L'Esprit Éditorial
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Se sentir inutile à Dieu

3 novembre 2026

Photographie abstraite et minimaliste d'un épi de blé sec aux tons dorés sur fond crème

« Ainsi, mes frères bien-aimés, soyez fermes, inébranlables, travaillant de mieux en mieux à l'oeuvre du Seigneur, sachant que votre travail ne sera pas vain dans le Seigneur. »

1 Corinthiens 15:58

Il y a un découragement particulier qui vient du sentiment d'inutilité. On regarde autour de soi ceux qui semblent porter beaucoup de fruit, prêcher, diriger, accomplir de grandes choses, et l'on se dit : moi, je ne sers à rien. Mes prières sont pauvres, mon service invisible, mes dons insignifiants. À quoi bon ? Dieu ne perdrait rien si je n'étais pas là. Cette pensée peut paralyser une vie entière, la faire renoncer à servir avant même d'avoir commencé. La Parole la contredit avec force.

Après tout un chapitre grandiose sur la résurrection, Paul conclut par une exhortation très concrète : Ainsi, mes frères bien-aimés, soyez fermes, inébranlables, travaillant de mieux en mieux à l'oeuvre du Seigneur, sachant que votre travail ne sera pas vain dans le Seigneur.(1 Corinthiens 15:58) Le mot qui délivre est à la fin : votre travail ne sera pas vain dans le Seigneur. Voilà la promesse. Dans le Seigneur, rien de ce qui est fait pour lui n'est perdu. Ce qui te paraît minuscule, insignifiant, oublié de tous, n'échappe pas à son regard et ne tombe pas dans le vide. Il n'y a pas de service inutile aux yeux de Celui pour qui il est accompli.

Il faut voir d'où vient notre sentiment d'inutilité. Presque toujours, il vient de ce que nous mesurons notre valeur à la visibilité et à la taille de nos actions. Le monde nous a appris que ce qui compte, c'est l'impact, les chiffres, la reconnaissance. Mais le Royaume de Dieu ne fonctionne pas ainsi. Jésus a loué la veuve qui n'a mis que deux petites pièces, plus que tous les riches, parce qu'elle avait donné de tout ce qu'elle avait. Il a dit qu'un simple verre d'eau donné en son nom ne perdrait pas sa récompense. Dieu ne compte pas comme nous comptons.

L'image du corps que Paul développe ailleurs est ici décisive. Dans l'Église, chaque membre a reçu un don, et les membres qui paraissent les plus faibles sont nécessaires. Mais bien plutôt, les membres du corps qui paraissent être les plus faibles sont nécessaires;(1 Corinthiens 12:22) Tu n'as pas à être la main ou l'œil que tout le monde admire ; le corps a besoin aussi des parties cachées, silencieuses, sans lesquelles rien ne tiendrait. Ton service invisible, ta prière discrète, ta présence fidèle sont peut-être exactement ce dont le corps a besoin, à l'endroit précis où Dieu t'a placé.

Mais il faut aller à la racine, car même cela pourrait devenir une pression de plus. La vérité la plus libératrice n'est pas d'abord que tu es utile, c'est que tu es aimé. Ta valeur devant Dieu ne dépend pas de ton rendement spirituel. Christ n'est pas mort pour toi parce que tu lui étais utile ; il est mort pour toi alors que tu étais pécheur et sans force. Tu es aimé avant de servir, et rien de ton service n'ajoute à cet amour ni ne le mérite. C'est de cet amour reçu, et non de la peur d'être inutile, que doit couler tout vrai service.

Une fois cette fondation posée, la promesse de 1 Corinthiens 15:58 prend tout son sens. Parce que Christ est ressuscité, parce que la mort est vaincue, ce que nous faisons pour lui a une portée éternelle. Nos petits actes de fidélité ne s'évaporent pas ; ils sont tissés dans une œuvre qui durera toujours. Le verre d'eau, la prière murmurée, la parole d'encouragement, le service que personne n'a vu : tout cela, Dieu le voit, le retient, et le fera compter dans son Royaume. Rien n'est vain dans le Seigneur.

Cette semaine, cesse de mesurer ta valeur à ce que tu produis ou à ce que les autres remarquent. Reçois d'abord que tu es aimé, sans condition, à cause de Christ. Puis fais une seule petite chose pour lui, sans t'inquiéter de son ampleur : une prière pour quelqu'un, un service caché, un mot qui relève. Confie-la à Dieu en te rappelant qu'elle n'est pas perdue. Tu n'es pas inutile ; tu es un membre nécessaire d'un corps vivant, aimé par avance, et dont le moindre travail, fait pour le Seigneur, demeure à jamais.