Ne pas se lasser
« Ne nous lassons pas de faire le bien; car nous moissonnerons au temps convenable, si nous ne nous relâchons pas. »
Il y a une fatigue particulière, que la rentrée connaît bien : celle de faire le bien sans en voir le fruit. On prie pour un proche qui ne change pas, on tient bon dans un foyer difficile, on sème dans son travail sans récolte visible, on persévère dans la foi sans consolation apparente. Paul connaît cet épuisement du coeur, et il pose sur lui une parole qui n'endort pas mais qui relève : ne nous lassons pas de faire le bien. Il ne nie pas la lassitude, il l'affronte et nous invite à ne pas lui céder.
Sa raison n'est pas un encouragement en l'air. Elle s'appuie sur une loi que Dieu a inscrite dans sa création : celle des semailles et de la moisson. Ce qu'on sème lève, mais pas le jour même. Entre le grain jeté en terre et l'épi, il y a un hiver, une attente, un silence apparent. Le découragement naît souvent d'une erreur de calendrier : on attend en septembre la récolte de novembre. Paul rappelle que la moisson vient au temps convenable, celui de Dieu, non le nôtre. Ce qui semble stérile aujourd'hui n'est peut-être qu'enfoui, en train de germer là où l'oeil ne voit pas.
Notre persévérance repose d'ailleurs sur une moisson déjà assurée. Christ a semé sa vie dans la mort, il a été enseveli comme un grain, et il est ressuscité : la première grande récolte a eu lieu, et elle garantit toutes les autres. Nous ne semons pas dans un monde livré au hasard, mais entre les mains d'un Dieu fidèle qui n'oublie aucun de nos gestes de bien. Ton travail, dira Paul ailleurs, n'est pas vain dans le Seigneur. Rien de ce qui est semé pour lui ne se perd.
Alors si tu es tenté d'abandonner un bien commencé, parce que tu n'en vois pas le résultat, ne cède pas aujourd'hui. Le mot clé du verset est là : si nous ne nous relâchons pas. Beaucoup de moissons sont perdues faute d'avoir tenu encore un peu. Reprends ce matin le bien que tu allais lâcher, ce geste, cette prière, cette patience, et confie-en le fruit à Dieu, en son temps. Tu ne sèmes pas dans le vide. Un jour, au temps convenable, tu moissonneras.
Seigneur, je suis parfois fatigué de faire le bien sans en voir le fruit. Garde-moi de me relâcher. Apprends-moi à semer avec patience et à te confier la moisson, en ton temps. Je m'appuie sur ta fidélité : rien de ce qui est semé pour toi n'est perdu. Amen.