Aux Sources · Vie de couple
La tendresse dans la durée
Aux Sources · Vie de couple
La tendresse dans la durée
Avec Élise & Emmanuel13:16
Après vingt-six ans de mariage pour l'un, dix-sept pour l'autre, Emmanuel et Élise parlent de la tendresse qui dure : les gestes, les mots, le temps voulu. Un échange pudique et digne, du Cantique des cantiques à Éphésiens, où l'alliance se révèle être le jardin de la joie.
Chapitres & repères
Élise — Le sujet mérite d'être abordé avec pudeur et dignité, comme la Bible elle-même le fait.
Emmanuel — La tendresse dans la durée n'est pas un feu d'artifice : c'est un rendez-vous fidèle, fait de petits gestes choisis.
Élise — La tendresse commence hors de la chambre : dans l'écoute vraie et l'admiration renouvelée, à l'image de l'appartenance réciproque du Cantique.
Emmanuel — L'admiration dite à voix haute est de l'eau pour le jardin du couple ; il la reçoit de Rose comme une force.
« Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui; Il fait paître son troupeau parmi les lis. »
Cantique des cantiques 2:16 — Louis Segond 1910Élise — Paul ne parle pas d'un droit à prendre mais d'un don à faire : chacun se doit à l'autre, personne ne réclame.
Emmanuel — La tendresse se cultive comme un jardin : des gestes, des mots, du temps voulu ; l'intimité conjugale, dite avec la pudeur de Paul, en fait partie.
« Que le mari rende à sa femme ce qu'il lui doit, et que la femme agisse de même envers son mari. »
1 Corinthiens 7:3 — Louis Segond 1910« Ne vous privez point l'un de l'autre, si ce n'est d'un commun accord pour un temps, afin de vaquer à la prière; puis retournez ensemble, de peur que Satan ne vous tente par votre incontinence. »
1 Corinthiens 7:5 — Louis Segond 1910Élise — Dans l'épuisement, la tendresse change de forme mais pas de nature : Marc l'a relevée sans rien exiger, et recevoir sans pouvoir rendre fut sa leçon de grâce.
Emmanuel — Le danger des saisons sèches, c'est l'aigreur de celui qui tient les comptes ; la source de la tendresse n'est pas notre volonté mais la tendresse de Christ pour nous.
« Car, s'ils tombent, l'un relève son compagnon; mais malheur à celui qui est seul et qui tombe, sans avoir un second pour le relever! »
Ecclésiaste 4:10 — Louis Segond 1910« Maris, aimez vos femmes, et ne vous aigrissez pas contre elles. »
Colossiens 3:19 — Louis Segond 1910« Comme un père a compassion de ses enfants, L'Éternel a compassion de ceux qui le craignent. »
Psaume 103:13 — Louis Segond 1910Élise — La tendresse devient possible dans la durée parce qu'elle coule d'une alliance : l'alliance n'est pas la prison de la joie, elle en est le jardin.
Emmanuel — Avant tout le reste, Éphésiens 5 pose la soumission mutuelle : chacun descend de son trône pour servir l'autre, par respect pour Christ.
« vous soumettant les uns aux autres dans la crainte de Christ. »
Éphésiens 5:21 — Louis Segond 1910
Transcription de l'épisode
1. Le bouquet du mardi
Emmanuel : Bienvenue dans Aux Sources, l'émission où l'on ouvre la Parole au milieu de la vie. Aujourd'hui, un sujet qu'on aborde sur la pointe des pieds : la tendresse dans la durée. Élise, tu es avec moi ?
Élise : Je suis là, Emmanuel. Et j'avoue que le sujet me touche beaucoup.
Emmanuel : Alors je commence par une confidence. Tous les mardis, en rentrant du marché, j'achète un petit bouquet pour Rose. Rien de grandiose. Trois fleurs, parfois juste ce qui reste sur l'étal.
Élise : Tous les mardis ? Depuis combien de temps ?
Emmanuel : Oh… des années. Au début, c'était pour me faire pardonner un retard, je crois. Et puis c'est devenu autre chose. Un rendez-vous.
Élise : Un rendez-vous… j'aime ce mot. Et Rose, elle en dit quoi ?
Emmanuel : Elle n'en dit plus rien. Elle sort le petit vase bleu avant même que j'arrive. Vingt-six ans de mariage, et ce vase-là m'émeut encore.
Élise : Mmh…
Emmanuel : Et voilà notre sujet, au fond. Pas les feux d'artifice des débuts. La tendresse qui dure.
Élise : Celle qui se cultive, saison après saison… comment on la garde vivante après dix, vingt, trente ans de vie commune ? Et on va en parler comme il faut en parler : avec pudeur, et avec la Bible ouverte.
Élise : Avant d'aller plus loin, Emmanuel… c'est quoi, pour toi, la tendresse ? Parce qu'on la confond souvent avec le sentiment amoureux, le grand frisson. Moi, si je cherche une image, je pense à une veilleuse. Pas un feu de joie qui monte et retombe… une petite lampe qu'on garde allumée, tous les jours.
Emmanuel : Une veilleuse fidèle, c'est joli. Moi je dirais : pas d'abord une émotion, une attention. Des gestes, des mots, du temps qu'on décide de donner. L'émotion suit, souvent. Mais elle n'est pas le moteur.
Élise : Du temps qu'on décide de donner… donc ça se choisit.
Emmanuel : Ça se choisit, oui. Comme on choisit d'arroser un jardin.
Élise : Et précisons-le pour ceux qui nous écoutent : on va parler du couple, y compris de son intimité. Mais avec dignité. La Bible en parle sans rougir et sans vulgarité… on fera pareil. C'est déjà un soulagement, de pouvoir en parler ainsi, simplement, entre frères et sœurs.
Emmanuel : Alors je te laisse ouvrir le premier volet. Parce que tu m'as dit un jour une phrase qui m'est restée : la tendresse commence hors de la chambre.
Élise : Oui. Et je maintiens chaque mot.
2. Hors de la chambre, d'abord
Élise : La tendresse commence hors de la chambre, oui. Elle commence dans l'écoute. Je te donne un exemple tout simple. Le dimanche soir, avec Marc, on a un rituel depuis des années. Les enfants montés se coucher… enfin, maintenant ce sont des ados, ils montent tout seuls.
Emmanuel : Ils montent même très tôt, quand il faut ranger la cuisine.
Élise : Exactement. Et là, Marc pose son téléphone. Il le pose vraiment, écran contre la table. Il tourne sa chaise vers moi et il me dit : raconte-moi ta semaine. Et il écoute. Sans réparer, sans conseiller. Il écoute.
Emmanuel : Il écoute sans réparer… ça, beaucoup de maris devraient l'entendre. Moi le premier, d'ailleurs.
Élise : Et ce moment-là, Emmanuel, c'est de la tendresse. Avant tout geste. Être écoutée comme ça, c'est être aimée. Tu sais, je passe mes journées à l'hôpital, au milieu des soignants et des patients. Je sais reconnaître une vraie écoute. Elle est rare. Et j'y pense souvent en lisant le Cantique des cantiques.
Emmanuel : Ah, le Cantique… vas-y.
Élise : Au chapitre deux, la bien-aimée dit : « Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui; Il fait paître son troupeau parmi les lis. » Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui. Une appartenance réciproque. Personne ne possède l'autre sans se donner lui-même.
Emmanuel : Mmh. Réciproque, c'est le mot.
Élise : Et un détail que j'aime : en hébreu, mon bien-aimé se dit dodi. Un petit mot tout doux, presque un surnom qu'on murmure. La Bible n'a pas peur de la tendresse. C'est nous qui en avons peur, parfois… comme si la pudeur voulait dire le silence, alors qu'elle veut juste dire le respect.
Emmanuel : Tu as posé l'écoute, et l'appartenance. Mais tu parles souvent d'admiration renouvelée… c'est quoi, pour toi ?
Élise : C'est refuser de laisser l'habitude recouvrir l'autre. Après dix-sept ans, je pourrais croire que je connais Marc par cœur. Mais c'est faux. Il change, il mûrit, il me surprend encore. Alors je me suis fait une petite règle… euh, plutôt une habitude : chaque semaine, lui dire à voix haute une chose que j'ai admirée chez lui.
Emmanuel : À voix haute. Parce que la penser, ça ne suffit pas ?
Élise : Non. Une admiration silencieuse, ça ne réchauffe personne. La semaine dernière, je l'ai vu passer une heure au téléphone avec son frère qui traverse un moment difficile. Patient, disponible. Le soir, je lui ai dit : j'ai admiré ta patience aujourd'hui. Il fallait voir son visage.
Emmanuel : Je te rejoins. L'admiration, c'est de l'eau pour le jardin. Rose me dit parfois : tu as bien mené cette affaire. Trois mots, et je me redresse.
Élise : Tu vois, on sous-estime la puissance de ces mots-là. Et remarque : ça ne coûte rien. Pas besoin d'être poète. Juste de regarder l'autre… vraiment le regarder, comme au premier jour, mais avec la profondeur des années en plus. Et j'ajoute une chose : quand on admire, on arrête de comparer. L'admiration guérit le regard qui juge.
Emmanuel : Regarder l'autre vraiment… garde cette phrase, on y reviendra. Parce que moi, maintenant, je veux amener le jardin.
3. Un jardin qui se cultive
Emmanuel : Alors, le jardin. Chez nous, derrière la maison, Rose a un carré de terre. Et j'ai appris une chose en la regardant faire : un jardin ne meurt jamais d'un coup. Il meurt d'oubli. Une semaine sans eau, ça se rattrape. Six mois, non.
Élise : Mmh… et tu dis que la tendresse, c'est pareil.
Emmanuel : C'est pareil. Elle se cultive. Des gestes, des mots, et du temps voulu. J'insiste sur voulu : du temps décidé d'avance, réservé, protégé.
Élise : Du temps voulu… et là, on touche aussi à l'intimité du couple. Tu voulais en parler avec l'apôtre Paul, je crois.
Emmanuel : Oui, parce que Paul en parle avec une dignité qui me touche. Première épître aux Corinthiens, chapitre sept… tu nous le lis ?
Élise : « Que le mari rende à sa femme ce qu'il lui doit, et que la femme agisse de même envers son mari. » Une réciprocité, encore… chacun envers l'autre. Et deux versets plus loin : « Ne vous privez point l'un de l'autre, si ce n'est d'un commun accord pour un temps, afin de vaquer à la prière ». Puis il ajoute : « retournez ensemble ». Tout est dit avec pudeur, et tout est dit quand même.
Emmanuel : D'un commun accord… retournez ensemble. Chaque mot pèse.
Élise : Et ce qui me frappe, c'est que Paul ne parle pas d'un droit à prendre, mais d'un don à faire. Chacun se doit à l'autre. Personne ne réclame, chacun se donne. Et regarde la délicatesse : si l'on s'abstient, c'est d'un commun accord, pour un temps, et pour prier. Même le renoncement se décide à deux, devant Dieu.
Emmanuel : Exactement. Et ça change tout. L'intimité n'est pas un dû qu'on exige, c'est une bonté qu'on offre. Dans l'alliance, à l'abri, sans honte.
Élise : Tu parles de temps voulu. Mais concrètement, Emmanuel ? Parce qu'entre l'entreprise, l'église, les enfants… le temps, on ne le trouve pas.
Emmanuel : On ne le trouve pas, on le prend. Moi, je l'ai appris pendant le dépôt de bilan. Je rentrais vidé, la tête pleine de chiffres et de peurs.
Élise : Je me souviens que tu en as parlé… ta traversée du désert. On imagine toujours que le danger pour un couple, c'est la crise. Alors que là, c'était l'érosion.
Emmanuel : Oui. Et la tendresse, dans ces mois-là, était en train de mourir doucement. Pas de dispute, hein. Juste… plus rien. Deux personnes fatiguées sous le même toit.
Élise : Mmh. Et qu'est-ce qui a changé ?
Emmanuel : Rose. Un soir, elle m'a dit : jeudi, après le repas, on marche. Toi et moi, une demi-heure, tous les jeudis. J'ai failli répondre que je n'avais pas la tête à ça. Et j'y suis allé quand même.
Élise : Et alors ?
Emmanuel : Les premiers jeudis, on marchait presque en silence. Et puis les mots sont revenus. Puis les mains. La tendresse est revenue par les pieds, si j'ose dire.
Élise : Un rendez-vous fixe, ça paraît froid dit comme ça… et c'était votre bouée. Donc le temps voulu, posé dans l'agenda, n'est pas moins sincère que le spontané. Ça me console, parce qu'on attend souvent que l'élan revienne tout seul… et il ne revient pas tout seul. Avec Marc, notre dimanche soir, c'est pareil au fond : une heure fixe depuis des années, et pourtant rien de mécanique.
Emmanuel : Rose le dit mieux que moi : on arrose le jardin à heure fixe, et pourtant les fleurs sont vraies. Je n'ai jamais trouvé mieux.
4. Les saisons sèches
Élise : J'aimerais qu'on soit honnêtes sur un point. Il y a des saisons où la tendresse s'éteint presque. Pas par manque d'amour. Par épuisement. Et ça, je l'ai vécu de l'intérieur.
Emmanuel : Ton épuisement… ce que les médecins appellent le burn-out.
Élise : Oui, il y a cinq ans. Je n'avais plus rien à donner. À personne. Même pas à Marc, même pas aux enfants. Et je me sentais coupable de ça, en plus de tout le reste.
Emmanuel : Coupable de ne plus pouvoir donner… c'est un poids terrible.
Élise : Et Marc n'a rien exigé. Rien. Il posait une tisane sur mon bureau. Il mettait sa main sur mon épaule en passant. Il ne demandait pas : quand est-ce que tu redeviens comme avant ? Il était là.
Emmanuel : Mmh.
Élise : Et je pensais souvent à l'Ecclésiaste, au chapitre quatre : « s'ils tombent, l'un relève son compagnon ». C'est ça, le mariage dans les saisons sèches. Un compagnon qui relève. Pas un créancier qui réclame.
Emmanuel : Un compagnon qui relève… Et toi qui recevais sans pouvoir rendre, qu'est-ce que ça t'a appris ?
Élise : Que la tendresse, dans ces moments-là, change de forme mais pas de nature. Elle devient patience, présence, silence. Et qu'accepter de recevoir… euh, c'était peut-être la leçon la plus dure. Une leçon de grâce, en fait. Parce que recevoir sans pouvoir rendre, c'est notre situation devant Dieu, au fond. Marc m'a prêché l'Évangile sans un mot de sermon.
Emmanuel : Une leçon de grâce… tu as dit le mot juste. Parce que le danger des saisons sèches, c'est l'aigreur. Paul écrit aux Colossiens : « Maris, aimez vos femmes, et ne vous aigrissez pas contre elles. » Il connaissait le cœur humain.
Élise : L'aigreur… ce petit vinaigre qui monte quand on se met à tenir les comptes. Moi je donne, il ne donne pas. J'ai fait ceci, elle n'a pas fait cela. Dès qu'on tient les comptes, la tendresse meurt.
Emmanuel : Voilà. Parce que la tendresse ne compte pas, elle donne.
Élise : Mais alors, où trouver la force de donner sans compter ? La bonne volonté s'épuise vite, on vient de le dire.
Emmanuel : Pas en nous, ça j'en suis sûr. On aime parce qu'on a été aimés les premiers. Regarde comment Jésus traite les gens fatigués dans les évangiles : il les voit, il s'arrête, il touche.
Élise : La tendresse de Christ pour nous, c'est la source… le reste, c'est de l'arrosage. Et les psaumes la chantent, cette tendresse-là. Le psaume cent trois dit : « Comme un père a compassion de ses enfants, L'Éternel a compassion de ceux qui le craignent. » La tendresse ne monte pas de nos efforts. Elle descend du cœur de Dieu. On la reçoit avant de la donner.
Emmanuel : Amen. On la reçoit avant de la donner. Alors… on donne quelque chose de concret pour cette semaine ? Vas-y, à toi l'honneur.
Élise : Trois choses toutes simples. Un geste sans raison… ton bouquet du mardi, une tisane, peu importe. Un mot d'admiration dit à voix haute. Et un temps voulu, posé dans l'agenda, rien que pour le couple. Un geste, un mot, un temps. Et sans se juger si on part de loin : on plante une graine, on ne fait pas pousser une forêt en une semaine.
5. L'alliance, lieu de la joie
Élise : Il nous reste à dire où tout cela s'enracine, Emmanuel. Parce qu'on pourrait croire qu'on a donné des techniques… et ce n'est pas ça du tout.
Emmanuel : Non, surtout pas. Tu nous lis le verset qui nous rassemble ce soir ?
Élise : Éphésiens, chapitre cinq, verset vingt et un : « vous soumettant les uns aux autres dans la crainte de Christ. » Avant tout ce que Paul dira ensuite aux femmes et aux maris, il y a ce verset-là. La soumission mutuelle. Chacun qui descend de son trône pour servir l'autre, par respect pour Christ.
Emmanuel : Chacun descend de son trône… mmh. Tout est là.
Élise : Et c'est là que la tendresse devient possible dans la durée. Parce qu'elle ne repose plus sur mes forces, ni sur les mérites de l'autre. Elle coule d'une alliance. Et l'alliance, c'est le lieu de la joie… pas sa prison. Son jardin. Marc et moi, on l'a appris dans nos années grises : quand chacun cherche à servir l'autre, la joie revient sans qu'on la force.
Emmanuel : Son jardin. On revient toujours au jardin. Je prie pour nous ? Notre Dieu, merci pour l'alliance du mariage, ton idée avant la nôtre. Merci pour la tendresse de Christ, qui nous aime sans tenir les comptes. Relève ceux qui traversent une saison sèche, et fais de nos foyers des jardins où tu marches avec nous. Au nom de Jésus, amen.
Élise : Amen.
Emmanuel : Merci de nous avoir écoutés. Et si Dieu veut, on se retrouve très vite, Aux Sources.
Élise : Prenez soin de votre jardin cette semaine. À bientôt.
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