Aux Sources · Questions vives
La dîme aujourd'hui : faut-il donner dix pour cent ?
Aux Sources · Questions vives
La dîme aujourd'hui : faut-il donner dix pour cent ?
Avec Élise & Emmanuel19:54
Sur le brut ou sur le net ? La question d'un jeune de l'assemblée oblige Emmanuel à rouvrir tout le dossier de la dîme : Abraham, Malachie, Jésus face aux pharisiens comptables, et la générosité joyeuse de la nouvelle alliance. Élise défend les dix pour cent comme une discipline structurante, Emmanuel la liberté d'une générosité proportionnée… et les deux tiennent ensemble une ligne rouge : le don n'achète jamais la bénédiction.
Chapitres & repères
Élise — Elle accueille la question du jeune comme celle que beaucoup n'osent pas poser à voix haute : l'argent reste un sujet tabou entre chrétiens, alors que Jésus en parlait sans cesse.
Emmanuel — Un jeune de l'assemblée lui a demandé s'il fallait calculer la dîme sur le brut ou sur le net. Derrière le calcul, la vraie question : Dieu attend-il dix pour cent de nous aujourd'hui ?
Élise — La dîme d'Abraham précède la loi : c'est un geste de reconnaissance libre, pas un impôt. Elle y voit la racine du principe : rendre à Dieu une part qui dit que tout vient de lui.
Emmanuel — Malachie 3:10 se lit dans son alliance : la maison du trésor nourrissait les lévites et les pauvres d'Israël. Le verset est une parole de Dieu à son peuple d'alors, pas un code promotionnel pour aujourd'hui.
« Béni soit le Dieu Très Haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains! Et Abram lui donna la dîme de tout. »
Genèse 14:20 — Louis Segond 1910« Apportez à la maison du trésor toutes les dîmes, Afin qu'il y ait de la nourriture dans ma maison; Mettez-moi de la sorte à l'épreuve, Dit l'Éternel des armées. Et vous verrez si je n'ouvre pas pour vous les écluses des cieux, Si je ne répands pas sur vous la bénédiction en abondance. »
Malachie 3:10 — Louis Segond 1910Élise — Jésus ne condamne pas la dîme mais la dîme sans cœur : une comptabilité scrupuleuse qui sert d'alibi pour éviter la justice, la miséricorde et la fidélité.
Emmanuel — Le danger n'est pas de donner trop ou trop peu, mais de transformer le don en règle qui rassure. On peut être parfaitement en règle et complètement à côté.
« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous payez la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin, et que vous laissez ce qui est plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité: c'est là ce qu'il fallait pratiquer, sans négliger les autres choses. »
Matthieu 23:23 — Louis Segond 1910Élise — Avec Marc, ils ont choisi dix pour cent comme discipline structurante : non comme loi, mais comme cadre qui protège la générosité des humeurs et des fins de mois. Une règle de sagesse, pas de salut.
Emmanuel — Revenu d'entrepreneur oblige, il donne selon sa prospérité, résolu chaque saison devant Dieu avec Rose : certaines années bien plus que dix pour cent, l'année du dépôt de bilan presque rien en argent. La mesure néotestamentaire est la joie résolue, pas le pourcentage.
« Que chacun donne comme il l’a résolu en son cœur, sans tristesse ni contrainte; car Dieu aime celui qui donne avec joie. »
2 Corinthiens 9:7 — Louis Segond 1910« Que chacun de vous, le premier jour de la semaine, mette à part chez lui ce qu'il pourra, selon sa prospérité, afin qu'on n'attende pas mon arrivée pour recueillir les dons. »
1 Corinthiens 16:2 — Louis Segond 1910« La bonne volonté, quand elle existe, est agréable en raison de ce qu'elle peut avoir à sa disposition, et non de ce qu'elle n'a pas. »
2 Corinthiens 8:12 — Louis Segond 1910« Alors Jésus, ayant appelé ses disciples, leur dit: Je vous le dis en vérité, cette pauvre veuve a donné plus qu'aucun de ceux qui ont mis dans le tronc; »
Marc 12:43 — Louis Segond 1910« car tous ont mis de leur superflu, mais elle a mis de son nécessaire, tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour vivre. »
Marc 12:44 — Louis Segond 1910Élise — Un don qui cherche un retour n'est plus un don, c'est un placement. La grâce ne s'achète pas, elle a déjà été payée à la croix : nos deux voix tiennent la même ligne.
Emmanuel — L'année du dépôt de bilan, il a été tenté par le discours du semez et Dieu multipliera. Il en est revenu : le don ne déclenche rien, il répond à tout ce que Christ a déjà donné.
« Car vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, qui pour vous s'est fait pauvre, de riche qu'il était, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis. »
2 Corinthiens 8:9 — Louis Segond 1910« Je vous ai montré de toutes manières que c'est en travaillant ainsi qu'il faut soutenir les faibles, et se rappeler les paroles du Seigneur, qui a dit lui-même: Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir. »
Actes 20:35 — Louis Segond 1910Élise — Ce qui est sûr : Dieu aime le donateur joyeux, la générosité résolue fait partie de la vie chrétienne, et personne ne doit juger le pourcentage de son frère. Sa discipline des dix pour cent reste sa liberté, pas une loi pour l'Église.
Emmanuel — Ce qui est sûr : le don répond à la grâce et n'achète rien. Que chacun résolve devant Dieu, en parle en couple, et porte sa communauté locale avec constance. Le reste appartient au Maître de chacun.
« Tel fait une distinction entre les jours; tel autre les estime tous égaux. Que chacun ait en son esprit une pleine conviction. »
Romains 14:5 — Louis Segond 1910« Qui es-tu, toi qui juges un serviteur d'autrui? S'il se tient debout, ou s'il tombe, cela regarde son maître. Mais il se tiendra debout, car le Seigneur a le pouvoir de l'affermir. »
Romains 14:4 — Louis Segond 1910
Transcription de l'épisode
1. Le virement de septembre
Emmanuel : Il y a quelques années, un dimanche de septembre, un jeune de l'assemblée m'attrape à la sortie du culte. Il venait de signer son premier contrat, son premier vrai salaire. Et il me pose la question la plus directe qu'on m'ait posée depuis longtemps : Emmanuel, la dîme, je la calcule sur le brut ou sur le net ?
Élise : Sur le brut ou sur le net… La question d'expert-comptable.
Emmanuel : Et je t'avoue que je suis resté sans voix quelques secondes. Parce que derrière son calcul, il y avait une question beaucoup plus profonde : est-ce que Dieu attend de moi dix pour cent ? Est-ce que c'est une règle, comme un impôt ?
Élise : Et tu lui as répondu quoi, sur le moment ?
Emmanuel : Je lui ai dit : viens, assieds-toi, ta question mérite mieux qu'un chiffre lancé entre deux poignées de main. Et c'est un peu ce qu'on va faire aujourd'hui, toi et moi.
Élise : Alors posons-la clairement, la question du jour : la dîme, les fameux dix pour cent… est-ce que c'est encore pour nous ?
Emmanuel : Et je préviens tout de suite ceux qui nous écoutent : c'est une question vive. Des chrétiens qui aiment la même Bible, qui confessent le même Sauveur, y répondent différemment. Notre but n'est pas de trancher à leur place.
Élise : Notre but, c'est de rouvrir les textes, et que chacun se tienne devant Dieu avec une conviction éclairée. D'ailleurs, toi et moi, on ne pratique pas tout à fait pareil, je crois.
Emmanuel : Pas tout à fait, non. Et on va se dire pourquoi, sans se fâcher. Enfin… j'espère.
Élise : On a survécu à des sujets plus dangereux.
Élise : Ce qui me frappe d'abord, c'est le silence. On parle de tout à l'église, de la prière, du service… mais l'argent, presque jamais. C'est le sujet qu'on évite au repas fraternel.
Emmanuel : Alors que Jésus, lui, ne l'évitait pas du tout. Ouvre les évangiles : il parle d'argent constamment. Des trésors, des dettes, des talents, des ouvriers et de leur paie. Il savait que le portefeuille est branché droit sur le cœur.
Élise : Branché droit sur le cœur… c'est exactement ça. Car là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur, dit Jésus dans Matthieu six.
Emmanuel : Donc on ne va pas fuir. Voici la route que je propose. D'abord, regarder d'où vient la dîme : avant la loi, puis sous la loi, avec le fameux verset de Malachie. Ensuite, écouter ce que Jésus en dit. Puis ouvrir la nouvelle alliance, et là, on posera nos deux manières de faire. Et on finira par ce qui ne se négocie pas.
Élise : Ce qui ne se négocie pas ? Tu m'intrigues.
Emmanuel : Tu verras. Disons que sur la route de la générosité, il y a un fossé dangereux, et je suis tombé dedans une fois. J'en parlerai.
Élise : Alors allons-y. Remonte-nous le temps, bien avant Moïse.
2. Avant la loi, sous la loi
Emmanuel : Première surprise du dossier : la dîme n'est pas née avec la loi de Moïse. Genèse quatorze. Abram revient d'un combat, et il rencontre un personnage mystérieux, Melchisédek, roi de Salem, sacrificateur du Dieu Très Haut. Et au verset vingt, Melchisédek bénit Dieu : Béni soit le Dieu Très Haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains! Et Abram lui donna la dîme de tout.
Élise : La dîme de tout. Et personne ne la lui avait demandée.
Emmanuel : Personne. Pas de commandement, pas de tarif. Un homme qui vient de recevoir une victoire, et qui répond par un dixième. C'est un geste de reconnaissance, pas une facture.
Élise : Ça me touche, cette image. Le dixième d'Abraham, c'est une manière de dire : tout ce que j'ai, je le tiens de toi. La part rendue proclame d'où vient le tout.
Emmanuel : Ensuite, la loi de Moïse reprend et organise tout ça. Les dîmes d'Israël faisaient vivre les lévites, qui n'avaient pas de terre, et elles nourrissaient aussi l'étranger, l'orphelin et la veuve. C'était le système social et cultuel de tout un peuple.
Élise : Donc quand on dit la dîme, dans l'Ancien Testament, on parle d'un dispositif complet. Pas juste d'une enveloppe le dimanche.
Emmanuel : Exactement. Et c'est là qu'arrive le verset que tout le monde cite. Malachie, chapitre trois, verset dix. Tu veux nous le lire ?
Élise : Apportez à la maison du trésor toutes les dîmes, Afin qu'il y ait de la nourriture dans ma maison; Mettez-moi de la sorte à l'épreuve, Dit l'Éternel des armées. Et vous verrez si je n'ouvre pas pour vous les écluses des cieux, Si je ne répands pas sur vous la bénédiction en abondance.
Emmanuel : Merci. Alors ce verset, il faut le lire là où il est. Dieu parle à Israël, son peuple d'alliance, qui était en train de le voler, dit le verset d'avant, en gardant les dîmes pour lui. Résultat : plus de nourriture dans ma maison, c'est-à-dire au temple. Les lévites ne mangeaient plus, le culte s'éteignait.
Élise : Donc l'enjeu, c'est la fidélité d'un peuple à son alliance. Pas une promesse d'enrichissement personnel détachable du reste.
Emmanuel : Voilà. Et je le dis avec d'autant plus de force que ce verset est devenu, dans certaines bouches, un argument commercial. Donne, et les écluses s'ouvriront sur ton compte en banque. Ce n'est pas ce que le texte dit à son peuple, et on y reviendra, parce que c'est mon fossé dangereux.
Élise : Mais ne jetons pas le verset avec l'abus. Ce qu'il révèle du cœur de Dieu reste magnifique : un Dieu qui veut que sa maison soit un lieu où l'on mange, où le faible est nourri.
Emmanuel : C'est vrai. Et un Dieu qui associe son peuple à ça. La question pour nous devient donc : qu'est-ce qui traverse jusqu'à la nouvelle alliance ? Le pourcentage… ou le cœur du geste ?
Élise : Et pour répondre, il faut passer par Jésus. Parce qu'il a parlé de la dîme, lui aussi. Et pas tendrement.
3. Jésus et les pharisiens comptables
Emmanuel : Matthieu vingt-trois. Jésus est face aux pharisiens, et il dit, verset vingt-trois : Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites! parce que vous payez la dîme de la menthe, de l'aneth et du cumin, et que vous laissez ce qui est plus important dans la loi, la justice, la miséricorde et la fidélité: c'est là ce qu'il fallait pratiquer, sans négliger les autres choses.
Élise : La dîme de la menthe. Ils comptaient les feuilles de leurs plantes aromatiques.
Emmanuel : Les feuilles de menthe, les graines de cumin. Une précision de laboratoire. Et pendant ce temps, la justice attendait à la porte, la miséricorde aussi. Tu vois ce que Jésus attaque ? Pas le geste de donner. L'hypocrisie d'un don qui sert d'alibi.
Élise : C'est très fin, parce qu'il ne dit pas : arrêtez la dîme. Il dit : c'est là ce qu'il fallait pratiquer, sans négliger les autres choses. Il ne balaie pas le geste. Il le remet à sa place, derrière la justice, la miséricorde, la fidélité.
Emmanuel : Et ça, ça m'a longtemps travaillé, en tant qu'entrepreneur. Parce que le pharisien comptable, je sais très bien le devenir. Tu mets en place un virement automatique, la ligne part tous les mois, et quelque part dans ta tête, une petite voix dit : voilà, je suis en règle avec Dieu.
Élise : Mmh… en règle.
Emmanuel : Et c'est précisément le piège. Parce qu'on peut être parfaitement en règle et complètement à côté. Donner dix pour cent et rester dur en affaires, dur avec son équipe, fermé au frère dans le besoin qui habite sur mon palier.
Élise : Donc le chiffre ne dit rien du cœur. C'est le cœur qui donne son poids au chiffre.
Élise : Mais alors, je te pose la question qui fâche : est-ce que Jésus, ici, valide la dîme pour nous ? Il dit quand même : sans négliger les autres choses.
Emmanuel : Bonne question. Regarde à qui il parle : à des pharisiens, des hommes sous la loi de Moïse, avant la croix. Pour eux, la dîme était un commandement en vigueur. Jésus leur dit de le garder, oui… mais de garder d'abord l'essentiel. Ce qu'il ne fait pas, c'est édicter un tarif pour l'Église à venir.
Élise : Donc ce verset ne clôt pas notre dossier. Il nous avertit, plutôt. Il nous dit : quelle que soit votre pratique, si elle contourne la justice et la miséricorde, elle ne vaut rien.
Emmanuel : C'est ça. Et après la croix, après la résurrection, quand les apôtres écrivent aux Églises… c'est frappant, mais on ne trouve nulle part un commandement de dîme adressé aux chrétiens. Ce qu'on trouve, c'est autre chose. De plus exigeant, peut-être.
Élise : De plus exigeant que dix pour cent ?
Emmanuel : Tu vas voir. Ouvre avec moi la deuxième lettre aux Corinthiens.
4. Donner sous la grâce
Emmanuel : Paul organise une collecte pour les chrétiens de Jérusalem, qui traversent la famine. Et voilà sa consigne, deuxième Corinthiens neuf, verset sept : Que chacun donne comme il l’a résolu en son cœur, sans tristesse ni contrainte; car Dieu aime celui qui donne avec joie.
Élise : Sans tristesse ni contrainte…
Emmanuel : Regarde ce qui a remplacé le pourcentage : une résolution du cœur. Pas d'improvisation, hein, il a résolu, c'est réfléchi. Mais pas de contrainte non plus. Et le baromètre de Dieu, ce n'est pas le montant : c'est la joie.
Élise : Et dans la première lettre, il donne même une méthode. Premier Corinthiens seize, verset deux : Que chacun de vous, le premier jour de la semaine, mette à part chez lui ce qu'il pourra, selon sa prospérité, afin qu'on n'attende pas mon arrivée pour recueillir les dons.
Emmanuel : Selon sa prospérité. Trois mots qui ont changé ma pratique, et j'y viens. Mais d'abord, dis-nous la tienne, parce que je sais qu'avec Marc vous avez fait un autre choix que nous.
Élise : Oui, et je vais le défendre. Nous, on a choisi les dix pour cent. Pas comme une loi qui nous sauverait, je précise tout de suite. Comme une discipline. Il y a des années, on donnait ce qui restait en fin de mois. Et tu sais ce qui restait, souvent ?
Emmanuel : Je crois que je devine. Pas grand-chose.
Élise : Pas grand-chose, et de mauvaise humeur en plus. Notre générosité dépendait de nos humeurs et du montant des factures. Alors on s'est assis, Marc et moi, et on a résolu, pour reprendre le mot de Paul : la part de Dieu passe en premier, dès que le salaire tombe. Et dix pour cent, c'était un repère simple, biblique, assumable.
Élise : Et ce cadre nous a libérés, en fait. Plus de négociation intérieure chaque mois, plus de culpabilité flottante. C'est résolu une fois, en son cœur, comme dit le verset. La discipline protège la joie, elle ne la remplace pas.
Emmanuel : Je trouve ça très sage. Vraiment. Et pour un salaire régulier comme les vôtres, c'est un beau cadre. Mais laisse-moi te donner l'autre versant. Moi, mes revenus font les montagnes russes. Il y a des années grasses… et il y a eu l'année du dépôt de bilan, où c'est l'assemblée qui nous a nourris, Rose et moi.
Élise : Là, dix pour cent de rien…
Emmanuel : Ce n'est pas seulement que c'était zéro. C'est que cette année-là, le verset qui m'a tenu, c'est deuxième Corinthiens huit, verset douze : La bonne volonté, quand elle existe, est agréable en raison de ce qu'elle peut avoir à sa disposition, et non de ce qu'elle n'a pas. Dieu ne me réclamait pas ce que je n'avais pas. Alors j'ai donné ce que j'avais : du temps, mes mains, ma camionnette pour les déménagements des uns et des autres.
Élise : Et les années grasses ?
Emmanuel : Les années grasses, selon ma prospérité, ça veut dire nettement plus que dix pour cent. Chaque début de saison, avec Rose, on s'assoit, on regarde ce que Dieu a mis dans nos mains, et on résout devant lui. Certaines années, le pourcentage ferait pâlir un contrôleur fiscal. Mais ce n'est pas un tarif. C'est une réponse.
Élise : Deux pratiques différentes… et au fond, la même résolution du cœur. Ta liberté a besoin d'être résolue pour ne pas devenir de l'oubli, et ma discipline a besoin de joie pour ne pas devenir du pharisaïsme.
Emmanuel : Tu viens de résumer l'épisode, là. Mais il nous reste la veuve. Et elle, elle démolit toutes nos calculatrices.
Emmanuel : Marc, chapitre douze. Jésus est assis face au tronc du temple, il regarde la foule y mettre de l'argent. Des riches mettent beaucoup. Et une pauvre veuve met deux petites pièces. Verset quarante-trois : Alors Jésus, ayant appelé ses disciples, leur dit: Je vous le dis en vérité, cette pauvre veuve a donné plus qu'aucun de ceux qui ont mis dans le tronc; car tous ont mis de leur superflu, mais elle a mis de son nécessaire, tout ce qu'elle possédait, tout ce qu'elle avait pour vivre.
Élise : Elle a donné plus. Avec deux petites pièces.
Emmanuel : Parce que Jésus ne compte pas comme nous. Nous, on regarde le montant qui tombe dans le tronc. Lui regarde ce qui reste dans la main. Les riches donnaient de leur surplus, elle a donné de sa vie.
Élise : Ça veut dire que la question dix pour cent, brut ou net, est une question de tronc. Et Jésus pose une question de main. Qu'est-ce que je garde, et pourquoi je le garde ?
Emmanuel : Et remarque : Jésus ne culpabilise personne dans cette scène, il ne fait pas de quête. Il admire. Il montre à ses disciples une femme dont la confiance en Dieu est totale. C'est ça qu'il cherche. Pas nos pourcentages : notre confiance.
Élise : Notre confiance… Alors il est temps de parler de ton fossé, Emmanuel. Parce que c'est précisément la confiance que certains discours détournent.
5. Ce que le don n'achète jamais
Emmanuel : Voilà mon fossé. L'année du dépôt de bilan, un soir de découragement, je tombe sur une émission. Un prédicateur, très convaincant, qui disait en gros : sème une semence de foi, envoie ton offrande, et Dieu multipliera. Il citait Malachie, d'ailleurs. Les écluses des cieux.
Élise : Et toi, tu étais exactement l'homme à qui ce discours parle. Endetté, épuisé, prêt à tout.
Emmanuel : Prêt à tout, c'est le mot. Je me souviens d'avoir pris le chéquier. Rose dormait. Et je suis resté devant, longtemps. Parce qu'une partie de moi savait très bien ce que j'étais en train de faire : je n'étais pas en train de donner. J'étais en train d'acheter. D'acheter une sortie de crise à Dieu.
Élise : Qu'est-ce qui t'a arrêté ?
Emmanuel : Un verset que je connaissais par cœur, et qui est remonté tout seul. Car c'est par la grâce que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c'est le don de Dieu. Si le salut lui-même ne s'achète pas… qu'est-ce que je prétendais acheter avec mon chèque ? J'ai reposé le stylo. Et j'ai pleuré, je crois.
Élise : Il faut le dire très clairement pour ceux qui nous écoutent, et là-dessus nous sommes une seule voix, Emmanuel et moi : le don n'achète jamais la bénédiction. Jamais. Un dieu qui se laisserait acheter ne serait pas le Père de Jésus-Christ, ce serait un distributeur.
Emmanuel : Et un don qui attend un retour n'est plus un don. C'est un placement. Dieu n'est pas un produit financier, et le pauvre qui donne son nécessaire en espérant un miracle bancaire est victime d'un mensonge cruel. Ce discours-là fait des ravages chez les plus fragiles, et il faut le nommer : ce n'est pas l'Évangile.
Élise : Alors si le don n'achète rien… pourquoi donner ? Il faut bien répondre à ça, sinon on coupe le nerf de la générosité.
Emmanuel : Paul y répond dans le même passage sur la collecte. Deuxième Corinthiens huit, verset neuf : Car vous connaissez la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, qui pour vous s'est fait pauvre, de riche qu'il était, afin que par sa pauvreté vous fussiez enrichis.
Élise : Il s'est fait pauvre pour nous enrichir. Le mouvement a déjà eu lieu, en fait. Dans l'autre sens.
Emmanuel : Tout est là. Je ne donne pas pour déclencher la générosité de Dieu. Je donne parce qu'elle a déjà eu lieu, à la croix, une fois pour toutes. Mon don ne fait pas descendre la bénédiction : il répond à la bénédiction déjà descendue. Ça change tout, jusqu'à l'ambiance du geste.
Élise : Et c'est là que la joie devient possible. Dieu aime celui qui donne avec joie… on comprend mieux pourquoi. La joie est la signature de la gratuité. Celui qui achète est anxieux ; celui qui remercie est joyeux.
Emmanuel : Et Paul cite une parole de Jésus qu'on ne trouve que là, dans Actes vingt : Il y a plus de bonheur à donner qu'à recevoir. Après trente ans d'entreprise, je peux signer ça. Mes meilleurs souvenirs d'argent, ce ne sont pas mes meilleures factures. Ce sont des enveloppes discrètes, des loyers payés sans bruit. Personne ne l'a jamais su, et c'était ça, le bonheur.
Élise : Alors il nous reste à conclure. Et pour une question vive, tu sais ce que ça veut dire : pas de verdict… mais pas de brouillard non plus.
6. Chacun devant son Maître
Emmanuel : Alors, mon jeune ami du mois de septembre… qu'est-ce qu'on lui répond, au bout du compte ? Brut ou net ?
Élise : On lui répond que sa calculatrice pose la question trop petite.
Emmanuel : Voilà. Et on lui ouvre Romains quatorze, la grande charte des questions vives. Verset cinq : Tel fait une distinction entre les jours; tel autre les estime tous égaux. Que chacun ait en son esprit une pleine conviction. Paul parle des jours et des aliments, mais le principe vaut ici : sur ce que l'Écriture ne tranche pas pour l'Église, chacun se tient devant Dieu.
Élise : Alors disons d'abord ce qui est sûr, parce qu'il y a du solide. Il est sûr que Dieu aime celui qui donne avec joie. Il est sûr que la générosité résolue, régulière, fait partie de la vie chrétienne normale, et que nos assemblées, nos anciens, les plus fragiles parmi nous, vivent aussi de ce que nous apportons. Il est sûr que le don ne nous sauve pas et n'achète rien.
Emmanuel : Et sur le pourcentage, l'Écriture laisse nos deux pratiques debout. Toi et Marc, les dix pour cent comme discipline joyeuse : c'est une sagesse, elle a des racines bibliques profondes, et je la recommande volontiers à qui débute, d'ailleurs. Un repère, ça aide à démarrer.
Élise : Et toi et Rose, la générosité proportionnée, résolue saison après saison : c'est la lettre même de Paul, selon sa prospérité. Ce que je n'ai pas le droit de faire, c'est de regarder ta pratique de haut. Romains quatorze, verset quatre : Qui es-tu, toi qui juges un serviteur d'autrui? S'il se tient debout, ou s'il tombe, cela regarde son maître. Mais il se tiendra debout, car le Seigneur a le pouvoir de l'affermir.
Emmanuel : Son maître. Pas son frère podcasteur.
Emmanuel : Alors concrètement, pour cette semaine, trois gestes simples. Un : prends un moment, seul ou en couple, et résous devant Dieu ce que tu donnes, au lieu de le laisser au hasard des fins de mois. Deux : vérifie l'ambiance de ton don. S'il y a de la tristesse ou de la contrainte, parles-en à Dieu avant de parler chiffres. Trois : si tu es perdu, va voir un ancien de ton assemblée. C'est aussi à ça que sert une famille.
Élise : Et si tu traverses une saison où tu ne peux presque rien donner, entends bien deuxième Corinthiens huit : la bonne volonté est agréable en raison de ce qu'elle a, non de ce qu'elle n'a pas. Tu n'es pas un chrétien de seconde classe. Donne ton temps, tes mains, ta prière. Et laisse-toi porter : ça aussi, c'est la communion fraternelle.
Emmanuel : Je nous conduis dans la prière. Notre Dieu, notre bon Papa, merci pour ton Fils qui s'est fait pauvre afin de nous enrichir. Tout ce que nous avons vient de ta main. Apprends-nous à donner comme des enfants aimés, sans peur et sans calcul, avec la joie de ceux qui ont déjà tout reçu en Christ. Garde nos assemblées généreuses et nos cœurs libres. Au nom de Jésus, amen.
Élise : Amen. Merci Emmanuel pour ta franchise, jusque dans l'histoire du chéquier. Et merci à vous qui nous avez suivis jusqu'au bout de ce sujet délicat.
Emmanuel : Relisez les textes, prenez votre décision devant Dieu, et parlez-en dans votre église locale. C'est là que ça se vit.
Élise : On se retrouve très bientôt, si Dieu veut, pour une nouvelle question vive. D'ici là, que le Seigneur vous garde. Au revoir.
Emmanuel : Au revoir. Et donnez avec joie… ou attendez d'en avoir retrouvé le goût. Dieu regarde le cœur avant le tronc.
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