Oublier ce qui est en arrière
« Frères, je ne pense pas l'avoir saisi; mais je fais une chose: oubliant ce qui est en arrière et me portant vers ce qui est en avant, je cours vers le but, pour remporter le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus Christ. »
Il y a un poids que la rentrée traîne souvent en silence : le passé. Les échecs de l'an dernier, les résolutions non tenues, les fautes qui reviennent hanter, mais aussi, parfois, les réussites d'hier dont on voudrait vivre encore. Paul, qui avait de quoi ressasser un passé chargé, tant de mal fait autrefois que de titres à faire valoir, prend une décision : oublier ce qui est en arrière et me porter vers ce qui est en avant. Non que le passé n'ait pas existé, mais il refuse de s'y laisser retenir. Il regarde devant.
L'image est celle d'un coureur en pleine course. Un athlète qui se retournerait pour contempler la distance parcourue ralentirait et perdrait. Toute son attention se porte en avant, vers la ligne. Paul dit littéralement qu'il se tend vers ce qui est devant, comme le corps du coureur penché vers le but, tendu de tout son être. Se porter vers l'avant, ce n'est pas nier l'arrière, c'est refuser qu'il commande le présent. Le passé peut instruire, il ne doit pas emprisonner. Ni les fautes qui découragent, ni les gloires qui endorment.
Ce qui rend possible d'oublier ainsi, c'est la grâce. Paul commence par une confession d'humilité : je ne pense pas l'avoir saisi. Il ne se croit pas arrivé, il sait qu'il court encore. Et il peut lâcher son passé précisément parce qu'il ne compte plus dessus, ni sur ses fautes pour se condamner, ni sur ses mérites pour s'enorgueillir. Il ne compte que sur Christ, qui l'a saisi le premier. Voilà pourquoi le chrétien peut vraiment tourner la page : ses fautes ont été portées à la croix, elles ne sont plus derrière lui comme une menace, mais devant Dieu comme une dette payée.
Et il y a un but, une ligne qui donne sens à la course : le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ. Nous ne courons pas au hasard, nous courons vers lui. Aujourd'hui, si un souvenir te retient, une faute qui te condamne ou une réussite qui t'endort, décide comme Paul de le laisser en arrière. Ce que Christ a pardonné, ne le reprends pas sur tes épaules. Ce que tu as bien fait, ne t'y installe pas. Tends-toi vers l'avant, cours vers lui, car le meilleur n'est pas derrière, il est devant, en Christ.
Seigneur, je traîne parfois un passé qui me retient, mes fautes qui me condamnent ou mes réussites qui m'endorment. Apprends-moi, comme Paul, à laisser ce qui est en arrière et à me tendre vers l'avant. Toi qui m'as saisi le premier, fais-moi courir vers le but, vers toi. Amen.