Le don qui rend tous les autres compréhensibles
« Grâces soient rendues à Dieu pour son don ineffable! »
Après trois semaines passées à recenser des bienfaits et à bénir Dieu jusque dans l'épreuve, il fallait bien arriver quelque part. Paul, lui, arrive à une exclamation. Au bout d'un long passage sur la générosité, ce n'est pas un conseil qu'il pose, c'est un cri : Grâces soient rendues à Dieu pour son don ineffable!(2 Corinthiens 9:15)
Toute la reconnaissance qu'on apprend remonte à une source, et cette source n'est pas une chose reçue : c'est le Fils lui-même. Sans lui, notre gratitude ne serait qu'une comptabilité de faveurs passagères.
L'adjectif grec anekdiēgētos, rendu par ineffable, est un mot rare, presque forgé pour la circonstance : à la lettre, ce qui ne se laisse pas raconter jusqu'au bout, ce qui excède tout récit. Paul, l'homme des longues démonstrations, reconnaît ici que les mots lui manquent. Il existe un don devant lequel l'inventaire s'arrête, parce qu'aucune liste ne le contient : Dieu s'est donné lui-même. C'est là que la reconnaissance chrétienne finit par déborder le langage et se change en adoration.
Ce don éclaire tous les autres. Nos trois bienfaits griffonnés le soir, la faveur entrevue au creux de l'épreuve, ne sont pas des cadeaux séparés : ce sont les rayons d'un même soleil. Celui qui n'a pas épargné son propre Fils, comment ne nous donnerait-il pas encore toutes choses avec lui ? La croix se fait la garantie de toute la bonté de Dieu. On ne remercie plus un donateur inconnu ; on connaît son cœur, mis à découvert une fois pour toutes à Golgotha.
Et ce don-là, notons-le, ne se mérite jamais. On ne paie pas l'ineffable ; on le reçoit, les mains ouvertes, ou pas du tout. C'est le cœur de l'Évangile : le salut n'est pas un salaire, c'est un présent. Car c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu.(Éphésiens 2:8)
La reconnaissance naît là où l'on renonce à rendre la pareille, là où l'on accepte d'avoir tout reçu par pure grâce.
Cette semaine, laisse la liste de côté un moment et tiens-toi à une seule chose : contempler le don, le Christ crucifié et ressuscité, et laisser monter le merci qui déborde. Reçois la Cène, si tu le peux, en te rappelant qu'elle annonce ce don jusqu'à ce qu'il vienne. Au fond, la reconnaissance n'aura jamais été une méthode ; elle était le premier souffle d'une âme qui découvre qu'elle a tout reçu, gratuitement, en Jésus-Christ.
Dieu de toute grâce, les mots me manquent devant ton don ineffable. Tu ne m'as pas épargné ton propre Fils : que dire, sinon merci ? Détache-moi de l'illusion de pouvoir payer, et apprends-moi à recevoir les mains ouvertes. Que ma vie entière devienne action de grâces pour Jésus-Christ. Amen.