Le repos a un visage
« Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. »
Beaucoup cherchent le repos comme on cherche un lieu : une plage, une maison au calme, une semaine sans réveil qui sonne. Jésus, lui, ne montre pas un endroit. Il montre une personne : Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos.(Matthieu 11:28)
Le repos qu'il promet ne se trouve pas à une adresse ; il se trouve auprès de quelqu'un. Le mot grec qu'il emploie, anapausis, dit le fait de reprendre son souffle, de relâcher une tension. Et il ne parle pas aux gens reposés, mais aux fatigués et chargés, à ceux qui portent, qui n'en peuvent plus, dont les épaules ploient sous des fardeaux visibles et cachés. L'invitation s'ouvre justement pour eux.
Remarquez qui il convoque : vous tous. Pas de condition d'entrée, pas de mérite à présenter d'avance, pas de tri entre les plus dignes. Le seul titre qu'il faut pour venir, c'est d'être épuisé. Cela déjoue notre logique religieuse, toujours prompte à penser qu'il faut d'abord se remettre d'aplomb avant d'oser approcher. Jésus renverse l'ordre : venez d'abord, tels que vous êtes, et le repos vous sera donné en chemin. Votre fatigue n'est pas l'obstacle qui vous empêche de venir ; elle est précisément ce qui vous y appelle. Ceux qui se croient reposés par leurs propres forces passent souvent à côté de la plus tendre offre de l'Évangile.
Notez aussi le verbe : je vous donnerai. Le repos ne s'arrache pas, ne s'organise pas, ne se mérite pas au bout d'un long effort. Il se donne. Gratuitement. Là est le cœur de la grâce : ce que nous sommes incapables de produire, un autre nous le tend. Nos vacances les mieux préparées manquent parfois à nous reposer, parce que le poids qui nous accable ne tient pas à notre emploi du temps mais à notre âme. Le fardeau le plus lourd, c'est souvent celui de devoir prouver, tenir, mériter sans cesse. Christ propose de le prendre. Pas de nous aider à mieux le porter : de le porter lui-même à notre place.
Ce verset ne promet pas la fin de toutes nos peines dès demain matin. Il promet quelqu'un à qui les remettre aujourd'hui. Cet été encore, l'invitation reste ouverte, aussi fraîche qu'au premier jour. Vous n'avez pas à attendre d'aller bien, ni d'avoir tout réglé. Venez comme vous êtes, avec la fatigue précise qui est la vôtre. Cette semaine, nommez devant lui, à voix haute ou par écrit, le fardeau qui pèse le plus lourd, puis laissez-le à ses pieds sans le reprendre en repartant. Le repos que Christ donne commence toujours par là : une remise entre ses mains.
Seigneur Jésus, je viens fatigué et chargé, exactement comme tu appelles. Je ne prétends pas être digne, ni remis d'aplomb ; je viens parce que tu le demandes. Prends le fardeau que je n'arrive plus à porter, et donne-moi ce repos que toi seul peux donner. Amen.