Compter nos jours
« Enseigne-nous à bien compter nos jours, Afin que nous appliquions notre coeur à la sagesse. »
Ce psaume porte le nom de Moïse, l'homme qui avait vu toute une génération traverser puis mourir au désert, quarante ans durant. Il sait de quoi il parle quand il demande à Dieu de nous apprendre à compter nos jours. Étrange prière, à première vue : nous savons compter. Mais le psalmiste ne parle pas d'arithmétique. Compter ses jours, c'est prendre au sérieux qu'ils sont comptés, qu'ils ont un nombre, une fin, et donc un prix. Une année s'ouvre, avec ses centaines de journées devant nous, et la tentation est de croire qu'elles sont infinies.
Remarque ce que Moïse demande, et surtout ce qu'il ne demande pas. Il ne prie pas pour vivre plus longtemps, ni pour remplir ses jours de plus d'activités. Il prie pour appliquer son coeur à la sagesse. Compter ses jours ne rend pas anxieux, cela rend sage. Celui qui sait son temps limité cesse de le gaspiller en broutilles et le réoriente vers l'essentiel. La conscience de la fin n'assombrit pas la vie, elle la concentre. On ne remet plus au lendemain le pardon qu'on doit, la parole d'amour qu'on garde, la marche avec Dieu qu'on repousse.
Il y a là une salutaire humilité. Nous ne sommes pas les maîtres du temps, nous en sommes les usufruitiers. Chaque journée nous est prêtée, non due. Et cette lucidité, loin de nous écraser, nous tourne vers Celui qui, lui, demeure. Car le même psaume, avant cette prière, confesse que Dieu est notre refuge de génération en génération, avant même que les montagnes soient nées. Nos jours passent ; lui ne passe pas. Compter nos jours nous fait chercher l'appui de l'Éternel.
Et cette sagesse a un nom, en qui le temps et l'éternité se sont touchés. Christ est entré dans nos jours comptés, il en a vécu de mesurés comme les nôtres, pour nous ouvrir une vie qui ne se compte plus. Aujourd'hui, ne cherche pas à faire plus, cherche à faire l'essentiel. Demande à Dieu : apprends-moi à investir cette année dans ce qui demeure. Une seule journée reçue comme un don et donnée à ce qui compte vaut mieux qu'une décennie dilapidée.
Éternel, tu es notre refuge d'âge en âge, et nos jours sont comptés devant toi. Enseigne-moi à les recevoir comme un don et à les employer avec sagesse. Que je ne remette pas à demain l'essentiel : t'aimer, aimer les miens, marcher avec toi. Amen.