L'Esprit Éditorial

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Le Repos que le Monde ne Donne Pas

4 février 2024

Vallée de montagne embrumée à l’aube, baignée d’une lumière douce aux tons dorés et crème
Vallée de montagne embrumée à l’aube, baignée d’une lumière douce aux tons dorés et crème

« Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur; et vous trouverez du repos pour vos âmes. »

Matthieu 11:28-29

Il y a une fatigue que le sommeil ne répare pas. Vous la connaissez peut-être : celle qui persiste après une nuit complète, après un week-end entier, après même des vacances. Une lassitude logée plus bas que les muscles, quelque part entre la mémoire et l'espérance. Notre époque a inventé mille remèdes contre l'épuisement, applications de sommeil, retraites déconnectées, sieste minutée, et la fatigue demeure pourtant, comme si elle venait d'ailleurs que du corps.

C'est qu'elle vient bel et bien d'ailleurs. Une grande part de notre épuisement n'a rien de musculaire ; il est existentiel : nous portons le poids de devoir nous justifier. Prouver sa valeur par ses résultats, gagner sa place à force d'efforts, et rester debout quand on n'en peut plus. Cette charge ne figure sur aucun agenda, et elle alourdit chaque tâche. On peut dormir dix heures et se réveiller encore écrasé par elle.

Quand Jésus lance son invitation, Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos.(Matthieu 11:28), il ne vise pas d'abord les corps éreintés. Il parle aux âmes sous pression. Ses auditeurs pliaient sous un système religieux qui multipliait les exigences sans donner la force de les porter. Le nôtre s'appelle performance, et la mécanique est la même : toujours plus, jamais assez.

Le paradoxe de la promesse mérite qu'on s'y arrête : Jésus offre le repos en tendant… un joug. Une pièce de bois qu'on pose sur la nuque des bêtes de trait, un outil de labeur. Il ne promet pas l'inactivité ; il propose un autre attelage. Le joug était souvent double : deux animaux le portaient ensemble, le plus fort prenant sur lui la charge du plus faible. Prendre le joug du Christ, c'est cesser de tirer seul.

Voilà le renversement : le repos ne vient pas de ce qu'on nous ôte la charge, il vient de ce que quelqu'un la porte avec nous. Nous rêvons d'une vie sans contrainte ; Dieu nous offre une présence au milieu des contraintes. La différence est immense. La première est une utopie qui recule toujours : il restera un dossier, un souci, une échéance. La seconde est là ce soir, au beau milieu du dossier et du souci.

Jésus le dit de lui-même : Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur ; et vous trouverez du repos pour vos âmes.(Matthieu 11:29). Ce n'est pas une faiblesse qu'il décrit là, c'est sa manière de conduire. Il ne mène pas à coups d'aiguillon. Ceux qui marchent avec lui trouvent un rythme tenable, des exigences qui font grandir sans écraser. Le mot grec que Matthieu emploie pour ce repos, anapausis, dit la reprise de souffle : pas la fin du chemin, le souffle qu'on retrouve pour le continuer. Le repos de l'âme n'est pas un état à décrocher comme une récompense ; c'est l'air qu'on respire dès qu'on cesse de servir un maître qu'on ne rassasie jamais.

Ce repos se pratique. Il commence par un aveu : nommer devant Dieu, ce soir, ce que vous portez vraiment. Pas les tâches à cocher, le poids caché dessous, la peur de décevoir, le besoin de se rendre indispensable, la honte de ne pas suffire. Vient ensuite un geste : réserver, cette semaine, une heure où vous ne produirez rien, exprès, comme un acte de foi. Le sabbat n'interrompt pas la performance pour mieux la reprendre ; il la conteste.

La fatigue reviendra, bien sûr, et elle n'aura plus le dernier mot sur qui vous êtes. Vous n'êtes pas la somme de ce que vous réussissez ; vous êtes celui, celle, que le Christ appelle. Son invitation ne dit pas « faites mieux », ni « tenez bon ». Elle dit : venez.