
Théologie
Prototokos : le Premier-né de Toute la Création
11 septembre 2026
« Il est l'image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création. »
Un titre donné à Christ a parfois troublé des lecteurs pressés : prototokos, le premier-né. À l'oreille moderne, premier-né évoque une question d'ordre chronologique, le premier à venir au monde. Mais dans la Bible, le mot a d'abord un sens de rang et de droit. Le premier-né, dans une famille d'Israël, n'était pas seulement l'aîné par la date ; il détenait la prééminence, la double part d'héritage, l'autorité au milieu de ses frères. Dieu appelle même Israël son premier-né parmi les nations, non parce que ce peuple serait né avant les autres, mais parce qu'il lui donne le premier rang dans ses desseins. Prototokos dit donc la dignité et la primauté avant de dire la naissance.
C'est capital pour lire le grand hymne que Paul chante aux Colossiens : Il est l'image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création.(Colossiens 1:15)
Il est le premier-né de toute la création. Le contexte interdit d'y voir une créature, fût-elle la première. Car le verset suivant l'explique aussitôt : Car en lui ont été créées toutes les choses qui sont dans les cieux et sur la terre, les visibles et les invisibles, trônes, dignités, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui.(Colossiens 1:16)
c'est en lui que toutes choses ont été créées. Celui par qui tout a été fait ne peut pas être une partie de ce tout. Premier-né de toute la création signifie donc : il est avant toute la création et au-dessus d'elle, il en détient la primauté et la seigneurie. Il n'est pas le premier maillon de la chaîne des êtres ; il est le Seigneur qui tient la chaîne entière dans sa main.
Paul pousse la contemplation plus loin encore : Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui.(Colossiens 1:17)
Il est avant toutes choses, et toutes choses subsistent en lui. Non seulement tout a été créé par lui, mais tout tient par lui, en cet instant même. Le monde n'est pas une machine lancée jadis et livrée à elle-même ; il est soutenu, à chaque seconde, par la parole puissante du Fils. Cela donne à la providence son visage : ce n'est pas une loi impersonnelle qui régit l'univers, c'est un Christ vivant qui porte toutes choses. Rien de ce qui existe, y compris ta vie ce matin, ne subsiste sans lui.
Mais l'hymne ne s'arrête pas à la création ; il franchit un pas décisif. Le même Paul écrit quelques lignes plus loin : Il est la tête du corps de l'Église; il est le commencement, le premier-né d'entre les morts, afin d'être en tout le premier.(Colossiens 1:18)
il est la tête du corps de l'Église, le commencement, le premier-né d'entre les morts. Voici un second premier-né : non plus de la création, mais de la résurrection. Christ est le premier à être sorti de la mort pour ne plus y retourner, ouvrant un chemin où les siens le suivront. Là encore, premier-né dit le rang et la primauté : il est en tête, et une multitude vient derrière lui. Sa résurrection n'est pas un prodige isolé ; elle est le commencement d'un peuple de ressuscités.
Ces deux titres, premier-né de la création et premier-né d'entre les morts, se répondent. Le même par qui tout a été fait est celui par qui tout est refait. Celui qui tenait le premier rang dans l'ordre de la création le tient aussi dans l'ordre du salut. Et le dessein de Dieu se dévoile : Paul dit ailleurs que Christ est le premier-né entre plusieurs frères, Car ceux qu'il a connus d'avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l'image de son Fils, afin que son Fils fût le premier-né entre plusieurs frères.(Romains 8:29)
car Dieu veut nous rendre semblables à l'image de son Fils. Le premier-né n'entend pas rester seul ; il s'entoure d'une famille de frères à sa ressemblance. Sa primauté n'écrase pas, elle rassemble.
De tout cela découle une adoration, et un ordre juste des choses. Si Christ a la primauté sur la création et sur la résurrection, alors il doit avoir la primauté dans nos vies. Paul le dit clairement : afin qu'il soit en tout le premier. Voilà la question que ce titre nous pose : est-il le premier chez moi, ou l'un parmi d'autres, rangé après mes projets, mes soucis, mes attachements ? Le reconnaître premier-né de toute la création, ce n'est pas seulement confesser une doctrine juste ; c'est lui rendre, dans le concret des jours, la place de tête qui est la sienne.
Cette semaine, laisse ce titre remettre les choses à leur place. Quand le monde te paraîtra livré au chaos, à des forces qui échappent à tout contrôle, rappelle-toi que toutes choses subsistent en lui, et que rien n'a glissé hors de sa main. Quand la mort te fera peur, pour toi ou pour un être aimé, souviens-toi qu'il est le premier-né d'entre les morts, et qu'un chemin est ouvert derrière lui. Et pose-toi, sans te fuir, la question de la primauté : donne-lui aujourd'hui, dans une décision précise, la première place, celle qui lui revient en tout.
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