Aux Sources · Questions vives
La guérison : prier, se soigner, espérer
Aux Sources · Questions vives
La guérison : prier, se soigner, espérer
Avec Élise & Emmanuel18:34
Dieu guérit-il encore ? Faut-il choisir entre la prière et le traitement ? Emmanuel repart d'une chambre d'hôpital où un frère s'est entendu dire que sa foi était trop petite. Avec Élise, il rouvre Jacques 5 et l'onction d'huile, l'écharde de Paul, les malades de l'entourage des apôtres. Prier avec audace, se soigner sans honte, et une grâce qui suffit même quand la guérison n'est pas venue : trois lignes tenues à deux voix.
Chapitres & repères
Élise — Depuis son poste dans la santé, elle a vu les deux abîmes : des malades qu'on culpabilise au nom de la foi, et des malades qu'on laisse seuls avec la médecine, sans prière. Les deux la révoltent.
Emmanuel — Un frère hospitalisé s'est entendu dire : si tu avais assez de foi, tu serais déjà debout. Emmanuel veut démonter cette phrase, la Bible ouverte, sans éteindre pour autant l'audace de la prière.
Élise — Le texte donne un cadre plein de douceur : le malade appelle, l'Église vient à lui, la prière se fait au nom du Seigneur. L'huile n'a aucun pouvoir magique : c'est un signe du soin de Dieu, pas un médicament spirituel.
Emmanuel — Jacques commande de prier pour les malades avec audace : c'est le Seigneur qui relève, et sa prière de la foi s'en remet à lui sans lui dicter le calendrier. Une église qui ne prie plus pour ses malades a fermé un guichet que Dieu avait ouvert.
« Quelqu’un parmi vous est-il malade? Qu’il appelle les anciens de l’Église, et que les anciens prient pour lui, en l’oignant d’huile au nom du Seigneur. »
Jacques 5:14 — Louis Segond 1910« la prière de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le relèvera ; et s’il a commis des péchés, il lui sera pardonné. »
Jacques 5:15 — Louis Segond 1910« Confessez donc vos péchés les uns aux autres, et priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris. La prière fervente du juste a une grande efficace. »
Jacques 5:16 — Louis Segond 1910Élise — L'apôtre le plus rempli de foi a prié trois fois sans être exaucé comme il l'espérait, et la réponse de Dieu fut une grâce qui porte, pas une guérison. La non-guérison n'est donc jamais une preuve de foi défaillante.
Emmanuel — Il reçoit le texte avec d'autant plus de sérieux que Paul a lui-même guéri d'autres malades : le canal des guérisons a porté son écharde jusqu'au bout. Le non de Dieu est un non de Père, jamais un rejet.
« Et pour que je ne sois pas enflé d'orgueil, à cause de l'excellence de ces révélations, il m'a été mis une écharde dans la chair, un ange de Satan pour me souffleter et m'empêcher de m'enorgueillir. »
2 Corinthiens 12:7 — Louis Segond 1910« Trois fois j'ai prié le Seigneur de l'éloigner de moi, »
2 Corinthiens 12:8 — Louis Segond 1910« Et il m'a dit: Ma grâce te suffit, car ma puissance s'accomplit dans la faiblesse. »
2 Corinthiens 12:9 — Louis Segond 1910Élise — Pour l'estomac fragile de Timothée, Paul ne prescrit pas une réunion de prière mais un remède de son époque : la Bible elle-même unit sans complexe la prière et le soin. La médecine est une providence de Dieu.
Emmanuel — Autour de l'apôtre qui a fait des miracles, Épaphrodite frôle la mort et Trophime reste malade à Milet : même au premier siècle, la guérison n'était ni automatique ni systématique. L'honnêteté du texte est notre liberté.
« Ne continue pas à ne boire que de l'eau; mais fais usage d'un peu de vin, à cause de ton estomac et de tes fréquentes indispositions. »
1 Timothée 5:23 — Louis Segond 1910« Car il désirait vous voir tous, et il était fort en peine de ce que vous aviez appris sa maladie. »
Philippiens 2:26 — Louis Segond 1910« Il a été malade, en effet, et tout près de la mort; mais Dieu a eu pitié de lui, et non seulement de lui, mais aussi de moi, afin que je n'eusse pas tristesse sur tristesse. »
Philippiens 2:27 — Louis Segond 1910« Éraste est resté à Corinthe, et j'ai laissé Trophime malade à Milet. »
2 Timothée 4:20 — Louis Segond 1910Élise — Interdits tenus ensemble : on ne promet jamais la guérison au nom de Dieu, on n'accuse jamais la foi du malade, on n'oppose jamais la prière au traitement. Chacune de ces phrases fait des blessés qu'elle prétend édifier.
Emmanuel — Le psaume qui dit que Dieu guérit toutes tes maladies est une louange qui embrasse toute une vie et l'éternité, pas un contrat à brandir au chevet. Toute guérison, par quelque canal que ce soit, vient de lui.
« Mon âme, bénis l'Éternel, Et n'oublie aucun de ses bienfaits! »
Psaumes 103:2 — Louis Segond 1910« C'est lui qui pardonne toutes tes iniquités, Qui guérit toutes tes maladies; »
Psaumes 103:3 — Louis Segond 1910Élise — L'espérance chrétienne ne s'arrête pas au corps qui décline : l'homme intérieur se renouvelle, et la résurrection est la guérison complète promise à tous ceux qui sont en Christ.
Emmanuel — Envoi : prier pour ses malades avec audace, les entourer sans leur faire porter de fardeau, se soigner sans honte, et espérer plus loin que la chambre d'hôpital. Le Ressuscité a déjà vaincu ce qui nous détruit.
« C'est pourquoi nous ne perdons pas courage. Et lors même que notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour. »
2 Corinthiens 4:16 — Louis Segond 1910
Transcription de l'épisode
1. La chambre 214
Emmanuel : L'hiver dernier, je suis allé visiter un frère de l'assemblée à l'hôpital. Chambre deux cent quatorze, je m'en souviens encore. Une opération lourde, des semaines de couloir blanc. Et quand je m'assois près de lui, il ne me parle pas de sa maladie. Il me parle d'une visite reçue la veille.
Élise : Une visite ?
Emmanuel : Quelqu'un de bien intentionné, d'une autre église, qui lui avait dit en partant… si tu avais assez de foi, tu serais déjà debout. Et mon frère me regarde et me demande : Emmanuel, c'est vrai, ça ? C'est ma foi, le problème ?
Élise : Dans un lit d'hôpital… On lui a posé une pierre sur la poitrine, en plus de la maladie.
Emmanuel : Et je vais être franc : ce jour-là, j'ai eu de la colère. Mais la colère ne suffit pas, il faut répondre avec la Bible ouverte. Alors c'est notre question du jour : Dieu guérit-il encore ? Que fait-on de la prière pour les malades, de l'onction d'huile de Jacques cinq ? Et que dit-on, que ne dit-on surtout pas, à celui qui n'est pas guéri ?
Élise : Et j'arrive avec mon poste d'observation à moi. Vingt ans dans la santé, ça m'a fait voir les deux abîmes. D'un côté, des malades culpabilisés au nom de la foi, comme ton frère de la chambre deux cent quatorze. De l'autre, des chrétiens qui n'osent plus rien demander à Dieu, comme si la médecine avait remplacé la prière.
Emmanuel : Les deux abîmes, c'est bien dit. Et la route passe entre les deux.
Élise : Le deuxième abîme, on en parle moins, alors je le décris. C'est le malade chrétien qui ne demande plus rien. Il suit son protocole, il fait confiance à l'équipe soignante, très bien… mais il n'ose plus prier pour sa guérison, de peur d'être déçu ou de déranger. Comme si Dieu avait délégué le dossier à la médecine.
Emmanuel : Un Père qu'on n'ose plus déranger… on est loin de l'Évangile. Ouvre les évangiles : Jésus a passé son ministère entouré de malades qui criaient vers lui, et il n'en a rabroué aucun. Pas un seul.
Élise : Précisons aussi ce qu'on ne fera pas. Le débat sur les dons de guérison d'aujourd'hui, tel ou tel ministère de guérison… on ne le tranchera pas ici. C'est un débat entre chrétiens sincères, et il dépasse notre podcast. Ce qui est sûr, et ça nous suffit largement : Dieu est souverain, et il peut guérir qui il veut, quand il veut, comme il veut.
Emmanuel : Voilà le cadre. Alors ouvrons mon épître préférée, tu sais laquelle. Jacques, chapitre cinq. Le texte que toutes les questions de guérison finissent par croiser.
2. L'huile et les anciens
Emmanuel : Jacques cinq, verset quatorze : Quelqu’un parmi vous est-il malade? Qu’il appelle les anciens de l’Église, et que les anciens prient pour lui, en l’oignant d’huile au nom du Seigneur. Et le verset quinze enchaîne : la prière de la foi sauvera le malade, et le Seigneur le relèvera ; et s’il a commis des péchés, il lui sera pardonné.
Élise : Ce qui me frappe d'abord, c'est le mouvement. C'est le malade qui appelle… et c'est l'Église qui se déplace. Les anciens viennent au lit du malade. La communauté se met en mouvement vers celui qui ne peut plus venir à elle.
Emmanuel : Et ça, on l'a vécu. Quand j'étais au fond, à l'époque du dépôt de bilan, des frères sont venus jusqu'à ma table. Pour la maladie, c'est pareil : le premier miracle de Jacques cinq, c'est peut-être une église qui se déplace.
Élise : Et l'huile, alors ? Parce que c'est elle qui intrigue tout le monde. Qu'est-ce qu'on met dans cette huile ?
Emmanuel : Rien. C'est toute la réponse : rien. L'huile n'a aucun pouvoir. Ce n'est ni un médicament spirituel ni une potion. Dans la Bible, l'huile est un signe : elle marque, elle met à part, elle dit le soin. Le texte insiste d'ailleurs : au nom du Seigneur. Tout le poids est là. Si l'huile guérissait, on en vendrait des bidons, et on aurait tout perdu.
Élise : Comme les eaux du baptême ne sauvent pas, l'huile ne guérit pas. Le signe montre, il n'opère pas. C'est le Seigneur qui relève, le texte le dit mot pour mot.
Emmanuel : Le Seigneur le relèvera. Pas l'huile, pas les anciens, pas l'intensité émotionnelle de la réunion. Le Seigneur.
Élise : Et cette sobriété me rassure, au fond. Personne n'a besoin d'une huile spéciale ni d'un homme spécial. Une église ordinaire, des anciens ordinaires, et le nom du Seigneur : tout est là.
Élise : Mais il reste l'expression qui a blessé tant de gens, Emmanuel. La prière de la foi sauvera le malade. Certains en font une équation : si le malade n'est pas relevé, c'est que la foi manquait. C'est exactement la phrase de ta chambre deux cent quatorze.
Emmanuel : Alors regardons-la de près, cette prière de la foi. La foi, dans toute l'Écriture, ce n'est pas une force qu'on accumule pour tordre le bras de Dieu. C'est une confiance dans quelqu'un. La prière de la foi, c'est celle qui s'en remet vraiment au Seigneur… y compris pour la réponse. Une prière qui dicte le résultat et le calendrier, ce n'est plus de la foi. C'est un bon de commande.
Élise : Et Jacques lui-même, quelques lignes plus haut dans sa lettre, dit qu'on fait ses projets en disant : si Dieu le veut. Ce si-là ne disparaît pas au chevet des malades.
Emmanuel : Il s'y entend même mieux qu'ailleurs. Mais attention à ne pas tomber dans le fossé d'en face : la prière timide, qui n'ose plus rien demander. Le verset seize dit : priez les uns pour les autres, afin que vous soyez guéris. La prière fervente du juste a une grande efficace. Fervente ! Dieu nous invite à demander la guérison, franchement, avec audace. Il est notre Père, pas un guichet fermé.
Élise : Donc on demande avec audace… et on remet avec confiance. Les deux mains ouvertes en même temps.
Emmanuel : Et c'est ce qu'on a fait dans cette chambre d'hôpital, d'ailleurs. On a prié pour sa guérison, sans détour. Et on a remis les délais au Seigneur. Il est debout aujourd'hui, ce frère, entre la chirurgie et nos prières. Et il te dirait que les deux venaient de la même main.
3. L'écharde de Paul
Élise : Alors j'apporte le texte qui répond, je crois, à la phrase de la chambre deux cent quatorze. Deuxième Corinthiens douze. Paul raconte qu'il a reçu des révélations extraordinaires. Et il poursuit, verset sept : Et pour que je ne sois pas enflé d'orgueil, à cause de l'excellence de ces révélations, il m'a été mis une écharde dans la chair, un ange de Satan pour me souffleter et m'empêcher de m'enorgueillir.
Emmanuel : Une écharde dans la chair. On ne sait pas exactement ce que c'était, et c'est peut-être une bonté de Dieu qu'on ne le sache pas : chacun peut y loger la sienne.
Élise : Beaucoup pensent à une maladie chronique, une infirmité qui le faisait souffrir. Et regarde ce que Paul fait : verset huit, Trois fois j'ai prié le Seigneur de l'éloigner de moi. Il prie. Il reprie. Il supplie une troisième fois.
Emmanuel : L'apôtre Paul. L'homme par qui Dieu a guéri des malades à Éphèse et ailleurs, le livre des Actes le raconte. Si la guérison dépendait du niveau de foi, il avait le meilleur dossier de toute l'histoire de l'Église.
Élise : Et voici la réponse qu'il reçoit, verset neuf : Et il m'a dit: Ma grâce te suffit, car ma puissance s'accomplit dans la faiblesse.
Emmanuel : Ma grâce te suffit. Dieu dit non à Paul. Non à l'apôtre des nations, qui demandait une chose bonne, avec une foi immense. Ce non-là démolit à lui seul toute la théologie de la chambre deux cent quatorze.
Élise : Parce que si Paul peut ne pas être guéri sans que sa foi soit en cause… alors le frère dans son lit d'hôpital aussi. La non-guérison ne mesure pas la foi. Elle n'a jamais mesuré la foi.
Élise : Et je veux donner un visage à ce verset, si tu permets. J'ai une amie très chère, dans mon ancienne équipe, qui vit avec une maladie chronique depuis des années. Elle a demandé la guérison, elle l'a fait demander, elle a reçu des prières d'anciens. La maladie est toujours là.
Emmanuel : Mmh.
Élise : Et pourtant, quand tu passes une heure avec elle, tu ressors avec plus de foi que tu n'en avais en arrivant. Elle me dit souvent : je n'ai pas reçu la guérison, j'ai reçu de quoi tenir chaque matin. Sa vie est devenue la démonstration du verset. Ma grâce te suffit… elle le vit à l'année.
Emmanuel : La puissance qui s'accomplit dans la faiblesse. On voudrait des guérisons éclatantes, et Dieu donne parfois quelque chose de plus déroutant : un porteur. Quelqu'un que la grâce porte visiblement, au vu et au su de tous, sans que la circonstance change.
Élise : Et attention à ne pas en faire une nouvelle loi à l'envers : Dieu ne refuse pas toujours, il ne faut pas l'enfermer dans le non plus que dans le oui. Il a relevé ton frère de la chambre deux cent quatorze. Il n'a pas ôté l'écharde de Paul. Le même Dieu, le même amour, deux chemins.
Emmanuel : Deux chemins, et aucun des deux n'est une punition. C'est peut-être la phrase la plus importante de l'épisode, pour celui qui attend encore sa réponse.
Élise : Et remarque ce que Paul a reçu à la place de la guérison : une parole. Il m'a dit, écrit-il. Le Seigneur lui a parlé. Celui qui ne reçoit pas la guérison n'est pas laissé sans rien : il reçoit une présence qui parle, et une grâce mesurée à chaque jour.
Emmanuel : Mesurée à chaque jour… comme la manne au désert. La grâce ne se stocke pas, elle se reçoit chaque matin.
4. Les malades de l'entourage de Paul
Emmanuel : Maintenant, faisons le tour de l'entourage de Paul, parce que c'est une visite très instructive. Premier arrêt : Timothée, son enfant dans la foi. Le jeune homme a l'estomac fragile. Et voici l'ordonnance de l'apôtre, première lettre à Timothée, chapitre cinq, verset vingt-trois : Ne continue pas à ne boire que de l'eau; mais fais usage d'un peu de vin, à cause de ton estomac et de tes fréquentes indispositions.
Élise : Une ordonnance dans la Bible. Littéralement.
Emmanuel : Un peu de vin, à l'époque, c'était un usage thérapeutique courant, l'eau étant souvent douteuse. Et remarque ce que Paul ne dit pas. Il ne dit pas : Timothée, jeûne et prie jusqu'à ce que ton estomac plie. Il donne le remède disponible de son temps. L'homme des miracles fait de la médecine pratique, sans le moindre complexe.
Élise : Et ça devrait guérir, si j'ose dire, notre fausse alternative. Prière ou traitement, comme s'il fallait choisir son camp. Paul prie pour les malades et conseille du vin pour l'estomac, dans les mêmes lettres. La providence de Dieu passe par les deux.
Emmanuel : Deuxième arrêt : Épaphrodite. Philippiens deux. Ce frère s'est épuisé au service de Paul, et Paul écrit, versets vingt-six et vingt-sept : Car il désirait vous voir tous, et il était fort en peine de ce que vous aviez appris sa maladie. Il a été malade, en effet, et tout près de la mort; mais Dieu a eu pitié de lui, et non seulement de lui, mais aussi de moi, afin que je n'eusse pas tristesse sur tristesse.
Élise : Tout près de la mort. Aux côtés de Paul. La maladie est entrée jusque dans l'équipe missionnaire, et personne n'y a vu un scandale de foi.
Emmanuel : Et quand Dieu le relève, Paul appelle ça une pitié. Pas un dû, pas un droit tiré d'une formule. Une pitié de Dieu. La guérison, quand elle vient, est toujours une miséricorde. Jamais un salaire.
Emmanuel : Dernier arrêt, et le plus discret : la toute fin de la dernière lettre de Paul, deuxième Timothée, chapitre quatre, verset vingt : Éraste est resté à Corinthe, et j'ai laissé Trophime malade à Milet.
Élise : Il l'a laissé malade. L'apôtre Paul a repris la route en laissant un compagnon malade derrière lui.
Emmanuel : Une demi-ligne, presque rien. Mais quelle honnêteté. Le Saint-Esprit aurait pu faire retoucher la phrase, donner à Paul une sortie plus glorieuse. Non : Trophime est resté malade à Milet, et c'est écrit pour toujours. La Bible ne maquille pas ses statistiques, si j'ose dire. Même au temps des apôtres, la guérison n'était ni automatique ni systématique.
Élise : Et cette honnêteté du texte, c'est notre liberté. Parce que si l'Écriture avait raconté un monde où tous les proches des apôtres guérissaient toujours, chaque malade d'aujourd'hui serait écrasé par la comparaison. Au lieu de ça, elle nous donne Épaphrodite relevé… et Trophime à Milet. Les deux dans le canon, les deux aimés de Dieu.
Emmanuel : Les deux aimés de Dieu. Voilà qui nous amène à ce qu'il faut maintenant dire de front. Les phrases interdites, et pourquoi elles le sont.
5. Ce qu'on ne dira jamais
Emmanuel : Alors voilà les trois phrases qu'on ne prononcera jamais, Élise et moi, et qu'on vous supplie de ne jamais prononcer au chevet d'un malade. Première phrase : Dieu va te guérir, c'est certain. Personne n'a reçu ce mandat. Promettre au nom de Dieu ce que Dieu n'a pas promis, c'est prendre son nom en vain, et c'est préparer un naufrage de foi pour le jour où la promesse humaine ne se réalise pas.
Élise : J'ai vu ces naufrages, dans mon métier. Des familles à qui on avait garanti un miracle, et qui ont perdu leur proche… et presque leur foi avec, parce qu'on avait attaché leur foi à une promesse que Dieu n'avait pas faite.
Emmanuel : Deuxième phrase interdite : si tu avais plus de foi, tu serais guéri. On l'a démontée avec l'écharde de Paul, mais je le redis pour la chambre deux cent quatorze : cette phrase ajoute la culpabilité à la souffrance, et elle est fausse. Le malade n'est pas l'accusé. Jamais.
Élise : Et la troisième : arrête ton traitement pour montrer ta confiance en Dieu. Celle-là peut tuer, il faut le dire avec ce mot-là. La prière et le soin viennent de la même main de Dieu, on l'a vu avec Timothée. Les opposer, c'est déchirer ce que Dieu a donné ensemble.
Emmanuel : Si quelqu'un vous demande de choisir entre Dieu et votre médecin, il vous propose un dilemme que la Bible ne connaît pas. On prie avant l'opération, et on remercie après. Le chirurgien n'est pas un rival du Seigneur. C'est un de ses instruments.
Élise : Priez pour moi et soignez-moi… il n'y a pas de conflit entre ces deux demandes. Il n'y en a jamais eu.
Élise : Il nous reste quand même un psaume à regarder en face, parce qu'on nous l'objectera. Psaume cent trois : Mon âme, bénis l'Éternel, Et n'oublie aucun de ses bienfaits! C'est lui qui pardonne toutes tes iniquités, Qui guérit toutes tes maladies. Toutes tes maladies, David dit bien toutes.
Emmanuel : Et je bénis Dieu pour ce psaume. Mais il faut le lire comme ce qu'il est : une louange qui embrasse toute une vie, et même au-delà. David chante que chaque guérison qu'il a connue venait de Dieu, et la suite du psaume monte jusqu'à la jeunesse renouvelée, la vie rachetée de la fosse. C'est l'horizon entier, jusqu'à la résurrection. Ce n'est pas un contrat à brandir au chevet, article trois : guérison sous quinzaine.
Élise : Et lue comme ça, la phrase devient magnifique pour le malade croyant : toute guérison qui te touchera, par la prière, par la chirurgie, par le temps… viendra de lui. Et la dernière guérison, la complète, t'attend en lui. Aucune ne t'atteindra par hasard.
Élise : Et si tu écoutes ceci depuis une longue maladie, reçois ce psaume comme une caresse, pas comme une leçon. Personne n'a le droit de compter les bienfaits de Dieu à ta place.
Emmanuel : C'est exactement ça : le psaume élargit la reconnaissance au lieu de rétrécir la promesse. Chaque bienfait a une seule source. Et ça nous conduit tout droit à la fin de notre chemin : cette guérison dernière, la seule qui soit effectivement promise à tous les enfants de Dieu.
6. La guérison dernière
Emmanuel : Paul, encore lui, l'homme à l'écharde, écrit dans la deuxième lettre aux Corinthiens, chapitre quatre, verset seize : C'est pourquoi nous ne perdons pas courage. Et lors même que notre homme extérieur se détruit, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour.
Élise : Lors même que notre homme extérieur se détruit… Il ne nie pas le déclin. Il le regarde en face, et il voit autre chose grandir en même temps.
Emmanuel : Et voilà l'espérance chrétienne dans toute sa hauteur. Elle ne s'arrête pas à la question : vais-je guérir de cette maladie-ci ? Elle va jusqu'au bout : Christ est ressuscité corporellement, la mort n'a pas pu le retenir, et il revient. Ceux qui sont à lui recevront un corps renouvelé. La guérison complète n'est pas une possibilité pour quelques-uns : c'est une promesse pour tous les siens.
Élise : Alors la prière pour la guérison d'aujourd'hui devient comme un acompte demandé avec confiance… en sachant que le capital, lui, est déjà garanti à la croix.
Emmanuel : Concrètement, pour cette semaine. Si tu es malade : appelle, comme dit Jacques. Ton médecin, et tes anciens. Les deux, sans honte et sans opposition. Si tu connais un malade : visite-le, prie pour lui avec audace, et surveille tes phrases, on t'a donné la liste. Et si tu portes une écharde que Dieu n'a pas ôtée : tu n'es ni oublié, ni puni, ni moins aimé. Sa grâce te suffit, et sa puissance s'accomplit dans ta faiblesse.
Élise : Et parles-en dans ton assemblée locale. La prière pour les malades n'est pas une affaire de spécialistes. C'est une affaire de famille.
Emmanuel : Je nous conduis dans la prière. Notre Dieu, notre bon Papa, merci pour ton Fils, ressuscité et vivant, en qui toute guérison trouve sa source et sa fin. Nous te prions avec audace pour les malades qui nous écoutent : relève-les, selon ta volonté et ta tendresse. Donne la sagesse aux soignants, la persévérance aux anciens qui prient, et à ceux qui portent une écharde, donne ta grâce qui suffit, jour après jour, jusqu'au matin où tu essuieras toute larme. Au nom de Jésus, amen.
Élise : Amen. Merci Emmanuel. Et une pensée toute particulière pour ceux qui nous écoutent depuis un lit d'hôpital, justement.
Emmanuel : S'il y en a, sachez-le : ce podcast a été fait aussi pour vous, chambre deux cent quatorze ou ailleurs. Vous n'êtes pas seuls, et votre foi n'est pas l'accusée.
Élise : Et si vous veillez ce soir au chevet de quelqu'un que vous aimez, que le Seigneur vous donne sa paix, celle qui garde le cœur au milieu des machines et des nuits blanches.
Élise : On se retrouve très bientôt, si Dieu veut, pour une nouvelle conversation. D'ici là, que le Seigneur vous garde. Au revoir.
Emmanuel : Au revoir. Et n'oubliez aucun de ses bienfaits… ils sont plus nombreux qu'on ne croit.
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