La paix accordée
« A celui qui est ferme dans ses sentiments Tu assures la paix, la paix, Parce qu'il se confie en toi. »
Il existe une paix que les circonstances ne fabriquent pas. On peut se retrouver au calme, en vacances, dans un décor de carte postale, et rester noué par l'inquiétude ; on peut aussi traverser des jours rudes en gardant une paix que rien n'explique. Ésaïe met le doigt sur cette différence : la paix dont il parle ne vient pas de l'environnement, elle est assurée par Dieu à celui dont la pensée demeure tournée vers lui. Le prophète redit le mot deux fois, la paix, la paix, comme pour en marquer l'ampleur. Ce n'est pas une accalmie fragile. C'est le shalom hébreu, une paix entière, qui rejoint le corps autant que l'âme et les relations.
Le verset décrit un homme ferme dans ses sentiments. D'autres traductions parlent d'un esprit affermi, d'une pensée qui s'appuie sur Dieu. À l'opposé, il y a l'âme ballottée, qui court d'une inquiétude à l'autre et retombe la nuit sur les mêmes ruminations. Cette fermeté n'est pas une affaire de tempérament, comme s'il y avait les anxieux d'un côté et les sereins de l'autre. Elle vient d'un appui. Au lieu de tourner autour de ses peurs, la pensée revient se poser sur Dieu. Notre paix suit la direction de notre regard : là où l'esprit se fixe, le repos s'installe, ou bien il fuit.
Puis le prophète en donne la raison, et c'est là toute la clé : A celui qui est ferme dans ses sentiments Tu assures la paix, la paix, Parce qu'il se confie en toi.(Ésaïe 26:3)
Voilà le ressort caché. Cette paix n'a rien d'une méthode de relaxation ou d'un effort d'optimisme ; elle jaillit de la confiance faite à quelqu'un. Se confier, c'est reporter son poids sur un autre qu'on estime capable de le porter. Au fond, si nous sommes inquiets, c'est que nous ne sommes pas sûrs qu'une main tienne les rênes avec bonté. Ésaïe répond que Dieu les tient, et qu'on peut compter sur lui. La paix n'est pas l'absence de tempête, elle est la présence d'un Dieu fiable au cœur de la tempête.
Cette confiance a de quoi s'appuyer. Le Dieu à qui nous nous remettons a livré son Fils pour nous ; à la croix, il a montré jusqu'où va son engagement. Celui qui n'a pas épargné son propre Fils, comment nous laisserait-il tomber dans nos petites peurs ? La paix d'Ésaïe reçoit son plein visage en Jésus, qui dit aux siens : Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je ne vous donne pas comme le monde donne. Que votre cœur ne se trouble point, et ne s'alarme point.(Jean 14:27)
Cette semaine, quand l'inquiétude reviendra, tentez ce mouvement tout simple : plutôt que de tourner autour du souci, tournez-vous vers lui. Nommez-le, remettez-le-lui, et redites-lui votre confiance. C'est ainsi, un regard après l'autre, que le cœur s'affermit.
Seigneur, mon esprit court trop souvent après ses peurs. Fixe ma pensée sur toi et affermis-la. Je choisis de me confier en toi, non parce que tout serait calme, mais parce que tu es fiable. Assure-moi cette paix que le monde ne peut donner et que ton Fils a acquise pour moi.