communauté ne fait que s'incliner devant elle.

Pour l'Ancien Testament, la question du canon est plus ancienne que l'Église. Israël avait déjà reçu, gardé et honoré la Loi, les Prophètes et les Écrits bien avant la venue du Christ. Et Jésus lui-même s'appuie sur ces textes comme sur une autorité indiscutable. Il cite Moïse, il invoque les prophètes, il renvoie aux Psaumes, affirmant que devait s'accomplir tout ce qui était écrit à son sujet. Le Seigneur ne conteste jamais l'étendue des Écritures que lisait son peuple ; il les confirme en les remplissant de sa présence. Recevoir l'Ancien Testament, ce n'est donc pas se fier à une décision tardive : c'est entrer dans la lecture même de Jésus, qui ouvrait ces pages et y montrait, patiemment, tout ce qui le concernait.

Pour le Nouveau Testament, le principe est resté le même : reconnaître, non inventer. Les premières communautés ont accueilli comme faisant autorité les écrits porteurs du témoignage apostolique, ceux qui remontaient aux témoins oculaires du Ressuscité ou à leurs proches. On lisait ces lettres dans les assemblées, on les copiait, on les faisait passer d'Église en Église, parce qu'on y entendait la voix même qu'avaient portée les apôtres. Les repères étaient simples : l'accord avec l'Évangile déjà reçu, l'usage constant du peuple de Dieu, une origine qui remontait aux apôtres. Il ne s'agissait pas de dresser un tribunal du texte, mais de discerner, avec crainte et joie, où le Seigneur continuait de parler à son Église par la plume de ses serviteurs.

Et les grands conciles, dira-t-on ? Ils n'ont pas créé le canon ; ils lui ont rendu témoignage. Quand une liste a fini par être couchée noir sur blanc, elle ne faisait qu'entériner ce que le peuple croyant confessait depuis longtemps. Un père reconnaît son enfant à sa voix bien avant de signer un registre ; la signature ne fonde pas le lien, elle l'atteste. Ainsi les assemblées d'évêques ont mis par écrit une reconnaissance déjà vécue dans la prière, la lecture et l'obéissance. Le voir nous délivre d'une crainte inutile. La Bible ne repose pas sur la fragilité d'un vote humain, mais sur la fidélité d'un Dieu qui a veillé à ce que sa Parole parvienne, entière, jusqu'à la table où nous l'ouvrons ce matin.

Il faut le redire avec douceur à qui doute : la solidité de nos Écritures tient d'abord, non à la rigueur des historiens, si précieuse soit-elle, mais au sérieux avec lequel Dieu se fait connaître. Un Père qui parle veut être entendu ; il ne sème pas sa Parole pour la laisser se perdre. Toute l'histoire du canon est traversée par cette conviction tranquille : Dieu se donne à connaître, et il garde ce qu'il donne. Nous ne tenons pas entre les mains les débris incertains d'un passé lointain, mais le dépôt vivant d'une révélation voulue, protégée, transmise. Cela change la façon dont on tourne les pages. On ne lit plus un document suspect ; on écoute quelqu'un qui a pris soin de nous parler.

Reste alors le plus important, que toute cette histoire ne fait que servir : ces livres reconnus ne sont pas une fin en eux-mêmes. Le canon n'est pas un monument à admirer, mais une porte qui s'ouvre sur une personne. Jésus le dira à ceux qui scrutaient les Écritures : ce sont elles qui rendent témoignage de lui. Toute la Bible, mesurée à ce roseau qu'est le Christ, converge vers la croix où il a tout accompli et vers le tombeau vide d'où il est ressuscité. Cette semaine, plutôt que de vous tourmenter au sujet des mains qui ont transmis le livre, laissez le livre vous conduire à Celui qu'il annonce. Ouvrez-le sans crainte, lisez un chapitre lentement, et demandez simplement : Seigneur, montre-moi ton Fils dans ta Parole.

Ainsi la question du départ se retourne. Ce n'est pas nous qui jugeons l'Écriture ; c'est elle qui nous mesure, nous ajuste et nous instruit dans la justice. Et derrière chaque scribe fidèle, derrière chaque communauté qui a su reconnaître la voix de son Dieu, se tient la grâce d'un Père qui n'a pas voulu se taire.