Chaque jour
« Puis il dit à tous: Si quelqu'un veut venir après moi, qu'il renonce à lui-même, qu'il se charge chaque jour de sa croix, et qu'il me suive. »
On imagine parfois le christianisme comme une grande décision prise une fois, un engagement solennel dont on vivrait ensuite sur la réserve. Jésus le décrit tout autrement. Suivre, chez lui, se conjugue au présent répété : qu'il se charge chaque jour de sa croix. Ces deux mots, chaque jour, sont propres à l'évangile de Luc, et ils changent l'échelle. La foi n'est pas un exploit ponctuel, c'est une fidélité quotidienne. On ne se convertit pas seulement le grand jour de son baptême, on reprend chaque matin le chemin derrière lui.
Se charger de sa croix, dans la bouche de Jésus, n'a rien d'une métaphore vague pour désigner nos petits soucis. La croix, à cette époque, c'était l'instrument du condamné qui marchait vers sa mort. Se charger de sa croix, c'est donc accepter de mourir à soi-même, à sa volonté propre, à son droit de tout décider seul. Renoncer à soi ne veut pas dire se mépriser ou se détruire, cela veut dire cesser de se mettre au centre pour y mettre Christ. Et cela ne se fait pas une fois pour toutes, mais chaque jour, car chaque jour le moi cherche à reprendre le trône.
Ce chemin ferait peur s'il montait vers le vide. Mais il monte à la suite de quelqu'un qui a marché le premier, jusqu'au bout, jusqu'à sa propre croix, et qui en est revenu vivant. Nous ne portons pas notre croix pour gagner notre salut, il est déjà acquis par la sienne. Nous la portons parce que nous le suivons, et suivre le crucifié ressuscité, c'est entrer dans sa vie même. Curieusement, celui qui renonce ainsi à lui-même ne se perd pas, il se trouve, car Jésus ajoute que qui veut sauver sa vie la perdra, et qui la perd pour lui la sauvera.
L'expression chaque jour est un immense soulagement. Il ne t'est pas demandé de porter d'un coup la croix de toute une vie, mais seulement celle d'aujourd'hui. Demain aura sa grâce pour son fardeau. Ce matin, demande-toi simplement : à quoi, aujourd'hui, dois-je renoncer pour suivre Christ ? Un droit que je réclame, une rancune que je garde, une volonté propre à lâcher. Charge-toi de cette croix-là, celle du jour, et suis-le. Puis recommence demain.
Seigneur Jésus, je veux te suivre, non par un grand élan d'un jour, mais chaque matin. Apprends-moi à renoncer à moi-même et à me charger de la croix d'aujourd'hui, celle du jour seulement. Toi qui as porté la tienne jusqu'au bout, marche devant moi, et je marcherai derrière toi. Amen.