L'Esprit Éditorial
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Théologie

Dikaiosunè : Déclarés Justes Devant Dieu

20 janvier 2025

« Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ. »

Romains 5:1

Peu de mots ont autant remué l'histoire de l'Église que celui de justice. En grec, dikaiosunè. Nous l'entendons d'abord au sens des tribunaux : rendre à chacun son dû, punir le coupable, tenir l'innocent pour tel. Dieu est juste en ce sens redoutable, et l'Écriture ne le cache pas. Mais l'Évangile saisit ce mot et y loge une nouvelle si étonnante qu'elle a retourné des vies entières. Paul la dit d'une phrase : Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ.(Romains 5:1) Justifiés, c'est-à-dire déclarés justes. Non pas rendus parfaits d'un coup, ni payés pour nos mérites, mais reconnus en règle devant le tribunal de Dieu. Comment un tel verdict est-il seulement possible ? Toute la question de l'Évangile est là.

Le verbe grec dikaioô, « justifier », appartient au vocabulaire de la justice. Il ne veut pas dire d'abord « rendre bon », mais « déclarer juste », prononcer un acquittement. C'est le langage du prétoire. Devant le juge, l'accusé est condamné ou justifié, c'est-à-dire reconnu dans son droit. Or voici le scandale, et la merveille : Dieu justifie l'impie, écrit Paul ailleurs. Pas l'homme irréprochable, mais le coupable qui se confie en Celui qui pardonne. Le verdict ne récompense pas une innocence que nous n'avons pas ; il en revêt gratuitement le pécheur. La justification n'est pas une transformation morale que nous aurions menée à bien ; c'est une parole que Dieu prononce sur nous. Elle change notre statut devant lui avant de changer notre marche. Saisir cette distinction, c'est déjà quitter l'angoisse religieuse pour la paix.

Mais un juge intègre peut-il déclarer juste un coupable sans se renier ? Ce serait injuste. La justification n'a pourtant rien d'un pardon désinvolte. Dieu ne ferme pas les yeux sur le péché ; il l'a porté. À la croix, Christ a pris sur lui la condamnation qui nous revenait, et il a tout accompli, une fois pour toutes. L'échange va jusqu'au bout : notre faute lui est imputée, sa justice nous est comptée. Le tribunal n'a pas été contourné, il a été honoré. La sentence est bien tombée, mais sur un autre, innocent, qui s'est offert. Dieu reste donc juste au moment même où il justifie celui qui croit. La paix dont parle Paul n'a rien d'un sentiment fragile ; c'est un état de droit, acquis au prix du sang. Nous ne sommes plus en procès avec lui : l'affaire est jugée et close en Christ.

Reste à recevoir ce verdict, et Paul indique le seul moyen : la foi. Pas les œuvres de la loi, pas un cumul de rites ou de bonnes actions. Dès que le salut repose, même pour une part, sur un faire humain, ce n'est plus la grâce. La foi n'est pas davantage une performance déguisée, comme si croire assez fort achetait le ciel. Elle est la main vide qui reçoit, le regard du malade vers son médecin. Elle ne fabrique pas la justice ; elle la tient d'un autre. Voilà pourquoi le plus faible des croyants est justifié tout autant que le plus avancé : le verdict ne dépend pas de la vigueur de sa foi, mais de la solidité de Celui à qui il se fie. C'est là que se repose enfin une conscience longtemps tourmentée.

Étant donc justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ.(Romains 5:1) Pesez ces mots. Ils ne parlent pas d'abord d'une tranquillité intérieure, mais de la fin d'une hostilité. Le péché n'était pas une maladresse sans gravité ; il nous avait dressés contre notre Créateur, et lui contre le péché. La justification met fin à cette guerre. Non par une trêve précaire, que notre prochaine faute viendrait rompre, mais par une paix fondée hors de nous, en Christ. Le croyant peut donc se lever le matin sans avoir à refaire chaque jour la preuve de sa valeur devant Dieu. Il n'a plus à gagner un amour qui lui est déjà donné. Cette paix ne le rend pas indifférent au péché ; elle le lui fait haïr davantage, tout en le délivrant de la peur. On n'obéit plus pour être aimé ; on obéit parce qu'on l'est déjà.

Combien d'âmes sincères s'épuisent pourtant à mériter ce qui leur est donné. Elles prient, elles servent, elles se privent, et restent inquiètes, tenant un registre secret de leurs progrès et de leurs rechutes. À celles-là, la justification apporte une libération que la morale seule ne donnera jamais. Vous ne serez pas déclaré juste le jour où vous serez enfin assez bon ; vous l'êtes déjà, si vous vous confiez en Christ, avant même d'avoir changé. Et ce verdict reçu devient ensuite la source du changement. La sainteté ne s'achète pas ; elle monte de la gratitude. On ne travaille pas pour obtenir la faveur de Dieu, on travaille depuis cette faveur, le cœur libéré. Inverser cet ordre, c'est retomber sous la loi ; le tenir, c'est marcher en fils.

Cette semaine, quand votre conscience vous accusera, et elle le fera, ne courez pas vous rassurer dans l'activisme religieux. Faites l'inverse : revenez au tribunal, plaidez coupable, et regardez qui a payé. Relisez ce verset sans hâte et laissez chaque mot vous atteindre : justifiés, par la foi, la paix, par notre Seigneur Jésus-Christ. Puis remerciez. Une justice reçue donne une vie reconnaissante, pas une vie crispée. Confessez ce qui doit l'être sans vous condamner, car Celui qui pouvait vous condamner a choisi de vous justifier. Repartez léger : non que votre faute soit petite, mais parce que la croix est grande. La paix avec Dieu ne récompense pas votre effort, elle vous est donnée par grâce, scellée une fois pour toutes en Christ. Posez-y votre conscience fatiguée.