L'Esprit Éditorial
Le coin du recueillement10 mai 2026 · Été · hospitalité

Faire une place à l'étranger

« N’oubliez pas l’hospitalité ; car, en l’exerçant, quelques-uns ont logé des anges sans le savoir. »
Hébreux 13:2

L'été rebat les cartes de nos maisons. On reçoit davantage, on héberge, on met un couvert de plus à table. C'est au milieu d'exhortations toutes pratiques que l'auteur de l'épître aux Hébreux glisse ce rappel : N’oubliez pas l’hospitalité ; car, en l’exerçant, quelques-uns ont logé des anges sans le savoir.(Hébreux 13:2) Il songe probablement à Abraham accueillant ses trois visiteurs au chêne de Mamré, ou à Lot assis aux portes de Sodome. Ouvrir sa porte tient de plus que la politesse. C'est un geste où Dieu se mêle, et qui réserve parfois des rencontres qu'on n'attendait pas. Tel repas qu'on croyait n'être qu'un moment de convivialité prend, sous le regard de Dieu, une ampleur qui nous dépasse.

Le mot grec que l'on traduit par « hospitalité », philoxenia, dit à la lettre l'amour de l'étranger : philia, l'amitié, et xenos, celui du dehors. Recevoir ses amis, chacun le fait de bon cœur, et l'hospitalité biblique va plus loin : elle fait une place à qui n'est pas encore des nôtres. Le même mot, avec la peur cette fois, a donné la xénophobie. L'Évangile, lui, change notre regard sur l'étranger : au lieu d'une menace, un hôte possible, et qui sait, un messager envoyé de Dieu. En aimant celui du dehors, nous reflétons le cœur d'un Dieu qui nous a reçus le premier, quand nous lui étions encore étrangers.

Le fondement est là : nous savons accueillir pour avoir nous-mêmes été accueillis. Étrangers, sans espérance et sans Dieu dans le monde (Éphésiens 2:12), voilà ce que nous étions ; et Dieu, en Christ, a fait de nous des concitoyens des saints, des gens de sa maison (Éphésiens 2:19). L'hospitalité chrétienne ne cherche pas à mériter la faveur de Dieu. Elle en découle. Si nous ouvrons notre table, c'est que la sienne s'est ouverte pour nous, gratuitement. Du coup l'accueil perd toute condescendance. Nous ne recevons personne de haut, en bienfaiteurs ; nous faisons simplement place, à hauteur d'invités, à d'autres invités de la même grâce.

Cette semaine, laisse l'été t'ouvrir une occasion bien concrète : un repas avec le voisin qu'on laisse seul, une chaise de plus pour celui qu'on oublie d'inviter, un accueil qui ne calcule pas son retour. N'attends pas d'avoir la maison parfaite ou l'agenda dégagé ; l'hospitalité se pratique dans le peu qu'on a. Tu n'y logeras sans doute pas d'anges, mais tu y trouveras le Christ, qui se dit présent dans le plus petit qu'on accueille. Ouvrir sa porte, c'est déjà annoncer l'Évangile sans une parole : celui d'un Dieu qui a fait, à sa table, une place pour des étrangers devenus ses enfants.

Prière

Père, tu m'as accueilli quand j'étais un étranger, moi qui ne l'avais pas mérité. Rends mon cœur et ma maison hospitaliers, délivrés de la peur et du calcul. Apprends-moi à faire de la place à l'autre comme tu m'en as fait en Christ. Amen.