Veiller les uns sur les autres
« Veillons les uns sur les autres, pour nous exciter à la charité et aux bonnes œuvres. »
La communauté se retrouve. Après la dispersion de l'été, les bancs se regarnissent et les visages reviennent. L'auteur de l'épître aux Hébreux saisit ce moment pour en dire l'enjeu. Il ne parle pas de simple convivialité : il emploie un verbe grec exigeant, katanoéô, « observer attentivement, considérer avec soin ». Veiller les uns sur les autres, ce n'est pas se croiser vaguement le dimanche. C'est accorder au frère, à la sœur, une attention qui remarque le visage fatigué, l'absence qui se prolonge, ou cette joie qu'on ne voit plus.
Cette attention a un but : Veillons les uns sur les autres, pour nous exciter à la charité et aux bonnes œuvres.(Hébreux 10:24)
. Le verbe rendu par « exciter » est presque brutal en grec ; il évoque l'aiguillon, la stimulation vive. Nous ne tenons pas seuls dans la foi. Laissée à elle-même, la flamme d'un croyant baisse ; auprès d'autres, elle repart. Nous avons besoin les uns des autres pour rester dans le bien, pour être relancés quand nous ralentissons. La communauté n'est pas un confort en plus. Dieu nous la donne comme un moyen de grâce, pour que nous tenions dans la durée.
Le sacerdoce est universel : chacun, homme ou femme, a reçu des dons à exercer pour les autres. Personne, dans le corps, n'est réduit au rôle de spectateur. Veiller sur mon frère est ma responsabilité autant que celle du pasteur. Veiller n'a rien à voir avec l'envie de prendre en faute. C'est regarder l'autre pour l'aimer, en sachant qu'on a soi-même besoin d'être porté. Le verset qui précède nous appelait à Retenons fermement la profession de notre espérance, car celui qui a fait la promesse est fidèle.(Hébreux 10:23)
; c'est ensemble, épaule contre épaule, que nous y arrivons.
Et cette attention mutuelle prend sa source ailleurs qu'en nous. Nous veillons les uns sur les autres parce que Christ, le premier, a veillé sur nous jusqu'à donner sa vie. Quelques versets plus haut, le texte célèbre son sacrifice unique, offert une fois pour toutes : C'est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés, par l'offrande du corps de Jésus-Christ, une fois pour toutes.(Hébreux 10:10)
. C'est de ce don que naît notre amour fraternel. Cette semaine, arrêtez-vous vraiment sur une personne de votre assemblée : appelez-la, écrivez-lui, encouragez-la. Un aiguillon de charité posé au bon moment peut relever un cœur qui allait lâcher.
Une braise seule s'éteint ; ramenée près du foyer, elle repart.
Seigneur, merci pour la communauté que tu me donnes. Ouvre mes yeux sur ceux qui, autour de moi, attendent un mot, un regard, une présence. Fais de moi un aiguillon de charité plutôt qu'un spectateur, comme toi qui as veillé sur moi le premier. Amen.