L'Esprit Éditorial
Les « Je suis » de Jésus · Semaine 1 : Je suis le pain de vie

Le pain qui ne manque jamais

« Jésus leur dit : Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n'aura jamais faim, et celui qui croit en moi n'aura jamais soif. »
Jean 6:35

La foule vient de manger à satiété : cinq pains, deux poissons, des milliers de gens rassasiés. Le lendemain, la voilà qui court après Jésus, espérant sans doute un nouveau repas. Mais Jésus ne refait pas le miracle. Il déplace tout : Jésus leur dit : Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n'aura jamais faim, et celui qui croit en moi n'aura jamais soif.(Jean 6:35) Ils cherchaient du pain, et lui s'offre comme le Pain. Ils attendaient un cadeau de sa main, et c'est sa personne qu'il donne. La scène met à nu une méprise que nous connaissons trop : réclamer à Dieu ses cadeaux en passant à côté de lui. Le miracle n'était pas dans la corbeille, il se tenait debout devant eux.

Ce « Je suis » n'a rien d'une formule ordinaire. Le grec egô eimi, mot à mot « moi, je suis », reprend le Nom que Dieu révèle à Moïse depuis le buisson : Dieu dit à Moïse: Je suis celui qui suis. Et il ajouta: C'est ainsi que tu répondras aux enfants d'Israël: Celui qui s'appelle je suis m'a envoyé vers vous.(Exode 3:14) En se nommant ainsi, Jésus ne se contente pas de se comparer à du pain ; sous une image toute humble, il laisse voir sa divinité. Le Créateur de tout se fait miche de pain à portée de main. Il y a de quoi être pris de vertige : celui par qui tout existe se donne à manger, se laisse rompre et partager, s'abaisse jusqu'à devenir la nourriture de chaque jour pour les affamés que nous sommes.

Deux verbes disent comment recevoir ce pain : venir et croire. Venir à lui, se confier à lui. Manger le pain de vie, ce n'est pas accomplir un rite ni mériter par des œuvres ; aucun geste, si saint soit-il, ne nourrit l'âme à la place de la foi. C'est venir les mains vides et remettre sa confiance. Le pain ne profite qu'à qui le reçoit ; Christ ne rassasie que celui qui l'accueille. Et la promesse ne connaît pas de réserve : plus jamais faim, plus jamais soif. Non que le disciple n'éprouve plus le moindre désir, mais qu'au fond de lui la grande faim est comblée par une présence qui ne se retire pas.

Ce pain, il faut le rappeler, a été rompu. Quelques versets plus loin, Jésus annonce que le pain qu'il donnera, c'est sa chair, pour la vie du monde. L'image ouvre déjà sur la croix. Le Pain de vie est un pain offert, un corps livré une fois pour toutes. De là vient qu'il rassasie là où tout le reste laisse à vide : il ne nous nourrit pas d'une chose extérieure à lui, mais de sa vie donnée. Se souvenir de lui à sa table, dans la Cène (du latin cena, tout simplement « le repas »), ce n'est pas manier un pouvoir magique. C'est recevoir dans la foi Celui qui s'est livré, et vivre de lui.

Cette semaine, regardons nos faims en face. Vers quoi courons-nous pour nous sentir rassasiés ? L'approbation, la possession, la distraction ? Ces pains-là ne tiennent pas jusqu'au lendemain. Chaque fois que le vide revient, plutôt que de filer vers le substitut habituel, venons à lui : une pause, une parole lue lentement, un « Seigneur, rassasie-moi de toi seul ». Le Pain de vie ne se dérobe pas à la main qui se tend.

Prière

Seigneur Jésus, Pain vivant descendu du ciel, je cours souvent après tes dons en te laissant de côté. Pardonne-moi. Toi qui t'es rompu pour la vie du monde, rassasie la faim que rien d'autre ne comble. Je viens à toi, je me confie à toi : sois ma nourriture chaque jour, et que je vive de ta vie donnée. Amen.