L'Esprit Éditorial
Le Pardon : se libérer et libérer · Semaine 2 : Pardonner comme on a été pardonné

Comme Dieu vous a pardonné en Christ

« Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant réciproquement, comme Dieu vous a pardonné en Christ. »
Éphésiens 4:32

Tout se joue dans un petit mot glissé au milieu de la phrase, ce comme de Paul : Soyez bons les uns envers les autres, compatissants, vous pardonnant réciproquement, comme Dieu vous a pardonné en Christ.(Éphésiens 4:32) L'apôtre ne nous demande pas de puiser en nous-mêmes la force de pardonner. Il nous renvoie ailleurs, vers un modèle et une source qui nous ont déjà été donnés. Le pardon chrétien jaillit de ce que j'ai moi-même reçu ; il déborde de là, plutôt que de se tendre péniblement vers celui qui m'a blessé. Sa mesure n'est pas ma bonne volonté ; c'est la croix. Je ne pardonne pas afin que Dieu me pardonne enfin ; son pardon, je le tiens déjà, et c'est de lui que le mien procède.

Cet ordre-là est vital, et il vaut la peine de le garder. Jamais l'Évangile ne dit : commence par pardonner à ton frère, et Dieu, à ce prix, te pardonnera ensuite. On ferait alors du pardon une monnaie, une performance qui nous rachèterait, et la grâce cesserait d'en être une. C'est l'inverse qui est vrai. Dieu nous a pardonnés le premier, gratuitement, en Christ ; et c'est parce que nous sommes déjà graciés que nous pouvons relâcher nos débiteurs à notre tour. Le pardon que nous offrons n'achète rien. Il rend témoignage à ce que nous avons reçu.

Un mot grec du Nouveau Testament éclaire tout cela : aphesis, que l'on traduit par pardon, dit d'abord le fait de relâcher, de laisser partir, de renvoyer au loin. Pardonner, c'est desserrer la main qui serrait la dette, ouvrir les doigts, laisser filer ce que l'autre me doit. Cela ne revient pas à prétendre que le mal n'a pas eu lieu. C'est renoncer à en réclamer le prix, puisqu'un Autre l'a déjà réglé pour nous. Nous ne lâchons notre débiteur que parce que nous avons nous-mêmes été lâchés.

Le geste n'en devient pas facile pour autant, et l'Écriture ne le prétend jamais. Paul enveloppe ce pardon de deux mots tendres, bons et compatissants. La compassion, au sens littéral, ce sont les entrailles qui se remuent. Pardonner ne veut pas dire serrer les dents en refoulant la blessure. C'est laisser le cœur de Dieu remuer le nôtre, jusqu'à poser sur celui qui m'a fait mal un regard où passe un peu de la miséricorde dont je vis. Ce regard, nous ne le fabriquons pas ; il nous vient à mesure que nous nous souvenons de la croix.

Cette semaine, choisis une blessure précise, une seule, bien réelle, et place-la contre ce comme du verset. Plutôt que de te demander si tu as la force de pardonner, demande-toi comment Dieu, lui, t'a pardonné. Puis, par une décision de la volonté que nourrit la gratitude, choisis de relâcher la dette et d'ouvrir la main. Les sentiments ne suivront peut-être pas tout de suite ; commence par l'acte, et laisse la compassion te rejoindre. Tu ne pardonnes pas pour devenir aimé de Dieu ; tu l'es déjà, et c'est de là que ton pardon peut naître.

Prière

Seigneur, tu m'as pardonné le premier, gratuitement, en Christ. Apprends-moi à pardonner, non pour mériter ta faveur, mais parce qu'elle m'est déjà donnée. Ouvre ma main crispée sur la dette de mon frère et remue mes entrailles de ta compassion. Que ce que j'ai reçu à la croix se répande sur celui qui m'a blessé, à la mesure de ton comme. Au nom de Jésus, amen.