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Aux Sources · Vie intérieure

La colère contre Dieu : crier vers, plutôt que contre

La colère contre Dieu : crier vers, plutôt que contre

Avec Élise & Emmanuel16:01

A-t-on le droit d'être en colère contre Dieu ? Job qui maudit son jour, David qui demande quatre fois « jusques à quand », Jonas qui boude, et Jésus qui crie l'abandon sur la croix : Élise et Emmanuel osent regarder les colères des croyants en face. Un épisode sans réponses faciles, pour apprendre où porter le feu.

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Chapitres & repères

  1. Élise — Elle confie une nuit de colère contre Dieu vécue pendant son épuisement, et la honte qui a suivi : on lui avait transmis qu'un chrétien n'a pas ce droit-là.

    Emmanuel — La vraie question n'est pas d'avoir le droit ou non : la colère vient un jour ou l'autre, et la nier, c'est la laisser travailler en secret.

    « L'Éternel est près de ceux qui ont le cœur brisé, Et il sauve ceux qui ont l'esprit dans l'abattement. »

    Psaume 34:19 — Louis Segond 1910
  2. Élise — Les réponses toutes faites des amis de Job, elle les entend encore dans les couloirs de l'hôpital : des phrases justes en apparence, posées comme des pierres sur un blessé.

    Emmanuel — Le verdict de Job 42:7 renverse tout : Dieu approuve celui qui lui a tout dit, et s'irrite contre ceux qui parlaient de lui sans jamais lui parler.

    « Après cela, Job ouvrit la bouche et maudit le jour de sa naissance. »

    Job 3:1 — Louis Segond 1910

    « Pourquoi ne suis-je pas mort dans le ventre de ma mère? Pourquoi n'ai-je pas expiré au sortir de ses entrailles? »

    Job 3:11 — Louis Segond 1910

    « Après que l'Éternel eut adressé ces paroles à Job, il dit à Éliphaz de Théman: Ma colère est enflammée contre toi et contre tes deux amis, parce que vous n'avez pas parlé de moi avec droiture comme l'a fait mon serviteur Job. »

    Job 42:7 — Louis Segond 1910
  3. Élise — Les psaumes de plainte sont les formulaires de réclamation que Dieu a glissés dans son propre livre ; pendant son épuisement, le psaume 13 a été sa prière d'emprunt.

    Emmanuel — La colère du croyant est presque toujours de l'espérance blessée : on ne se met pas en colère contre un inconnu, mais contre quelqu'un qu'on aime et dont on attendait autre chose.

    « Jusques à quand, Éternel! m'oublieras-tu sans cesse? Jusques à quand me cacheras-tu ta face? »

    Psaume 13:2 — Louis Segond 1910

    « Jusques à quand aurai-je des soucis dans mon âme, Et chaque jour des chagrins dans mon coeur? Jusques à quand mon ennemi s'élèvera-t-il contre moi? »

    Psaume 13:3 — Louis Segond 1910

    « Moi, j'ai confiance en ta bonté, J'ai de l'allégresse dans le cœur, à cause de ton salut. »

    Psaume 13:6 — Louis Segond 1910

    « Tu m’as persuadé, Éternel, et je me suis laissé persuader. »

    Jérémie 20:7 — Louis Segond 1910

    « Si je dis: Je ne ferai plus mention de lui, Je ne parlerai plus en son nom, Il y a dans mon coeur comme un feu dévorant Qui est renfermé dans mes os. Je m'efforce de le contenir, et je ne le puis. »

    Jérémie 20:9 — Louis Segond 1910
  4. Élise — La douceur de Dieu envers Jonas, elle l'a rencontrée après sa propre nuit de colère : pas de reproche, une patience qui désarme mieux qu'une punition.

    Emmanuel — Sa colère à lui a éclaté sur un parking pendant la faillite ; la lamentation reste dans la relation et parle à Dieu, l'amertume rend son verdict et claque la porte.

    « L'Éternel répondit: Fais-tu bien de t'irriter? »

    Jonas 4:4 — Louis Segond 1910

    « Dieu dit à Jonas: Fais-tu bien de t'irriter à cause du ricin? Il répondit: Je fais bien de m'irriter jusqu'à la mort. »

    Jonas 4:9 — Louis Segond 1910

    « En tout temps, peuples, confiez-vous en lui, Répandez vos cœurs en sa présence! Dieu est notre refuge. »

    Psaume 62:9 — Louis Segond 1910
  5. Élise — Si le Fils lui-même a prononcé le pourquoi de l'abandon, alors nos pourquoi ne sont plus des mots interdits ; on peut rester en colère un temps, la main dans la sienne.

    Emmanuel — Sur la croix, Christ a traversé le vrai abandon à notre place et a tout accompli : nos nuits ont désormais un fond, il est déjà passé dessous.

    « Et vers la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte: Éli, Éli, lama sabachthani? c’est-à-dire: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné? »

    Matthieu 27:46 — Louis Segond 1910

    « Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi m'as-tu abandonné, Et t'éloignes-tu sans me secourir, sans écouter mes plaintes? »

    Psaume 22:2 — Louis Segond 1910

    « Car il n'a ni mépris ni dédain pour les peines du misérable, Et il ne lui cache point sa face; Mais il l'écoute quand il crie à lui. »

    Psaume 22:25 — Louis Segond 1910
Transcription de l'épisode

1. Ce qu'on n'ose pas dire

Élise : Bonjour à tous, et bienvenue dans Aux Sources. L'épisode d'aujourd'hui, on l'aborde à voix basse… La colère contre Dieu. Est-ce qu'un croyant a le droit d'être en colère contre son Père ? Emmanuel, bonjour.

Emmanuel : Bonjour Élise. Bonjour à tous. À voix basse, oui… parce que derrière cette question, il y a rarement de la théorie. Il y a des deuils, des diagnostics, des prières restées sans réponse.

Élise : Et il y a des souvenirs personnels. Tu sais que pendant mon épuisement, il y a cinq ans, j'ai connu la nuit du doute… je l'ai racontée ici. Mais il y a eu une autre nuit, avant celle-là. Une nuit de colère.

Emmanuel : Raconte, si tu peux.

Élise : Un soir, après une journée impossible, j'ai ouvert ma Bible par habitude. Et tout est monté d'un coup. J'ai refermé le livre… fort. Et j'ai dit tout haut, seule dans le salon : je te sers depuis toutes ces années, et voilà comment tu me traites. Et puis j'ai eu honte, presque aussitôt.

Emmanuel : Honte de la colère… ou honte de l'avoir dite ?

Élise : Les deux, je crois… On m'avait transmis, sans jamais le formuler, qu'un chrétien n'a pas le droit d'être en colère contre Dieu. Alors on sourit, on dit amen… et on s'éloigne poliment, un pas après l'autre.

Emmanuel : Et voilà la vraie question de cet épisode. Pas seulement : a-t-on le droit d'être en colère contre Dieu ? Mais : que fait-on de cette colère quand elle est là ? Parce qu'elle vient, un jour ou l'autre, chez presque tous les croyants. La nier, c'est simplement la laisser travailler en secret.

Élise : Alors commençons par une bonne nouvelle, avant les textes difficiles. Le psaume trente-quatre dit : L'Éternel est près de ceux qui ont le cœur brisé, Et il sauve ceux qui ont l'esprit dans l'abattement.

Emmanuel : Près de ceux qui ont le cœur brisé. Pas : près de ceux qui ont le cœur bien rangé.

Élise : Le cœur bien rangé… c'est tellement ça. On croit devoir se présenter à Dieu repassé et plié, comme du linge propre. Et quand ça déborde, on n'ose plus venir.

Emmanuel : Alors que lui nous attend comme on est. Et la Bible va nous surprendre : elle est pleine de croyants en colère. Pas des ennemis de Dieu… ses amis les plus proches. Job, David, Jérémie, Jonas. Des colères conservées noir sur blanc dans son propre livre. On va les regarder l'un après l'autre.

Élise : Avec une boussole pour tout l'épisode : regarder ce que Dieu fait de leur colère. Parce que c'est là qu'on va apprendre quoi faire de la nôtre.

Emmanuel : Et je préviens ceux qui traversent en ce moment une vraie fournaise : on ne vous donnera pas de réponses faciles. Il n'y en a pas, et celles qu'on fabrique font mal, on le verra avec les amis de Job. On veut juste vous montrer une chose ce soir… où porter le feu.

Élise : Où porter le feu… Commençons par l'homme qui a le plus brûlé. Job.

2. Job, l'homme qui a crié juste

Emmanuel : Job. L'homme qui a tout perdu en quelques jours : ses biens, ses serviteurs… et ses dix enfants. Puis sa santé. Et l'Écriture précise, dès la première ligne, qu'il était intègre et droit, qu'il craignait Dieu. Sa souffrance n'était pas une punition.

Élise : Dix enfants… On lit ça trop vite. Chaque fois que j'y repense comme mère, ce livre me coupe le souffle.

Emmanuel : Et au chapitre trois, après sept jours de silence, il craque. Le texte dit : Après cela, Job ouvrit la bouche et maudit le jour de sa naissance. Et il crie : Pourquoi ne suis-je pas mort dans le ventre de ma mère? Pourquoi n'ai-je pas expiré au sortir de ses entrailles?

Élise : C'est dans la Bible, ça… Un croyant qui maudit le jour de sa naissance.

Emmanuel : Dans la Bible, oui. Et ensuite, des dizaines de chapitres de plaintes, de questions, de colère… que Dieu a jugés dignes d'être conservés pour nous. Mais en face de Job, il y a ses trois amis. Et eux vont nous apprendre autre chose.

Élise : Les fameux amis…

Emmanuel : Ils commencent bien, remarque : sept jours assis près de lui, en silence. Leur meilleur moment. Puis ils parlent… et tout se gâte. Leur théologie est carrée : si tu souffres, c'est que tu as péché quelque part. Confesse, et ça ira mieux. Des avocats de Dieu, en quelque sorte… qui écrasent un homme à terre.

Élise : Des réponses justes en apparence… posées comme des pierres sur un blessé. J'en entends encore, des phrases comme ça, dans les couloirs de l'hôpital. Dieu a un plan… Il ne te donne que ce que tu peux porter… Dites au chevet d'une femme qui vient de tout perdre.

Emmanuel : Des phrases qui coûtent si peu à celui qui les prononce. Et maintenant… la fin du livre. Le verdict de Dieu lui-même. Et il renverse tout.

Élise : Job quarante-deux, verset sept. Lis-le nous.

Emmanuel : Après que l'Éternel eut adressé ces paroles à Job, il dit à Éliphaz de Théman: Ma colère est enflammée contre toi et contre tes deux amis, parce que vous n'avez pas parlé de moi avec droiture comme l'a fait mon serviteur Job.

Élise : Comme l'a fait mon serviteur Job… C'est Job que Dieu approuve ? L'homme des chapitres de plainte ?

Emmanuel : C'est Job. Et la colère de Dieu tombe sur les amis aux réponses impeccables. Renversant, non ? Mais regarde la direction des paroles, tout s'éclaire là. Les amis parlaient de Dieu, correctement, froidement… sans jamais lui parler. Job, lui, a tout dit à Dieu. Sa révolte, ses pourquoi, son envie de mourir. Il n'a jamais quitté la conversation.

Élise : Il n'a jamais quitté la conversation… Même sa colère était une prière, au fond. Terrible… mais adressée.

Emmanuel : Et soyons honnêtes avec le texte : quand Dieu répond enfin, il remet aussi Job à sa place. Des chapitres entiers de questions qui le dépassent, et Job finit la main sur la bouche. Dieu ne dit pas que Job avait raison sur tout… il dit qu'il a parlé avec droiture. La droiture, ce n'est pas l'exactitude. C'est la vérité du cœur devant Dieu.

Élise : Donc Dieu préfère notre colère honnête… à notre distance polie. C'est ça, la leçon de Job ?

Emmanuel : C'est ça. Une théologie parfaite qui ne parle plus à Dieu l'irrite. Un cœur brisé qui crie vers lui, même de travers… il l'appelle mon serviteur. Et rappelons-le au passage : Job n'a pas été approuvé pour la qualité de ses plaintes. La grâce n'est jamais un salaire… c'est un don.

3. Jusques à quand ? Les prières en colère

Élise : Et cette colère honnête, Dieu a fait mieux que la tolérer… il nous a donné des mots pour elle. Là, je suis en terrain connu : les psaumes. Une grande partie du psautier, ce sont des plaintes. Des prières qui protestent.

Emmanuel : Ton psaume de garde, pour ces jours-là, c'est lequel ?

Élise : Le treize. Quatre fois la même question en deux versets. Écoute : Jusques à quand, Éternel! m'oublieras-tu sans cesse? Jusques à quand me cacheras-tu ta face? Et encore : Jusques à quand aurai-je des soucis dans mon âme, Et chaque jour des chagrins dans mon coeur? Jusques à quand mon ennemi s'élèvera-t-il contre moi?

Emmanuel : M'oublieras-tu… C'est David qui accuse Dieu d'oubli. Et cette prière-là a été mise en musique, chantée au temple, transmise de génération en génération jusqu'à nous.

Élise : Comme si Dieu avait glissé dans son propre livre les formulaires de réclamation. Pendant mon épuisement, ce psaume a été ma prière pendant des semaines. Je n'avais plus de mots à moi… alors j'ai emprunté les siens. Et dire à Dieu jusques à quand, c'était déjà lui reparler.

Emmanuel : Et il finit comment, ton psaume ?

Élise : Il se retourne, sans que rien n'ait changé au-dehors : Moi, j'ai confiance en ta bonté, J'ai de l'allégresse dans le cœur, à cause de ton salut. La plainte ne remplace pas la confiance… elle lui fraie un chemin.

Emmanuel : Et il n'y a pas que David. Jérémie… le prophète fidèle entre tous. Persécuté, moqué, jeté au cachot pour avoir dit la vérité. Au chapitre vingt, il craque à son tour et ose dire : Tu m’as persuadé, Éternel, et je me suis laissé persuader.

Élise : C'est presque un reproche d'amoureux blessé… tu m'as entraîné là-dedans, et regarde où j'en suis.

Emmanuel : Un reproche dit les yeux dans les yeux. Et quelques versets plus loin, le même homme ajoute : Si je dis: Je ne ferai plus mention de lui, Je ne parlerai plus en son nom, Il y a dans mon coeur comme un feu dévorant Qui est renfermé dans mes os. Je m'efforce de le contenir, et je ne le puis.

Élise : La colère et l'attachement dans le même chapitre… Il en veut à Dieu, et il ne peut pas se passer de lui.

Emmanuel : Et c'est peut-être ça, la vraie nature de la colère du croyant. On ne se met pas en colère contre un inconnu. On se met en colère contre quelqu'un qu'on aime… et dont on attendait autre chose. La colère contre Dieu, très souvent, c'est de l'espérance blessée.

Élise : De l'espérance blessée… Alors la question devient : qu'est-ce qu'on en fait ? Parce qu'il doit bien y avoir des manières de se tromper de chemin, avec cette colère.

Emmanuel : Il y en a. Et pour en parler, il nous reste deux visages. Un prophète boudeur… et un crucifié.

4. Jonas, et la douceur de Dieu

Élise : Jonas, alors. Le prophète en colère de la fin du livre.

Emmanuel : Et pour une raison presque gênante : Dieu a fait grâce à Ninive, la ville ennemie… et ça le met en fureur. Puis un ricin qui lui donnait de l'ombre sèche sur pied, et sa colère déborde. Jonas veut mourir… pour une plante.

Élise : Sa colère paraît petite, mesquine même… et c'est peut-être pour ça que ce texte nous est si utile. Nos colères à nous aussi sont parfois mal informées. On ne voit pas tout ce que Dieu voit.

Emmanuel : Mais regarde comment Dieu s'y prend avec son prophète furieux. Pas de foudre. Pas de sermon. Une question, douce comme une main sur l'épaule : L'Éternel répondit: Fais-tu bien de t'irriter?

Élise : Fais-tu bien de t'irriter ?… Il ne l'écrase pas. Il l'invite à regarder sa colère en face, avec lui.

Emmanuel : Et Jonas s'entête ! Il répond même du tac au tac : Je fais bien de m'irriter jusqu'à la mort. Un prophète qui tient tête à Dieu en face. Et Dieu continue de lui parler, patiemment, avec un ricin, un ver, un vent d'orient… Le livre entier est une leçon de pédagogie divine envers un homme en colère.

Élise : Cette douceur-là me touche particulièrement… Parce que c'est elle que j'ai retrouvée, moi aussi, après ma nuit du salon. Pas de reproche au réveil. Une patience qui m'a désarmée bien mieux qu'une punition ne l'aurait fait.

Emmanuel : Et il me semble que tu n'es pas la seule ici à avoir une histoire de colère… La mienne s'est passée sur un parking.

Élise : Raconte-nous, si tu veux bien.

Emmanuel : C'était pendant la faillite. Un soir, en sortant de la banque, encore un refus. Je me suis assis dans la voiture, sur le parking, et j'ai frappé le volant. Et j'ai crié contre Dieu. Vraiment crié… des mots que je ne répéterai pas ici. Seigneur, je t'ai servi, j'ai été honnête en affaires même quand ça me coûtait cher… et c'est moi que tu laisses couler ?

Élise : Mmh…

Emmanuel : Et il ne s'est rien passé. Pas de foudre, là non plus. Je suis rentré, vidé. Et dans les semaines qui ont suivi, en lisant Jonas justement, j'ai compris : Dieu n'avait pas retiré sa main. Il me posait sa question, tout doucement… fais-tu bien de t'irriter ? Pas pour m'humilier. Pour que je vide mon sac jusqu'au fond, chez lui plutôt que loin de lui.

Élise : Chez lui plutôt que loin de lui… C'est la distinction qu'on doit à ceux qui nous écoutent, je crois. Entre la plainte et… autre chose.

Emmanuel : Oui. La lamentation, c'est la colère qui reste dans la relation : elle parle à Dieu, elle attend encore quelque chose de lui. Le psaume soixante-deux l'exprime : Répandez vos cœurs en sa présence! Dieu est notre refuge. L'amertume, elle, a quitté la table : elle parle de Dieu, elle a rendu son verdict, elle claque la porte. Job et Jérémie crient vers. L'amertume crie contre… puis se tait pour de bon.

Élise : Crier vers, plutôt que contre… Et pour celui qui a déjà claqué la porte ?

Emmanuel : Alors qu'il entende ceci : la porte n'est pas verrouillée de l'intérieur. Le Dieu de Jonas pose encore sa question douce, aujourd'hui même. On peut revenir avec sa colère… elle sera reçue avant d'être corrigée.

5. Le cri de la croix

Élise : Il nous reste le plus grand cri de toute l'Écriture. Matthieu vingt-sept. Jésus est en croix, les ténèbres couvrent le pays depuis des heures…

Emmanuel : Et vers la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte: Éli, Éli, lama sabachthani? c’est-à-dire: Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?

Élise : Le Fils… qui demande pourquoi à son Père.

Emmanuel : Et remarque : ce cri n'est pas improvisé. Jésus prie un psaume. Le vingt-deux, qui commence ainsi : Mon Dieu! mon Dieu! pourquoi m'as-tu abandonné, Et t'éloignes-tu sans me secourir, sans écouter mes plaintes? Sur la croix, à l'heure la plus noire de l'histoire, Jésus emprunte les mots des priants en détresse. Il fait sienne la grande plainte des hommes.

Élise : Alors nos pourquoi ne peuvent plus être des mots interdits… Le Fils les a prononcés avant nous.

Emmanuel : Et il les a prononcés pour nous. À la croix, Christ a tout accompli, une fois pour toutes… il a porté ce qui nous séparait de Dieu. C'est parce qu'il a traversé ce véritable abandon que Dieu peut nous dire, à nous : je ne te délaisserai point. Nos nuits ont un fond, désormais. Il est déjà passé dessous.

Élise : Nos nuits ont un fond… Et le psaume vingt-deux lui-même ne s'arrête pas au cri. Il dit plus loin : Car il n'a ni mépris ni dédain pour les peines du misérable, Et il ne lui cache point sa face; Mais il l'écoute quand il crie à lui.

Emmanuel : Il l'écoute quand il crie à lui. Voilà le Dieu devant lequel on peut être en colère… sans être perdu.

Élise : Alors, avant de nous quitter… qu'est-ce qu'on dit à celui ou celle qui est en colère contre Dieu, ce soir ?

Emmanuel : Trois choses toutes simples. Un : dis-lui tout, avec tes vrais mots. Il connaît déjà le fond de ton cœur, il attend que tu le verses devant lui. Deux : quand tes mots manquent, emprunte les psaumes… le treize, le vingt-deux. Ils ont porté des colères plus lourdes que la tienne. Trois : ne reste pas seul avec le feu. Un frère, une sœur, un ancien… quelqu'un qui saura d'abord se taire, comme les amis de Job à leur meilleur moment, et prier avec toi.

Élise : Et si la colère met du temps à fondre… ce n'est pas un échec. Certaines questions n'auront leur réponse qu'au retour du Seigneur. En attendant, on peut marcher en colère… la main dans la sienne.

Emmanuel : En colère, la main dans la sienne. C'est tout autre chose que la distance polie.

Élise : Je nous mets sous le regard de Dieu. Notre Dieu, notre bon Papa… tu vois les cœurs brisés, les colères qu'on te cache, les pourquoi qu'on n'ose pas dire. Merci parce que ton Fils a crié avant nous, et pour nous. Reçois nos plaintes comme tu as reçu celles de Job, apprends-nous à crier vers toi et non contre toi… et garde-nous près de toi jusqu'au jour où tu essuieras toute larme. Amen.

Emmanuel : Amen.

Élise : Merci Emmanuel. Merci à vous qui nous avez écoutés, peut-être avec le cœur lourd ce soir… On se retrouve bientôt, si Dieu veut, pour un nouvel épisode d'Aux Sources.

Emmanuel : Que le Seigneur vous garde… surtout ce soir. À bientôt.

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