Notre Père qui es aux cieux
« Voici donc comment vous devez prier: Notre Père qui es aux cieux! Que ton nom soit sanctifié; »
Les disciples ne réclament pas des idées neuves ; ils demandent qu'on leur apprenne à prier. Et lui, au lieu d'une méthode, leur tend d'abord un visage : Notre Père. Tout part de là. Avant la moindre demande, la prière chrétienne s'ouvre sur une relation. Celui à qui nous parlons n'est pas une force lointaine, ni un juge qu'il faudrait convaincre : c'est un Père. Dans la bouche de Jésus, ce mot n'a rien d'évident. Si nous pouvons dire Père, c'est parce qu'il est le Fils et qu'il nous adopte en lui. La prière la plus connue du monde commence ainsi par une grâce, ce droit d'appeler Dieu de ce nom-là, que personne n'a gagné.
On rappelle souvent que Jésus employait le mot araméen Abba, un terme de confiance filiale, la parole d'un enfant à son père. Rien de mièvre pourtant. Car il ajoute aussitôt : qui es aux cieux. La proximité n'efface pas la grandeur. Ce Père est tout proche sans cesser d'être le Très-Haut ; il se laisse appeler par son enfant sans cesser d'être le Créateur du ciel et de la terre. La prière juste se tient dans cette tension : assez près pour tout lui dire, assez saisie par sa majesté pour ne jamais le traiter à la légère. La confiance et le respect ne se combattent pas ; ils joignent leurs mains dans la même prière.
Vient alors la première demande, et elle surprend : que ton nom soit sanctifié. Nous aurions commencé par nos besoins ; Jésus commence par la gloire de Dieu. Sanctifier le nom n'ajoute rien à la sainteté de Dieu, qui est déjà parfaite ; c'est désirer qu'elle soit reconnue et mise à part, d'abord dans notre propre cœur, ensuite sur toute la terre. C'est demander que Dieu soit traité comme Dieu. Mettre cette requête en tête, c'est laisser la prière remettre le monde d'aplomb : non plus moi au centre et Dieu à mon service, mais Dieu au centre et moi devant lui. Chose étonnante, c'est là que nos besoins finissent par trouver leur juste place.
Il faut le dire, car notre époque prie souvent à l'envers : elle attaque par « donne-moi » et n'atteint jamais le « que ton nom soit sanctifié ». La prière de Jésus nous rééduque tout doucement. Elle ne dédaigne pas nos besoins, les demandes viendront et le pain quotidien y aura sa place, mais elle refuse de partir de nous. Un enfant qui aime son père ne l'aborde pas seulement comme un distributeur de faveurs. Sanctifier d'abord son nom, c'est aimer Dieu pour lui-même avant de l'aimer pour ses dons. Et cette réorientation libère : quand Dieu reprend sa place, nos angoisses regagnent la leur, bien plus petites qu'elles n'en avaient l'air.
Cette semaine, entraîne-toi à ouvrir tes prières comme Jésus l'enseigne. Avant la moindre demande, prends le temps de dire, sans te presser : Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié. Laisse chaque mot faire son œuvre. Père, pour la confiance. Qui es aux cieux, pour le respect. Que ton nom soit sanctifié, pour la juste place de chacun. Choisis en plus un endroit très concret de ta semaine, ton travail, ta maison, une relation, où tu souhaites voir le nom de Dieu honoré, et prie-le nommément. Tu le constateras : quand Dieu passe en premier, le reste se met en ordre.
Notre Père qui es aux cieux, apprends-moi à te parler en enfant et à te révérer comme mon Dieu. Que ton nom soit sanctifié dans mon cœur avant de l'être sur mes lèvres. Délivre-moi d'une prière qui part de moi ; reprends ta place au centre, et mes soucis rejoindront la leur. Que tout, en moi et autour de moi, honore ton nom. Amen.
Notre Père qui es aux cieux, apprends-moi à te parler en enfant et à te révérer comme mon Dieu. Que ton nom soit sanctifié dans mon cœur avant de l'être sur mes lèvres. Reprends ta place au centre, et mes soucis rejoindront la leur. Amen.