L'Esprit Éditorial
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Théologie

Alléluia : Louez l'Éternel

13 mai 2025

« Que tout ce qui respire loue l'Éternel! Louez l'Éternel! »

Psaumes 150:6

Des cathédrales aux petites chapelles, des grands oratorios aux refrains les plus dépouillés, un mot revient et franchit les langues et les siècles sans jamais se traduire : Alléluia. On le chante à Pâques, on le murmure dans la joie, il nous arrive de l'user comme une simple exclamation. Ce n'est pourtant pas un cri vague d'enthousiasme religieux. C'est un ordre, presque un impératif. Comme « amen », il nous vient tout droit de l'hébreu, gardé intact par des siècles de prière. Le comprendre, c'est s'apercevoir que la louange n'est pas d'abord une émotion qui monte : c'est une réponse qui se décide. Nos cœurs distraits ont besoin de réentendre cette parole. Louer n'est pas un luxe réservé aux jours faciles ; c'est la respiration ordinaire de qui connaît son Dieu.

Alléluia se compose de deux éléments hébreux : hallelou, « louez », et Yah, forme abrégée du nom de l'Éternel. « Louez Yah », « Louez l'Éternel » : voilà tout le mot. Le verbe hallal, dont il vient, est riche. Il dit d'abord le fait de briller, de faire éclater une clarté, puis celui d'acclamer à voix haute, sans retenue. Louer, dans la Bible, n'a rien de tiède : c'est laisser rayonner au-dehors une joie qui déborde. Et l'objet en est nommé sans détour. Pas une vague transcendance, mais Yah, le Dieu qui s'est révélé, qui porte un nom et une histoire, dont la fidélité a été éprouvée. L'alléluia n'applaudit pas la vie en général ; il renvoie vers Celui de qui vient toute lumière une clarté reçue, comme un miroir rend le soleil.

On le remarque moins, mais ce mot est un impératif, et un impératif au pluriel. Non pas « je loue », ni « il faudrait bien louer un jour », mais « louez, vous tous ». La louange des psaumes n'attend pas passivement qu'un état d'âme se lève en nous ; elle prend la forme d'un appel qu'on s'adresse les uns aux autres. Le psalmiste se commande à lui-même et pousse son voisin : De David. Mon âme, bénis l'Éternel! Que tout ce qui est en moi bénisse son saint nom!(Psaumes 103:1) On n'attend pas d'en avoir envie pour louer ; on s'y décide, et la joie rejoint souvent en chemin. Il y a là une sagesse pour les jours ternes. La louange n'est pas gardée aux cœurs déjà légers. Elle relève aussi celui qui traîne une lourdeur et tourne malgré tout son regard vers Dieu.

Le livre des Psaumes s'achève sur une longue montée de louange. Après les larmes, les plaintes, les nuits d'angoisse qui remplissent le recueil, le dernier mot ne revient pas au désespoir : il revient à l'adoration. Et le tout dernier verset ouvre le cercle jusqu'à l'infini : Que tout ce qui respire loue l'Éternel! Louez l'Éternel!(Psaumes 150:6) Rien n'est laissé dehors. Le seul titre requis pour louer, c'est de respirer, de tenir de Dieu son souffle. La louange n'est pas la spécialité des experts ou des cœurs éloquents ; elle est la vocation de tout vivant, du plus grand au plus petit. Chaque respiration est déjà un don reçu ; la retourner en louange, c'est rendre au Donateur ce qu'il nous prête à chaque instant. Le psautier ne se referme pas vraiment. Il s'ouvre sur un chœur sans fin.

Mais pourquoi louer ? Pas par flatterie, comme on caresserait un puissant pour s'attirer ses faveurs. On loue Dieu parce qu'il est bon et parce qu'il a agi. La louange biblique ne flotte jamais en l'air : elle raconte. Elle dit ce que Dieu a fait : il a créé, il a délivré, il a pardonné. Et pour le chrétien, tous ces motifs se rejoignent en un seul point lumineux, la croix et le tombeau vide. On loue parce que Celui qui nous avait tout donné est allé jusqu'à se donner lui-même, parce que le Christ a porté notre faute et qu'il est ressuscité corporellement. Notre alléluia ne cherche pas à mériter l'amour de Dieu ; il répond dans la joie à un amour déjà reçu, et reçu gratuitement. On ne loue pas pour être sauvé ; on loue parce qu'on l'est. La reconnaissance ne vient pas avant la grâce, elle la suit.

Le mot ne revient qu'une fois dans le Nouveau Testament, tout à la fin de la Bible, dans la vision de l'Apocalypse. Là, une foule immense fait retentir son alléluia autour du trône, au moment où toute chose est enfin remise à la justice de Dieu. On voit vers quoi tend l'histoire : pas vers le silence, mais vers un chant. Cette perspective éclaire nos louanges d'aujourd'hui, souvent modestes, parfois coupées de larmes. Louer maintenant, c'est répéter d'avance le refrain que nous chanterons un jour à pleine voix. Il arrive qu'on doive le faire dans la nuit, la gorge nouée, sans rien comprendre ; ce n'est pas de l'hypocrisie, c'est de la foi. L'alléluia des éprouvés, celui qu'on arrache à un cœur lourd, monte peut-être plus haut que celui des jours faciles, parce qu'il croit à la bonté de Dieu contre toute apparence.

Alors, cette semaine, ne laisse pas ce mot dormir dans les cantiques ; fais-en un geste. Le matin, avant de saisir ton téléphone, prends un instant pour rendre à Dieu le souffle qu'il vient de te confier : Louez l'Éternel. Dans la journée, quand une beauté te surprend, un visage, une lumière, un pardon reçu, laisse-la remonter vers sa source plutôt que de la garder pour toi. Et les jours sans élan, décide de louer quand même, par foi plus que par envie, en te rappelant que la joie suit souvent l'obéissance. Tu t'apercevras que la louange ne change pas d'abord Dieu, qui n'a besoin de rien : elle te remet, toi, à ta place, celle d'un vivant comblé qui renvoie sa clarté vers le seul qui mérite de la recevoir. Voilà ce que veut dire, tout simplement, alléluia.