L'Esprit Éditorial
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Théologie

Kyrios — La Plus Ancienne Confession : « Jésus est Seigneur »

15 décembre 2025

« Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton cœur que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé. »

Romains 10:9

Avant les grands conciles, avant les traités de théologie, avant même que les Évangiles soient rédigés, les premiers chrétiens portaient dans leur bouche une confession minuscule et immense : « Jésus est Seigneur ». Paul en fait le cœur du salut : Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton cœur que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé.(Romains 10:9) Trois mots suffisaient à marquer l'appartenance, à séparer le disciple du monde qui l'entourait, et parfois à le mener au martyre. Car dans l'Empire romain, on exigeait qu'on dise : « César est seigneur ». Le chrétien, lui, réservait ce titre à un autre. Pour mesurer la force de cette confession, il faut ouvrir le mot que Paul emploie, un mot lourd de toute l'histoire d'Israël.

Le mot grec est kyrios. Dans l'usage courant, il pouvait dire « maître », « propriétaire », ou n'être qu'une politesse, comme notre « monsieur ». Mais quelque chose d'immense s'y était glissé. Trois siècles avant Jésus, en traduisant l'Ancien Testament hébreu en grec, les traducteurs se sont trouvés devant le Nom sacré de Dieu, ce Nom qu'on n'osait prononcer. Pour le rendre, ils ont choisi kyrios, « le Seigneur ». Dans la Bible que lisaient les premiers chrétiens, Kyrios était donc devenu le nom même du Dieu d'Israël. Et voici que ces croyants appliquent ce mot à Jésus de Nazareth, un homme crucifié sous Ponce Pilate. Dire « Jésus est Kyrios », ce n'était pas lui décerner un titre honorifique ; c'était poser sur lui le Nom réservé à Dieu seul. La plus petite des confessions était, en vérité, la plus vertigineuse.

On mesure alors l'audace des premiers disciples. Ils n'ont pas divinisé peu à peu un maître admiré ; ils ont reconnu, dans un homme qu'ils avaient vu manger, pleurer et mourir, la présence même du Seigneur de l'univers. Paul recueille cette foi dans un hymne d'une hauteur inouïe, où Dieu élève souverainement le Christ et lui donne le nom qui surpasse tout nom, pour que toute langue le confesse Seigneur : C'est pourquoi aussi Dieu l'a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu'au nom de Jésus tout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre, et que toute langue confesse que Jésus-Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père.(Philippiens 2:9-11) Ce qui saisit, c'est que cette gloire passe par la croix. Le même passage dit qu'il s'est humilié lui-même, obéissant jusqu'à la mort. Le Kyrios n'est pas un tyran qui écrase ; il est le Seigneur qui se donne. Sa royauté ne ressemble à aucune autre : elle règne depuis un bois de supplice, et c'est de là qu'elle sauve.

Confesser Jésus comme Seigneur engage donc bien plus que nos lèvres. Paul noue étroitement les deux : la bouche qui confesse et le cœur qui croit que Dieu l'a ressuscité. Ôtez la résurrection, et la confession se vide : un maître mort ne sauve personne. Mais si Dieu l'a relevé corporellement d'entre les morts, et telle est la foi de l'Église, alors sa seigneurie n'est pas un souvenir, c'est une réalité vivante. Le Kyrios n'est pas enfermé dans le passé des Évangiles ; il règne aujourd'hui, il intercède, il reviendra. Sa confession n'est donc pas une formule magique qu'on récite pour s'assurer une place ; elle est l'aveu d'une allégeance. Dire « Jésus est Seigneur », c'est reconnaître qu'un autre que moi tient les rênes de ma vie, et que cet autre mérite une confiance sans réserve, parce qu'il m'a aimé jusqu'à la mort.

Cette petite phrase est aussi une déclaration d'indépendance devant tous les faux seigneurs. Si Jésus est Kyrios, César ne l'est pas ; ni l'argent, ni le pouvoir, ni l'opinion, ni le moi souverain qui prétend régner sur ma vie. Chaque époque a ses idoles qui réclament le titre de seigneur et promettent sécurité et bonheur en échange d'une soumission. La confession chrétienne les détrône toutes, non par la révolte, mais par une loyauté plus haute. Le croyant peut respecter les autorités, travailler, aimer sa cité ; il sait pourtant qu'aucune d'elles ne mérite l'adoration due au seul Seigneur. Cette liberté du dedans a rendu les martyrs paisibles devant les puissants : on pouvait leur ôter la vie, pas leur allégeance. Reconnaître un seul Kyrios, c'est se délier de mille tyrannies plus petites, et souvent plus intimes.

Mais comment une confession aussi haute jaillirait-elle de nos bouches hésitantes ? Paul répond, et c'est une immense consolation : C'est pourquoi je vous déclare que nul, s'il parle par l'Esprit de Dieu, ne dit: Jésus est anathème! et que nul ne peut dire: Jésus est le Seigneur! si ce n'est par le Saint-Esprit.(1 Corinthiens 12:3) La confession n'est pas une performance de notre volonté, un exploit de conviction que nous tirerions de nos propres forces. Elle est le fruit de l'Esprit en nous, le signe que la grâce a déjà commencé son œuvre. De quoi rassurer les âmes inquiètes : tu n'as pas à fabriquer une foi héroïque pour être digne du Seigneur. Si, du fond de ta faiblesse, tu peux encore murmurer « Jésus est mon Seigneur », c'est que l'Esprit t'y porte déjà. Le salut ne repose pas sur la vigueur de ta confession, mais sur la fidélité de Celui que tu confesses.

Tout revient donc à la grâce. On ne devient pas chrétien en accumulant assez d'exploits pour mériter le ciel, mais en s'inclinant devant un Seigneur qui a tout accompli à notre place, une fois pour toutes. « Jésus est Seigneur » : la confession la plus simple est aussi la plus totale, car elle remet toute la vie entre ses mains. Alors, cette semaine, reprends-la doucement, non comme une formule, mais comme une remise. Le matin, avant le tumulte, dis-lui simplement : « Tu es mon Seigneur, ce jour t'appartient. » Puis laisse cette confession descendre dans un geste : un domaine de ta vie où tu régnais seul, confie-le-lui. La seigneurie du Christ ne cherche pas à t'écraser ; elle veut te délivrer de la fatigue de régner sur toi-même. Là où il est Seigneur, l'âme se repose enfin.