Saints dans toute la conduite
« Mais, puisque celui qui vous a appelés est saint, vous aussi soyez saints dans toute votre conduite, selon qu'il est écrit : Vous serez saints, car je suis saint. »
Le mot sainteté fait souvent reculer. On l'imagine réservé à quelques figures d'exception, moines ou héros de la foi, hors de portée pour nos vies ordinaires. Pierre le ramène pourtant au plus près de nous : soyez saints dans toute votre conduite. Non dans une région élevée de l'existence, mais dans la conduite, c'est-à-dire dans la manière concrète de mener nos jours. La sainteté n'est pas un étage supérieur du christianisme, c'est la forme normale de la vie de quiconque appartient à Dieu, au bureau comme à la maison.
Le mot grec traduit par saint dit d'abord une mise à part. Est saint ce qui est réservé à Dieu, séparé de l'usage commun pour lui appartenir. Être saint dans sa conduite, c'est donc vivre en homme qui appartient à Dieu, dont les journées ne sont plus livrées à n'importe quoi mais mises à part pour lui. Cela ne signifie pas se couper du monde ni se croire meilleur que les autres. Cela signifie que jusque dans mes paroles, mes choix, mes loisirs, je me souviens à qui j'appartiens.
Le ressort de cette sainteté est capital, et Pierre le donne : puisque celui qui vous a appelés est saint. Nous ne devenons pas saints pour obtenir que Dieu nous appelle ; nous cherchons la sainteté parce qu'il nous a déjà appelés. L'ordre importe, sinon tout bascule dans le moralisme épuisant. Pierre venait justement de rappeler que nous avons été rachetés, non par des choses périssables, mais par le sang précieux de Christ. La sainteté n'est pas le prix de notre rachat, elle en est le fruit. On se met à part pour Dieu parce qu'on lui appartient déjà, à grand prix.
Cela rend la sainteté à la fois exigeante et libératrice. Exigeante, car elle concerne toute la conduite, sans domaine réservé. Libératrice, car elle n'est pas un examen à réussir mais une identité à vivre. Aujourd'hui, ne vise pas la perfection en tout d'un coup. Choisis un seul domaine de ta conduite, ta parole, ton usage du temps, ta manière de traiter un proche, et mets-le à part pour Dieu, comme lui appartenant. La sainteté avance ainsi, un domaine à la fois, portée par cette certitude : celui qui t'appelle est saint, et il te rend semblable à lui.
Père, tu es saint, et tu m'as appelé à l'être dans toute ma conduite. Non pour gagner ton amour, mais parce que tu m'as racheté par le sang de Christ. Mets à part pour toi ma vie ordinaire, mes paroles et mes choix, et rends-moi peu à peu semblable à toi, un jour après l'autre. Amen.