
Théologie
YHWH : Le Nom De L'Éternel Révélé À Moïse
11 janvier 2025
« Dieu dit à Moïse: Je suis celui qui suis. Et il ajouta: C'est ainsi que tu répondras aux enfants d'Israël: Celui qui s'appelle je suis m'a envoyé vers vous. »
Il y a un nom que les copistes juifs n'osaient pas prononcer. Quand leur plume arrivait sur les quatre lettres hébraïques, YHWH, ce qu'on appelle le Tétragramme, ils s'arrêtaient, se lavaient les mains, changeaient de plume. À la lecture publique, ils disaient un autre mot : Adonaï, Seigneur. Cette pudeur n'avait rien d'une superstition ; c'était une façon de reconnaître qu'un nom sacré ne se manie pas comme un mot ordinaire. Nos Bibles françaises en gardent la trace. Quand vous lisez l'Éternel en petites capitales, c'est ce nom-là qui se tient dessous, ce nom que Dieu a livré un jour, au désert, à un homme en fuite. Le comprendre, c'est s'approcher du buisson ardent avec Moïse et écouter ce que Dieu dit de lui-même.
Moïse n'a rien d'un héros. Il a tué, il a fui, il garde les troupeaux de son beau-père loin de tout. C'est là, au fond du désert, qu'un buisson brûle sans se consumer. La voix qui en sort le charge d'une mission impossible : arracher tout un peuple à la puissance de l'Égypte. Moïse cherche une échappatoire et pose la question qui traverse toute l'histoire humaine : quel est ton nom ? Il ne le demande pas par curiosité. Il sait qu'on ne parle pas au nom d'un Dieu qu'on ne connaît pas. Dans l'Orient ancien, connaître le nom d'une divinité, c'était pouvoir l'invoquer, entrer en relation avec elle. Moïse ne réclame pas une définition ; il veut savoir à qui, exactement, il aura affaire.
La réponse est d'une simplicité vertigineuse : Dieu dit à Moïse: Je suis celui qui suis. Et il ajouta: C'est ainsi que tu répondras aux enfants d'Israël: Celui qui s'appelle je suis m'a envoyé vers vous.(Exode 3:14)
L'hébreu, 'ehyeh asher 'ehyeh, tourne tout entier autour du verbe être, et le nom YHWH lui-même semble en dériver, comme un écho de il est. Dieu ne se définit pas par une fonction, un territoire, une force de la nature, à la manière des idoles d'alentour. Il se nomme par l'être. Il est Celui qui est, qui était, qui sera, sans commencement ni dépendance ni déclin. Tout ce qui existe tient son existence de lui ; lui seul est de lui-même. Loin d'être une abstraction froide, ce nom est le fondement le plus solide qui soit. Là où tout vacille, Dieu demeure. Son nom n'attend pas d'être résolu comme une énigme ; il s'offre comme un roc où poser sa vie.
Ce nom dit pourtant davantage. Je suis ne désigne pas seulement le Dieu qui existe par lui-même ; dans le même souffle, c'est le Dieu qui est là, présent, engagé. Juste avant, il s'était présenté comme le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob. L'Éternel n'est pas un principe lointain : il a un peuple, une histoire, des promesses tenues de génération en génération. Le buisson qui brûle sans se consumer en donne l'image : une présence qui se donne sans s'épuiser, un feu qui réchauffe sans dévorer. Le Dieu qui est se penche vers ceux qui souffrent ; il le dit à Moïse : L'Éternel dit: J'ai vu la souffrance de mon peuple qui est en Égypte, et j'ai entendu les cris que lui font pousser ses oppresseurs, car je connais ses douleurs.(Exode 3:7)
Son nom tient ensemble le plus haut mystère et la plus tendre proximité.
Des siècles plus tard, dans les rues de Judée, un homme reprend ce nom à son compte, et de façon stupéfiante. Devant ses adversaires, Jésus laisse tomber cette parole : Jésus leur dit: En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fût, je suis.(Jean 8:58)
Aussitôt ils ramassent des pierres, car ils ont parfaitement saisi ce qu'il vient de faire : s'approprier le nom du buisson ardent. Dans l'évangile de Jean, ses Je suis se multiplient : le pain de vie, la lumière du monde, le bon berger. Rien là d'une simple coïncidence de vocabulaire. Celui qui s'était nommé au désert vient maintenant à visage découvert. Le Je suis qui avait tiré Israël de l'Égypte se tient là pour délivrer les hommes d'un esclavage plus grave encore, celui du péché et de la mort. Le nom révélé à Moïse a pris chair.
Cela transforme notre manière de prier. Nous n'invoquons pas une force impersonnelle ni un vague quelque chose au-dessus de nos têtes. Nous parlons à Celui qui est, qui se souvient de son alliance, qui a vu notre détresse avant même que nous ayons ouvert la bouche. Quand la vie devient incertaine, quand tout ce sur quoi nous nous appuyions se dérobe, ce nom demeure : Je suis. Il ne dépend de rien ni de personne ; rien ne peut donc nous l'arracher. Et puisqu'il s'est fait connaître en Jésus-Christ, nous savons désormais quel visage porte ce nom : celui qui a donné sa vie pour nous. Le Dieu éternel n'est pas demeuré au sommet du Sinaï ; il est venu jusqu'à la croix.
Cette semaine, tente une chose toute simple. Quand l'inquiétude te réveille la nuit, quand l'avenir prend des airs de désert, redis lentement ce nom : tu es celui qui est. Non pour réciter une formule, mais pour te remettre entre ses mains. Tu n'as pas à tout porter toi-même ; Celui qui tient l'univers par sa parole te tient aussi. Tu n'as pas non plus à gagner son attention à force d'efforts : en Jésus, la grâce t'a déjà rejoint. L'Éternel s'est nommé pour que tu puisses l'appeler. Alors appelle-le. Reviens au texte, au buisson qui brûle, à cette voix patiente, et laisse-la te redire ce qu'elle disait à Moïse : je serai avec toi. C'est l'assurance qui traverse toutes les nuits.
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