De l'annonce au tombeau vide
« Marie dit : Je suis la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon ta parole. Et l'ange la quitta. »
Une jeune fille de Nazareth, sans titre ni renom, reçoit l'annonce la plus vertigineuse qui soit : elle portera le Fils du Très-Haut. Sa réponse tient en une phrase d'une humilité désarmante : Marie dit : Je suis la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon ta parole. Et l'ange la quitta.(Luc 1:38)
. Marie ne se pousse pas en avant ; elle se rend disponible. On a parfois tant exalté cette femme qu'on a fini par l'éloigner de nous ; l'Écriture, elle, la garde proche, servante, prête à recevoir. Sa grandeur vient de ce qu'elle reçoit et laisse Dieu accomplir en elle, non de quelque exploit qui serait le sien.
Le mot qu'elle emploie, doulē, désigne la servante, celle qui appartient à un maître. Marie ne marchande pas, elle ne demande pas de tout comprendre avant de dire oui ; elle consent : Marie dit : Je suis la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon ta parole. Et l'ange la quitta.(Luc 1:38)
. Gardons ici l'ordre juste. Le monde n'est pas sauvé par le mérite de Marie ; il l'est par le Sauveur qu'elle porte. Si elle est bénie, ce n'est pas qu'elle surpasserait les autres croyants ; c'est que Dieu, dans sa grâce, a posé son regard sur son humilité. Elle reçoit Christ la première, comme nous sommes appelés à le recevoir par la foi.
À l'autre bout de l'histoire se tient une autre Marie, celle de Magdala, dont Jésus avait chassé les démons. Au matin de Pâques, en larmes devant le tombeau qu'elle croit profané, elle est la première à entendre le Ressuscité l'appeler par son nom : Jésus lui dit: Marie! Elle se retourna, et lui dit en hébreu: Rabbouni! c'est-à-dire, Maître!(Jean 20:16)
. Celle qui avait été délivrée devient la première messagère de la résurrection. Rien de fortuit là-dedans : Dieu confie l'annonce de la vie à celle que la grâce avait relevée. Le tombeau est vide, et la mort n'a pas retenu le Vivant.
Ces deux femmes encadrent tout l'Évangile. La première accueille le Sauveur au seuil de sa vie terrestre ; la seconde le retrouve vivant de l'autre côté de la mort. Entre elles, il y a la croix, où Christ a tout accompli, une fois pour toutes. Si le tombeau était resté fermé, la foi de Marie de Nazareth aurait été vaine ; si le Christ n'était pas ressuscité corporellement, les larmes de Marie de Magdala n'auraient jamais fini de couler. Toute la scène tient par lui, non par elles.
Cette semaine, tiens-toi entre ces deux Marie. Comme celle de Nazareth, sur une chose précise que tu redoutais de lui remettre, dis à Dieu : Marie dit : Je suis la servante du Seigneur ; qu'il me soit fait selon ta parole. Et l'ange la quitta.(Luc 1:38)
. Et comme celle de Magdala, laisse le Ressuscité t'appeler par ton nom ; ce n'est pas un tombeau clos qui se tient devant toi, c'est un Vivant. Ces femmes ne sont pas des exploits à égaler. Ce sont des fenêtres ouvertes sur le Christ qui appelle et qui relève, et qui sauve par grâce.
Seigneur, comme Marie de Nazareth, je te dis : qu'il me soit fait selon ta parole, même là où je tremble. Comme Marie de Magdala, laisse-moi t'entendre m'appeler par mon nom, toi le Vivant. Merci d'avoir tout accompli à la croix et d'être ressuscité. En toi, je ne suis plus devant un tombeau, mais devant la vie. Amen.