L'Esprit Éditorial
Pochette du podcast Aux Sources

Aux Sources · Questions vives

Foi et psychologie : la Parole suffit-elle ?

Foi et psychologie : la Parole suffit-elle ?

Avec Élise & Emmanuel18:01

Un chrétien peut-il aller voir un psy ? Prendre des antidépresseurs, est-ce manquer de foi ? Élise repart de sa propre salle d'attente, il y a cinq ans, et Emmanuel apporte sa vigilance : Dieu guérit par des moyens, de Luc le médecin bien-aimé au genêt d'Élie, mais Christ et l'Écriture restent au centre. Une conversation ferme sur l'essentiel : la dépression n'est pas un manque de foi, et se soigner n'est pas de l'incrédulité.

0:0018:01

Chapitres & repères

  1. Élise — Il y a cinq ans, en plein épuisement, elle a consulté des professionnels. Et une phrase l'a poursuivie jusque dans la salle d'attente : tu as la Parole, pourquoi un psy ? C'est la question qu'elle veut regarder en face.

    Emmanuel — La question est vive parce qu'elle touche deux fidélités : la confiance que la Parole de Dieu suffit pour la foi et la vie, et l'honnêteté de reconnaître que Dieu nous a aussi donné des médecins.

  2. Élise — Si l'Esprit a choisi un médecin pour écrire un évangile et les Actes, la médecine ne peut pas être l'ennemie de la foi. Dieu guérit aussi par des mains humaines qu'il a formées.

    Emmanuel — Jésus lui-même valide le réflexe du médecin pour les malades. Le médecin est une providence de Dieu, comme le boulanger pour le pain quotidien qu'on lui demande dans la prière.

    « Luc, le médecin bien-aimé, vous salue, ainsi que Démas. »

    Colossiens 4:14 — Louis Segond 1910

    « Ce que Jésus ayant entendu, il dit: Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. »

    Matthieu 9:12 — Louis Segond 1910
  3. Élise — Face à un prophète qui demande la mort, Dieu commence par le corps : sommeil, nourriture, répit, avant la parole douce de l'Horeb. Son propre chemin de soin a suivi le même ordre, et elle y a vu la main de Dieu.

    Emmanuel — Dieu ne fait pas la morale à Élie et ne lui reproche pas son effondrement : il le traite avec des moyens très concrets. Le spirituel n'est pas court-circuité, il vient à son heure.

    « Il se coucha et s'endormit sous un genêt. Et voici, un ange le toucha, et lui dit: Lève-toi, mange. »

    1 Rois 19:5 — Louis Segond 1910

    « L'ange de l'Éternel vint une seconde fois, le toucha, et dit: Lève-toi, mange, car le chemin est trop long pour toi. »

    1 Rois 19:7 — Louis Segond 1910

    « Il se leva, mangea et but; et avec la force que lui donna cette nourriture, il marcha quarante jours et quarante nuits jusqu'à la montagne de Dieu, à Horeb. »

    1 Rois 19:8 — Louis Segond 1910
  4. Élise — Elle confirme depuis l'intérieur : un bon accompagnement soigne des mécanismes, il ne remplace ni la grâce ni la repentance. Elle a gardé la Parole comme fil à plomb pendant toute sa thérapie.

    Emmanuel — Toute thérapie porte une vision de l'homme, et certaines contredisent l'Évangile : si on m'enseigne que ma faute n'est qu'un sentiment à évacuer ou que je suis ma propre norme, l'Écriture doit rester juge. Discernement, pas défiance.

    « Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur! Éprouve-moi, et connais mes pensées! »

    Psaumes 139:23 — Louis Segond 1910

    « Regarde si je suis sur une mauvaise voie, Et conduis-moi sur la voie de l'éternité! »

    Psaumes 139:24 — Louis Segond 1910

    « Quand la prudence fait défaut, le peuple tombe; Et le salut est dans le grand nombre des conseillers. »

    Proverbes 11:14 — Louis Segond 1910
  5. Élise — La dépression est une maladie qui touche des centaines de millions de personnes, chrétiens compris : ni une faute, ni un manque de foi. Et un traitement prescrit se prend sans honte, comme l'insuline d'un diabétique.

    Emmanuel — Même voix : on ne culpabilise jamais un frère abattu, on le console, dit Paul. Arrêter un traitement pour prouver sa foi n'est pas de la foi, c'est de la présomption.

    « L'Éternel est près de ceux qui ont le coeur brisé, Et il sauve ceux qui ont l'esprit dans l'abattement. »

    Psaumes 34:19 — Louis Segond 1910

    « Nous vous prions aussi, frères, avertissez ceux qui vivent dans le désordre, consolez ceux qui sont abattus, supportez les faibles, usez de patience envers tous. »

    1 Thessaloniciens 5:14 — Louis Segond 1910
  6. Élise — Le berger restaure l'âme par tous les moyens qu'il choisit : le repos, les mains humaines, sa Parole, son Église. Elle en est la preuve vivante, et sa gratitude va au donateur plus qu'aux moyens.

    Emmanuel — Envoi : la Parole reste la seule autorité pour la foi et la vie, et elle-même nous conduit à recevoir les moyens de Dieu avec discernement. Ni honte de consulter, ni divan transformé en chaire : Christ au centre.

    « Il restaure mon âme, Il me conduit dans les sentiers de la justice, A cause de son nom. »

    Psaumes 23:3 — Louis Segond 1910
Transcription de l'épisode

1. La salle d'attente

Élise : Il y a cinq ans, quelques semaines après ce fameux dimanche sur le parking dont j'ai déjà parlé ici… je me suis retrouvée assise dans une autre salle d'attente. Celle d'une psychologue. Mon médecin m'avait arrêtée, et il avait été très clair : madame, il vous faut un accompagnement.

Emmanuel : Et tu y es allée quand même.

Élise : J'y suis allée. Mais tu sais ce que j'avais dans la tête, dans cette salle d'attente ? Pas mes soucis. Une phrase. Une phrase qu'une connaissance chrétienne m'avait dite quand j'avais évoqué ce rendez-vous : mais enfin, Élise… tu as la Parole. Pourquoi un psy ?

Emmanuel : Tu as la Parole, pourquoi un psy. Tout l'épisode d'aujourd'hui tient dans cette phrase.

Élise : Et je veux être honnête : cette phrase m'a fait mal, mais elle ne venait pas d'un mauvais fond. Elle venait d'une vraie conviction, que je respecte : la Parole de Dieu suffit. Alors posons la question sans caricature. La Parole suffit-elle ? Un chrétien qui consulte, un chrétien qui prend un traitement… est-ce qu'il manque de foi ?

Emmanuel : Et c'est une vraie question vive, parce qu'il y a deux fidélités qui se regardent. D'un côté, la conviction que l'Écriture est notre seule autorité, et qu'on ne confie pas son âme à n'importe qui. De l'autre, l'évidence que Dieu nous a donné des médecins, et qu'on remercie Dieu pour eux quand il s'agit d'une jambe cassée.

Élise : Mais quand il s'agit de l'âme, tout se complique. Comme si la frontière entre le spirituel et le psychique était un terrain miné.

Emmanuel : Alors on va marcher dessus ensemble, prudemment, la Bible ouverte. Et je préviens : sur les deux points les plus importants, Élise et moi, on ne divergera pas d'un millimètre. Vous verrez lesquels.

Élise : D'abord, un mot de méthode. On parle aujourd'hui de la souffrance psychique : l'épuisement, la dépression, l'anxiété. On n'est ni médecins de plateau télé ni théologiens de comptoir. Moi, je parle depuis mon vécu et mon métier dans la santé ; Emmanuel depuis la Parole et son expérience de la traversée du désert.

Emmanuel : Et si toi qui nous écoutes, tu es en ce moment tout au fond du trou, retiens déjà ceci, avant tous nos arguments : tu n'es pas un mauvais chrétien parce que tu souffres. On l'a déjà dit dans un autre épisode, sur la tristesse… et on va le redire aujourd'hui, plus fort.

Élise : On en avait parlé, oui. La tristesse n'est pas un manque de foi. Aujourd'hui, on va un cran plus loin : et quand la tristesse devient maladie ? Quand elle a besoin de soins ?

Emmanuel : Alors commençons par le commencement : est-ce que Dieu se sert des médecins ? Et là, j'ai un ami à te présenter. Il s'appelle Luc.

2. Le médecin bien-aimé

Emmanuel : Colossiens quatre, verset quatorze. Paul termine sa lettre par des salutations, et il écrit : Luc, le médecin bien-aimé, vous salue, ainsi que Démas. Une demi-ligne. Mais quelle demi-ligne.

Élise : Le médecin bien-aimé. Pas l'ancien médecin. Pas Luc, qui a enfin abandonné la médecine pour la foi.

Emmanuel : Voilà. Luc accompagne Paul dans ses voyages, il restera près de lui jusqu'à la fin, et Paul le nomme par son métier, avec tendresse. Et rappelons qui est ce Luc : l'homme que le Saint-Esprit a choisi pour écrire un évangile et le livre des Actes. Un quart du Nouveau Testament, sous la plume d'un médecin.

Élise : Ça me touche d'autant plus que son évangile est celui des entrailles de miséricorde. Le bon Samaritain qui verse de l'huile et du vin sur les plaies, c'est chez Luc. Le fils prodigue, c'est chez Luc. L'œil clinique et le cœur de berger, dans le même homme.

Emmanuel : Et Jésus lui-même a validé le réflexe du médecin. Quand on lui reproche de manger avec les péagers, il répond, Matthieu neuf, verset douze : Ce ne sont pas ceux qui se portent bien qui ont besoin de médecin, mais les malades. Bien sûr, il parle de lui, le médecin des âmes. Mais son image ne fonctionne que si aller voir le médecin quand on est malade est une évidence de bon sens.

Élise : Il s'appuie sur cette évidence, oui. Il ne dit jamais : les malades n'ont qu'à prier davantage.

Emmanuel : Jamais. Alors posons la première pierre : la médecine est une providence de Dieu. Quand je prie donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien, Dieu me répond le plus souvent par un champ de blé et un boulanger. Quand je le prie pour ma santé, il me répond le plus souvent par des soignants qu'il a lui-même doués d'intelligence. Le moyen n'annule pas le donateur.

Élise : Le moyen n'annule pas le donateur… je la garde, celle-là.

Élise : Mais alors, la vraie question arrive : si personne ne conteste le médecin pour une jambe cassée… pourquoi tant de réticence pour l'âme ? Pourquoi le psy fait-il peur, là où le chirurgien rassure ?

Emmanuel : Je crois qu'il y a une raison honorable et une raison mauvaise. La mauvaise d'abord : une hiérarchie cachée des maladies. La jambe cassée, ce n'est pas ta faute ; la dépression, un peu quand même, pense-t-on tout bas. C'est faux, et on va le démonter tout à l'heure.

Élise : Et la raison honorable ?

Emmanuel : C'est que l'âme n'est pas une jambe. Ce qui se passe dans un cabinet de psychologie touche à ce que je crois, ce que j'espère, la manière dont je me comprends devant Dieu. Un plâtre n'a pas de vision du monde. Une thérapie, parfois, si. Et cette prudence-là, je vais la défendre, parce qu'elle est légitime.

Élise : Et je t'y aiderai, tu vas voir. Mais avant, je veux passer par une histoire de l'Ancien Testament qui m'a portée pendant mon arrêt. L'histoire d'un homme de Dieu au bout du rouleau… et de la façon dont Dieu l'a soigné.

Emmanuel : Élie sous le genêt. Une des plus belles pages de toute la Bible.

3. Le genêt d'Élie

Élise : Premier livre des Rois, chapitre dix-neuf. Élie sort de sa plus grande victoire, le mont Carmel. Et quelques jours après, menacé par Jézabel, il s'enfuit au désert, s'assied sous un genêt… et demande la mort. C'est assez! Maintenant, Éternel, prends mon âme. Un prophète de Dieu, en plein effondrement.

Emmanuel : Juste après la victoire, c'est ça qui est frappant. L'effondrement ne prévient pas, et il ne choisit pas les tièdes.

Élise : Et regarde ce que Dieu fait. Verset cinq : Il se coucha et s'endormit sous un genêt. Et voici, un ange le toucha, et lui dit: Lève-toi, mange.

Emmanuel : Pas de sermon. Pas de comment oses-tu, après tout ce que j'ai fait au Carmel. Un ange qui touche, du pain cuit, une cruche d'eau. Et le texte dit qu'Élie se rendort… et Dieu le laisse dormir.

Élise : Puis l'ange revient, verset sept : L'ange de l'Éternel vint une seconde fois, le toucha, et dit: Lève-toi, mange, car le chemin est trop long pour toi. Car le chemin est trop long pour toi. Cette phrase m'a fait pleurer, la première fois que je l'ai lue en arrêt de travail.

Emmanuel : Parce que Dieu connaissait la longueur de ton chemin.

Élise : Parce que Dieu ne m'en demandait pas plus que mes forces, alors que moi, je m'en demandais toujours plus. Le Dieu d'Élie regarde son prophète épuisé et il ne lui dit pas : prie davantage. Il lui dit : dors. Mange. Le chemin est trop long pour toi. Et le verset huit dit qu'avec la force que lui donna cette nourriture, il marcha quarante jours jusqu'à la montagne de Dieu.

Emmanuel : Et c'est là-bas, à l'Horeb, reposé et nourri, qu'il entendra le murmure doux et léger, et que Dieu traitera le fond : sa solitude, son découragement, sa mission. Le corps d'abord, l'âme ensuite. Pas parce que l'âme compte moins. Parce qu'on ne parle pas au cœur d'un homme qui n'en peut plus.

Emmanuel : Et ton chemin à toi, il a suivi cet ordre-là ? Raconte, si tu veux bien.

Élise : Exactement cet ordre-là, et je ne l'ai vu qu'après coup. D'abord l'arrêt de travail, le sommeil qui revient par morceaux, Marc qui reprend la maison en main avec les enfants. Le genêt, en somme. Puis la psychologue, semaine après semaine, pour démonter la mécanique qui m'avait broyée : cette voix intérieure qui disait que je ne valais que si j'étais irréprochable.

Emmanuel : Mmh. La mécanique.

Élise : Et puis, plus tard seulement, la Parole a retrouvé du goût. Les psaumes d'abord, mes vieux compagnons. Et je me souviens d'avoir pensé : Dieu m'a soignée dans le même ordre qu'Élie. Le repos, la nourriture, les moyens humains… et sa voix douce à la fin du chemin. Rien de tout cela ne s'est fait contre lui. Tout s'est fait par lui.

Emmanuel : Et j'ajoute une chose pour être complet : ta psychologue, c'était un moyen. Comme l'ange avait du pain, pas un miracle de plus. Dieu aurait pu te relever en un instant, il le peut toujours. Il a choisi de te relever par des mains, du temps et de la Parole. Sa grâce n'était pas moins grande parce qu'elle est passée par une salle d'attente.

Élise : Elle n'était pas moins grande… Mais je t'ai promis de t'aider à défendre la prudence, Emmanuel. Alors vas-y, pose-la. Parce que tout ce qui s'appelle thérapie n'est pas neutre, et il faut le dire aussi.

4. Garder Christ au centre

Emmanuel : Alors voilà ma vigilance, et elle ne vient pas d'une peur. Une psychologie, ce n'est jamais seulement une boîte à outils. C'est souvent aussi une vision de l'homme : d'où vient son mal, qu'est-ce qui le répare. Et là-dessus, toutes les écoles ne disent pas la même chose que l'Évangile.

Élise : Donne un exemple concret, pour qu'on voie bien.

Emmanuel : Prenons la culpabilité. Pour l'Évangile, il y a une culpabilité réelle : quand j'ai péché, mon sentiment de faute dit quelque chose de vrai, et le remède s'appelle la repentance et le pardon, à la croix. Si un accompagnement m'apprend systématiquement que toute culpabilité n'est qu'un poids à évacuer… il me prive du chemin de la grâce. Il soigne le symptôme en condamnant la porte de sortie.

Élise : Et je confirme depuis l'intérieur, parce que c'est important que ce soit moi qui le dise. Une bonne thérapie m'a aidée à distinguer la fausse culpabilité, celle de ne jamais être assez, qui m'écrasait sans raison… de la vraie, celle qui appelle un pardon. La mienne a respecté ma foi. Mais j'ai des collègues dans la santé qui racontent d'autres expériences, où on pousse doucement la personne à se choisir elle-même comme seule boussole.

Emmanuel : Et être sa propre boussole, c'est la définition même du problème, pas de la solution. Alors ma règle, la voici : le divan n'est pas une chaire. J'y reçois de l'aide, pas un évangile. Ce qui juge toute parole humaine, y compris celle d'un thérapeute, c'est l'Écriture. Elle seule est notre autorité normative.

Élise : Discernement, donc. Pas défiance. Tu ne dis pas : n'y allez pas.

Emmanuel : Surtout pas. Je dis : allez-y comme des chrétiens. Les yeux ouverts, la Bible pas loin, et si possible avec un accompagnant qui respecte votre foi, ou qui la partage. Et si un conseil contredit clairement la Parole, la Parole gagne. Toujours.

Élise : Et j'ai un psaume qui dit exactement cette posture. Le cent trente-neuf, que j'ai prié avant plusieurs séances, je peux bien l'avouer : Sonde-moi, ô Dieu, et connais mon cœur! Éprouve-moi, et connais mes pensées! Regarde si je suis sur une mauvaise voie, Et conduis-moi sur la voie de l'éternité!

Emmanuel : Tu le priais avant tes séances ? Ça, je ne le savais pas.

Élise : Avant plusieurs, oui. C'était ma façon de remettre l'ordre des choses : le grand Sondeur de cœur, c'est Dieu. La psychologue explorait avec moi des mécanismes, avec ses outils. Mais le verdict sur ma vie, la voie de l'éternité, ça ne s'est jamais décidé dans ce cabinet. Ça s'est décidé à la croix, une fois pour toutes.

Emmanuel : Et voilà la hiérarchie parfaitement posée. J'ajoute un proverbe, parce que je suis incorrigible : Quand la prudence fait défaut, le peuple tombe; Et le salut est dans le grand nombre des conseillers. Proverbes onze, quatorze. La Bible elle-même honore la pluralité des conseils. Le médecin, le psychologue, l'ancien de l'assemblée, le frère de confiance : pas les uns contre les autres. Ensemble, chacun à sa place.

Élise : Chacun à sa place… Alors maintenant, le cœur de l'épisode. Les deux phrases sur lesquelles on ne bougera pas d'un millimètre.

5. Ni manque de foi, ni incrédulité

Élise : Première phrase, et je la dis avec ma casquette de la santé autant qu'avec ma Bible : la dépression n'est pas un manque de foi. C'est une maladie. L'Organisation mondiale de la santé estime qu'environ trois cent trente millions de personnes vivent avec une dépression dans le monde. Trois cent trente millions. Elle traverse tous les pays, tous les âges… et toutes les églises.

Emmanuel : Toutes les églises, oui. Il y en a dans nos assemblées, ce dimanche, des visages qui tiennent debout par habitude. Et certains s'entendent dire que s'ils priaient mieux, ça irait mieux.

Élise : Alors écoutez la Parole. Psaume trente-quatre, verset dix-neuf : L'Éternel est près de ceux qui ont le coeur brisé, Et il sauve ceux qui ont l'esprit dans l'abattement.

Emmanuel : Près de ceux qui ont le cœur brisé. Pas déçu par eux. Pas en train de leur demander des comptes. Près d'eux.

Élise : Et Paul, aux Thessaloniciens, donne la consigne de l'Église, première lettre, chapitre cinq, verset quatorze : Nous vous prions aussi, frères, avertissez ceux qui vivent dans le désordre, consolez ceux qui sont abattus, supportez les faibles, usez de patience envers tous.

Emmanuel : Regarde la précision du texte. Il y a des gens à avertir : ceux qui vivent dans le désordre. Mais les abattus, on ne les avertit pas. On les console. Celui qui gronde un dépressif s'est trompé de verbe, et donc de remède. La Bible elle-même distingue les cas ; faisons-le aussi.

Élise : Se tromper de verbe… c'est exactement ce qui s'était passé avec la phrase de ma connaissance. Elle m'a avertie quand il fallait me consoler.

Élise : Deuxième phrase, et je sais qu'elle libérera certains : prendre un traitement prescrit, un antidépresseur par exemple, n'est pas de l'incrédulité. L'OMS le rappelle : la dépression se soigne, il existe des traitements efficaces, psychothérapies et médicaments. Refuser de se soigner n'a jamais été un article de foi.

Emmanuel : Et disons-le avec une image simple. Personne ne demande à un diabétique de prouver sa foi en jetant son insuline. Personne ne dit à un frère myope que ses lunettes attristent le Saint-Esprit. Alors pourquoi le dirait-on du frère dont le cerveau, cet organe, a besoin d'un soutien pour retrouver son équilibre ?

Élise : Et j'ajoute une prudence de professionnelle : si tu prends un traitement, ne l'arrête jamais seul, ni sur le conseil d'un prédicateur, si zélé soit-il. Ces décisions se prennent avec ton médecin. Un sevrage brutal peut être dangereux, c'est une réalité médicale.

Emmanuel : Et j'ose une parole ferme, parce qu'elle protège des vies : si quelqu'un t'enseigne que ta guérison dépend de l'abandon de ton traitement, fuis cet enseignement. Jeter ses médicaments pour forcer la main de Dieu, ce n'est pas de la foi. C'est de la présomption. La foi, c'est se confier au Dieu qui donne aussi les remèdes.

Élise : Et si tu as des pensées noires, des pensées de mort… n'attends pas dimanche. Appelle ton médecin, appelle les urgences, appelle un proche, ce soir. Ta vie est précieuse au Seigneur. Elle l'est infiniment.

Emmanuel : Amen. Il ne nous reste qu'à remonter, pour finir, vers le berger qui restaure.

6. Il restaure mon âme

Élise : Alors, la Parole suffit-elle ? Voilà comment je répondrais, au bout de ce chemin : la Parole suffit pour ce qu'elle promet. Pour connaître Dieu, pour le salut, pour la foi et pour la vie, oui, elle suffit, elle est notre seule autorité. Mais la Parole elle-même me montre un Dieu qui soigne par des moyens : du pain sous un genêt, de l'huile et du vin sur les plaies, un médecin bien-aimé aux côtés de Paul.

Emmanuel : Autrement dit, c'est la suffisance de l'Écriture qui m'autorise à consulter. Ce n'est pas malgré ma Bible que je vais chez le médecin. C'est ma Bible qui m'apprend que les remèdes viennent de Dieu. La boucle est belle, quand on la voit en entier.

Élise : Et mon verset de toute une vie le chante en six mots. Psaume vingt-trois, verset trois : Il restaure mon âme, Il me conduit dans les sentiers de la justice, A cause de son nom.

Emmanuel : Il restaure mon âme. Pas : je restaure mon âme à la force du poignet.

Élise : Et quand je regarde mes cinq dernières années, je peux mettre des visages sur cette restauration. Le médecin qui m'a arrêtée. La psychologue. Marc, les enfants. Les psaumes du matin. L'assemblée qui ne m'a pas lâchée. Le berger a utilisé toutes ces mains-là. Mais c'est lui qui restaurait.

Emmanuel : Alors concrètement, pour finir. Si tu souffres : parle à ton médecin sans honte, et parle à un frère ou une sœur sans masque. Les deux, pas l'un contre l'autre. Si tu accompagnes quelqu'un : console, supporte, use de patience, et garde tes leçons pour un autre jour. Et si tu es en thérapie : garde ta Bible ouverte à côté, elle reste le fil à plomb.

Élise : Et n'oublie pas ton assemblée locale. On ne guérit pas pareil quand on est porté.

Élise : Je nous conduis dans la prière. Notre Dieu, notre bon Papa, merci pour ton Fils, le médecin des âmes, qui a tout accompli à la croix. Merci pour les moyens que ta providence nous donne : le repos, les soignants, les frères et les sœurs, et ta Parole qui juge et console tout. Sois près de ceux qui ont le cœur brisé cette semaine ; conduis-les vers les mains qu'il faut, et restaure leur âme, à cause de ton nom. Au nom de Jésus, amen.

Emmanuel : Amen. Merci Élise. Il fallait ton courage pour rouvrir cette salle d'attente devant tout le monde.

Élise : Si ça libère une seule personne de la honte de consulter, ça valait la peine. Vraiment.

Emmanuel : Et vous qui nous écoutez, si cet épisode peut aider quelqu'un qui n'ose pas pousser une porte, celle d'un cabinet ou celle de son église… partagez-le-lui.

Élise : On se retrouve très bientôt, si Dieu veut. D'ici là, que le Seigneur vous garde… et qu'il restaure votre âme. Au revoir.

Emmanuel : Au revoir. Et le chemin est peut-être long… mais vous n'y marchez pas seuls.

Continuer l'écoute

La Lettre de Lumière

Chaque semaine, les nouveaux épisodes « Aux Sources » et nos méditations, droit dans votre boîte mail — sans spam, désinscription en un clic.