Vie Quotidienne — 8 min de lecture
Élever ses Enfants dans la Grâce, non dans la Peur
26 juillet 2024

« Et vous, pères, n'irritez point vos enfants, mais élevez-les en les corrigeant et en les instruisant selon le Seigneur. »
Il existe une manière d'obtenir l'obéissance qui se paie cher plus tard : la peur. Un regard qui glace, une voix qui monte, une menace laissée en suspens, et l'enfant rentre dans le rang. Cela marche, en apparence. La table se calme, la chambre finit par se ranger, le silence revient. Beaucoup de parents, épuisés et pourtant aimants, tombent sur ce levier et s'en servent parce qu'il est efficace. Seulement l'efficacité n'est pas la sainteté. Un enfant qui obéit parce qu'il tremble n'a pas appris à aimer le bien ; il a appris à fuir la douleur. Que le surveillant s'absente, et la conduite s'écroule, car elle ne tenait qu'à la surveillance. La peur dresse un comportement ; elle ne forme pas un cœur.
Paul avait vu cela. À une époque où l'autorité du père romain n'avait presque pas de limite, où l'on pouvait disposer d'un enfant comme d'un bien, il écrit une phrase qui a dû surprendre : Et vous, pères, n'irritez point vos enfants, mais élevez-les en les corrigeant et en les instruisant selon le Seigneur.(Éphésiens 6:4)
. Le verbe grec rendu par « irriter », parorgizô, dit à la lettre « pousser à la colère », exaspérer jusqu'au ressentiment. Paul touche là un danger bien réel : une autorité qui écrase ne fabrique pas des saints, elle fabrique des révoltés silencieux, des cœurs qui durcissent au-dedans en pliant au-dehors.
Remarquez pourtant que Paul ne supprime pas l'autorité, il la réoriente. Élevez-les, dit-il : le verbe grec ektrephô évoque le fait de nourrir, de faire grandir un corps jusqu'à sa maturité. Puis il en précise le régime, corriger et instruire, deux mots grecs, paideia et nouthesia. Le premier couvre toute l'éducation qui forme, discipline comprise ; le second, l'avertissement par la parole, la mise en garde qui explique. L'enfant chrétien n'est donc ni abandonné à lui-même, ni brisé par la crainte. Il est nourri, repris, éclairé. La correction demeure, mais elle sert la croissance au lieu de la casser.
D'où vient la force d'élever ainsi ? De la façon dont Dieu lui-même nous traite. Nous ne sommes pas ses esclaves terrorisés ; nous sommes ses enfants adoptés. Paul l'écrit aux Romains : Et vous n'avez point reçu un esprit de servitude, pour être encore dans la crainte; mais vous avez reçu un Esprit d'adoption, par lequel nous crions: Abba! Père!(Romains 8:15)
. Le Dieu qui nous corrige, et il corrige ceux qu'il aime, ne le fait jamais pour nous détruire, mais pour nous rendre participants de sa sainteté. Le parent chrétien n'invente pas sa pédagogie, il la reçoit. Il traite son enfant comme lui-même a été traité par grâce : repris sans être rejeté, aimé avant d'avoir rien mérité.
Rien de mou là-dedans. La grâce ne consiste pas à supprimer les règles ; elle est cet amour qui tient bon quand la règle est enfreinte. Un enfant a besoin de limites nettes comme un fleuve a besoin de rives : sans elles, il déborde et se perd. Mais tout sépare des limites posées par un père qui dit « je te reprends parce que je t'aime » et les mêmes limites imposées par un juge qui dit « tu me déçois ». Dans un cas la correction rapproche, dans l'autre elle éloigne. Le ton n'est pas un détail. Il dit si l'enfant est, à vos yeux, un projet à réussir ou quelqu'un à aimer.
Tout cela se joue dans des instants minuscules. Reprendre une bêtise en se mettant à hauteur de l'enfant plutôt qu'en le surplombant. Séparer nettement l'acte, « ce que tu as fait est mal », et la personne, « et tu restes mon enfant, je t'aime ». Savoir demander pardon quand on a crié, car un parent qui dit « je me suis trompé, pardonne-moi » enseigne la grâce mieux qu'un long sermon. Prier avec l'enfant, et pas seulement pour lui, pour qu'il découvre tôt un Dieu à qui l'on parle plutôt qu'un gendarme céleste dont il faut se cacher. Rien de spectaculaire ; la fidélité se tisse dans l'ordinaire.
Au fond, notre plus forte tentation de parent, c'est de vouloir sauver nos enfants à force de rigueur. Nous ne le pouvons pas. Nous pouvons les élever, les instruire, les reprendre ; sauver, c'est l'affaire de Christ seul, et transformer les cœurs, le leur compris, celle de sa grâce. Quel soulagement : nous n'avons pas à être des parents parfaits, seulement des parents qui montrent un Sauveur parfait. Nos enfants n'ont pas besoin de nous craindre ; ils ont besoin de nous voir craindre Dieu et nous appuyer sur sa miséricorde. Élevez-les dans la grâce que vous avez vous-mêmes reçue. C'est elle qui garde un cœur jusqu'au bout, non la peur.
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