Tout est accompli
« Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit: Tout est accompli. Et, baissant la tête, il rendit l'esprit. »
Il y a des mots qui coupent l'histoire en deux, un avant et un après. « Tout est accompli » est de ceux-là. Ce n'est pas le soupir d'un homme vaincu, c'est le cri d'un ouvrage enfin achevé. Toute la semaine passée, nous avons mesuré la dette : le péché qui condamne, la Loi qui ne sait pas sauver, le cri de l'homme à bout de forces. Aujourd'hui, nous montons au pied de la croix pour entendre la réponse de Dieu à cette dette. Et cette réponse n'est pas « essaie encore », c'est « c'est fini ».
Le mot grec que Jésus prononce ici, tetelestai, était celui qu'on écrivait en travers d'une facture entièrement réglée : payé, acquitté, soldé jusqu'au dernier centime. Plus rien à ajouter. Paul le redira à sa façon : il a effacé l'acte dont les ordonnances nous condamnaient et qui subsistait contre nous, et il l'a détruit en le clouant à la croix;(Colossiens 2:14)
Notre reconnaissance de dette, ce papier qui déposait contre nous, n'a pas été négocié ni allégé ; il a été cloué au bois et annulé. Une fois pour toutes.
C'est pourquoi la foi chrétienne ne consiste pas à glisser notre petit versement à côté du sien, comme si la croix avait laissé un reste à notre charge. Croire, c'est recevoir un compte déjà soldé. et à celui qui ne fait point d'œuvre, mais qui croit en celui qui justifie l'impie, sa foi lui est imputée à justice.(Romains 4:5)
Croire n'est pas fournir un ultime effort ; c'est ouvrir les mains devant un travail qu'un autre a mené jusqu'au bout. Le salut se reçoit « par le moyen de la foi », et « cela ne vient pas de vous ».
Reste la question : comment recevoir ? Par la repentance, ce mot que le grec nomme metanoia, un « changement de pensée », un retournement. Il ne s'agit pas d'abord de se flageller, mais de se retourner : quitter des yeux nos comptes pour fixer sa croix. Et l'Écriture nous glisse un secret sur ce qui rend ce demi-tour possible : Ou méprises-tu les richesses de sa bonté, de sa patience et de sa longanimité, ne reconnaissant pas que la bonté de Dieu te pousse à la repentance?(Romains 2:4)
Ce n'est pas la peur qui nous ramène, c'est la bonté. On ne se retourne pas vers un juge à l'affût, mais vers un Père qui court à notre rencontre.
Et au bout de cet arc, une phrase où toute la semaine peut venir se poser : Il n'y a donc maintenant aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ.(Romains 8:1)
Non pas « moins de condamnation », non pas « une condamnation en sursis » : aucune. Voilà la vie nouvelle. Pas une existence devenue parfaite du jour au lendemain, mais une vie désormais menée hors du tribunal, sous le regard d'un Père réconcilié. Christ a tout accompli. Il ne nous reste qu'à vivre en enfants pardonnés.
Seigneur Jésus, devant ta croix je renonce à vouloir compléter ce que tu as achevé. Merci d'avoir dit « Tout est accompli », pour que je n'aie plus rien à payer. Retourne mon cœur par ta bonté, et non par la peur ; apprends-moi à recevoir les mains vides. Et puisque je suis en toi, fais-moi traverser cette semaine en homme sans condamnation, libre et reconnaissant. Amen.