L'Esprit Éditorial
Marcher avec les Béatitudes · Semaine 2 : Heureux les affligés

La consolation vient vers ceux qui pleurent

« Heureux les affligés, car ils seront consolés! »
Matthieu 5:4

Peu de paroles heurtent autant le langage courant. On nous répète qu'il faut aller bien, tenir bon, passer vite au-dessus de la peine. Et Jésus, lui, prononce le mot heureux sur ceux qui pleurent. Il ne fait pas l'éloge de la tristesse ; jamais l'Évangile ne demande de cultiver le malheur. Il annonce autre chose : que le deuil n'aura pas le dernier mot. Le Maître ne réclame pas des affligés qu'ils sèchent leurs larmes ou qu'ils fassent semblant. Il descend jusqu'à eux, et là, dans leur nuit, il ose parler de bonheur, parce qu'il sait ce qui vient après.

Le verbe grec employé ici, pentheô, dit le deuil qui se voit, celui qu'on ne peut pas cacher, le chagrin des grandes pertes. Jésus ne vise pas une mélancolie passagère ; il parle de la douleur qui plie un être. Il y a le deuil de ceux qu'on aime et qui manquent. Il y a aussi un autre pleur, celui du croyant sur son propre péché, sur le mal du monde, sur tout ce qui n'est pas encore comme Dieu le voudrait. Ce chagrin n'est pas une faiblesse à corriger. Il révèle un cœur qui n'a pas cessé d'aimer ni de désirer la justice.

La promesse est formulée au passif : ils seront consolés. Ce passif discret, en grec, désigne toujours le même acteur : Dieu lui-même. Il n'est pas dit qu'ils se consoleront, par leurs propres forces ou par le temps qui passe. Quelqu'un vient les consoler. Le mot rejoint le nom de Consolateur, paraklêtos, celui qu'on appelle à ses côtés, ce nom que Jésus donnera au Saint-Esprit. La consolation chrétienne n'a rien d'une technique pour aller mieux. C'est une présence qui s'assied près de nous dans la peine. Dieu ne lance pas des réponses depuis le rivage ; il entre dans l'eau.

Cette consolation a un lieu : la croix et le tombeau ouvert. Le Christ n'a pas regardé nos larmes de loin. Il a pleuré devant la tombe de son ami, il a connu l'angoisse et l'abandon, il est Méprisé et abandonné des hommes, homme de douleur et habitué à la souffrance, semblable à celui dont on détourne le visage, nous l'avons dédaigné, nous n'avons fait de lui aucun cas.(Ésaïe 53:3). Puis il est ressuscité, corporellement, vivant, ôtant à la mort ce pouvoir qu'elle avait de dire le dernier mot. Voilà pourquoi l'affligé chrétien peut s'entendre appeler heureux : ses larmes restent réelles, mais elles coulent maintenant vers une aurore. Car l'agneau qui est au milieu du trône les paîtra et les conduira aux sources des eaux de la vie, et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux.(Apocalypse 7:17) : cette promesse n'est pas un vœu pieux, un tombeau vide en répond.

Cette semaine, refusons deux mensonges : celui qui nie la peine, et celui qui l'enferme sans espérance. Osons pleurer devant Dieu ce qui doit l'être, une perte qui nous tue, un péché reconnu, la détresse d'un proche, sans pour autant nous abandonner au désespoir. Et cherchons près de nous quelqu'un qui pleure, pour nous asseoir simplement à ses côtés, sans grands mots, comme le Consolateur s'assied près de nous. Consoler, c'est d'abord ne pas laisser seul.

Prière

Seigneur, tu n'as pas méprisé les larmes, tu les as portées. Je te confie mes deuils, ceux que je cache et ceux que je porte trop seul. Viens t'asseoir près de moi, toi le Consolateur, et fais lever sur ma peine l'aurore de ta résurrection. Rends-moi doux envers ceux qui pleurent, pour que ta consolation passe par moi. Amen.