L'Esprit Éditorial
Rencontrer Jésus dans l'Évangile de Jean · Semaine 3 : « Tout est accompli »

Le cri qui a tout achevé

« Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit: Tout est accompli. Et, baissant la tête, il rendit l'esprit. »
Jean 19:30

Nous voici au terme du chemin que Jean a parcouru sous nos yeux, depuis Et la parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité; et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme la gloire du Fils unique venu du Père.(Jean 1:14) jusqu'à ce dernier souffle. Tout l'évangile tendait en secret vers cette heure que Jésus appelait la sienne. Et elle ne s'achève pas sur le gémissement d'un vaincu, mais sur une parole étrangement paisible : Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit: Tout est accompli. Et, baissant la tête, il rendit l'esprit.(Jean 19:30) Comprenons bien : il ne dit pas que tout est fini, comme on baisse les bras. Il dit que tout est mené à son terme, comme on pose le dernier trait d'une œuvre longtemps portée. Sur la croix, Jésus ne fait pas que subir ; il achève.

Le mot grec, ici, tient en un seul terme : tetelestai. On l'a retrouvé tracé sur des reçus de l'époque, en travers d'une dette, avec le sens de « payé, soldé ». Quand Jésus le prononce, il déclare acquittée jusqu'au dernier centime la dette que personne ne pouvait honorer. Rien ne reste en suspens, rien ne demeure à notre charge. C'est pourquoi la confession de notre Église le redit avec fermeté : à la croix, Christ a tout accompli, une fois pour toutes. Pas « presque tout », en attendant que nos mérites complètent le reste. Tout.

Cela renverse la pente naturelle de nos cœurs. Nous voudrions toujours ajouter quelque chose, si peu que ce soit : un effort, une pénitence, une dévotion bien tenue, de quoi nous sentir un peu les artisans de notre salut. Mais devant un tout est accompli, que reste-t-il à faire ? Rien, sinon recevoir. Voilà le scandale et la douceur de la grâce : le baptême ne sauve pas, la Cène ne sauve pas, aucun rite ni aucun zèle ne sauve, car dès l'instant où le salut repose sur ce que nous faisons, Or, si c'est par grâce, ce n'est plus par les œuvres; autrement la grâce n'est plus une grâce. Et si c'est par les œuvres, ce n'est plus une grâce; autrement l'œuvre n'est plus une œuvre.(Romains 11:6) La croix ne nous ouvre pas un chantier ; elle nous invite au repos.

Jean relève un détail que les autres évangélistes laissent de côté : Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit: Tout est accompli. Et, baissant la tête, il rendit l'esprit.(Jean 19:30) Personne ne lui arrache la vie ; il la dépose lui-même. Le bon berger avait prévenu qu'il donnerait sa vie de son plein gré, et que nul ne la lui ôterait. Jusque dans la mort, Jésus reste le maître souverain de sa propre offrande. Et parce qu'il l'a librement déposée, il pourra librement la reprendre : le récit ne s'arrête pas au tombeau, l'évangile de Jean court jusqu'au matin de Pâques, jusqu'à ce corps vivant que Thomas touchera de sa main. Celui qu'on a crucifié est bien vivant.

Au bout de ce parcours, la question change. Ce n'est plus : qu'ai-je à faire pour être sauvé ? mais : vais-je enfin croire que tout est déjà accompli ? Cette semaine, apporte à la croix ce que tu traînais encore comme une dette impayée, la faute que tu ressasses, ce sentiment de n'être jamais à la hauteur. Pose-le sous un seul mot : acquitté. Rencontrer Jésus dans l'évangile de Jean, c'est finir par l'entendre te dire, à toi personnellement, ce qu'il a crié pour le monde : tout est accompli. Il ne te reste qu'à vivre en homme, en femme dont la dette est soldée, et à aimer en retour Celui qui a tout donné.

Prière

Seigneur Jésus crucifié et vivant, j'entends ton dernier cri : tout est accompli. Pardonne-moi de vouloir sans cesse y ajouter mes efforts. Je dépose au pied de ta croix la dette que je ne pouvais payer, et je reçois ton salut comme un don gratuit. Apprends-moi à vivre dans ce repos et à t'aimer en retour. Amen.