Bâtir sans se ruiner
« Si l'Éternel ne bâtit la maison, Ceux qui la bâtissent travaillent en vain; Si l'Éternel ne garde la ville, Celui qui la garde veille en vain. »
Au bout d'une semaine de labeur, ce verset remet tout à sa place. Le psaume ne dénigre pas le travail ; on y bâtit, on y garde, on y monte la garde, et ce sont là des choses bonnes et nécessaires. Ce qu'il dénonce, c'est le travail coupé de Dieu, l'effort qui s'imagine tenir tout de lui-même. Par deux fois tombe le même mot, terrible : « en vain ». On peut construire beaucoup et n'élever que du vide ; on peut veiller toute la nuit sans rien préserver, si l'Éternel n'y est pas. Reste au fond une seule question : qui porte vraiment l'ouvrage ?
L'hébreu glisse ici une finesse. Le verbe « bâtir », banah, fait écho au mot « fils », ben, et le psaume passera bientôt aux enfants, cet « héritage de l'Éternel ». Bâtir une maison, ce n'est pas qu'une affaire de murs ; c'est édifier une famille, une vie partagée, une communauté. Et cet édifice-là, plus encore que la pierre, dépasse nos seules forces. La paix d'un foyer ne se fabrique pas à coups de volonté, elle se reçoit. Le psalmiste nous invite à desserrer la crispation de celui qui croit devoir tout produire lui-même.
La suite du psaume soigne cette anxiété de la performance : En vain vous levez-vous matin, vous couchez-vous tard, et mangez-vous le pain de douleur; il en donne autant à ses bien-aimés pendant leur sommeil.(Psaume 127:2)
. Dieu ne récompense pas l'épuisement. Il ne nous aime pas davantage quand nous nous sommes tués à la tâche. Le sommeil de ses bien-aimés est déjà, en lui-même, un acte de confiance : je m'arrête, je lâche prise, et le monde ne s'écroule pas, puisque ce n'est pas moi qui le porte.
C'est là qu'on trouve le juste accord entre travail, repos et Dieu : travailler de tout son cœur sans se croire le fondement de quoi que ce soit, et se reposer pour de bon, parce que la maison tient sur un Autre. Le bâtisseur, au fond, c'est Celui qui a dit : Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle.(Matthieu 16:18)
, et qui l'a scellée par sa croix. Cette semaine, avant de vous coucher, confiez à Dieu ce que vous n'avez pas pu achever. Rendez-lui le chantier. Puis dormez pour de bon ; ce repos n'a rien d'une démission, c'est de la foi mise en pratique.
On peut bâtir toute une vie, et bâtir en vain, si l'on oublie Celui qui tient la maison.
Seigneur, c'est toi qui bâtis ma maison et qui gardes mes nuits. Délivre-moi de l'illusion que tout repose sur mes forces. Apprends-moi à travailler avec confiance et à me reposer sans crainte, car tu veilles pendant que je dors. Amen.