L'Esprit Éditorial

Méditation

Cherchez Premièrement le Royaume

29 novembre 20248 min de lecture
Photographie abstraite et minimaliste d'un épi de blé sec aux tons dorés sur fond crème
Photographie abstraite et minimaliste d'un épi de blé sec aux tons dorés sur fond crème

« Cherchez premièrement le royaume et la justice de Dieu ; et toutes ces choses vous seront données par-dessus. »

Matthieu 6:33

Il y a une petite phrase qui gouverne nos journées plus que nous ne l'avouons : et tout le reste ? Le loyer, la santé, l'avenir des enfants, la retraite qui approche ou celle qui semble hors d'atteinte. Jésus connaît cette phrase. Il vient de parler des oiseaux qui ne sèment ni ne moissonnent, des lis qui ne travaillent pas, et il sait qu'il ne parle pas à des rêveurs, mais à des gens qui comptent leurs pièces le soir. C'est à eux, c'est à nous, qu'il adresse cet impératif déroutant : cherchez premièrement le royaume. Il ne dit pas de ne se soucier de rien sous prétexte que tout ira bien. Il dit qu'il existe un ordre des priorités, et que lui seul peut désarmer l'inquiétude à la racine. Le souci ne cède pas à plus de contrôle. Il cède quand le cœur trouve enfin un premier objet qui en vaut la peine.

La parole s'inscrit au cœur du Sermon sur la montagne, dans un long passage sur l'inquiétude. Jésus n'y méprise pas les besoins matériels ; il les nomme un à un : la nourriture, le vêtement, la durée de la vie. Il rappelle même que le Père céleste sait que nous en avons besoin. Le problème n'est pas d'avoir des besoins, c'est de les laisser monter à la première place, de les installer sur le trône du cœur où Dieu seul devrait régner. Dans ce texte, l'inquiétude n'est pas d'abord une faiblesse nerveuse qu'on corrigerait par des techniques. Elle est le symptôme d'un royaume mal ordonné, où les choses qui devraient suivre se mettent à commander, et où le Père devient une variable parmi d'autres au lieu d'être le centre autour duquel tout gravite.

Le grec précise l'affaire. Le verbe zēteite, « cherchez », est au présent continu : pas une décision prise une fois pour toutes, mais une recherche qui dure, une orientation constante, presque une manière de respirer. Et l'adverbe prōton, « premièrement », ne marque pas seulement le premier d'une file ; il désigne ce qui a la primauté, ce qui commande le reste. Jésus ne demande donc pas d'ajouter Dieu en tête d'une liste de courses spirituelles avant de passer aux choses sérieuses. Il demande un centre de gravité. Basileia, le royaume, désigne moins un territoire qu'un règne en acte, la royauté de Dieu à l'œuvre. Chercher premièrement le royaume, c'est vouloir d'abord que Dieu règne sur ce jour, sur cette décision, sur ce budget, et laisser tout le reste retrouver sa juste place autour de ce roi.

L'ordre change tout. Beaucoup entendent ce verset comme un marché déguisé : donne à Dieu la priorité, et il te versera la prime du reste. Mais Jésus ne propose pas un placement à haut rendement. Il décrit une réalité : quand le règne de Dieu occupe le centre, les autres besoins cessent de nous dévorer. Non qu'ils disparaissent, mais ils reprennent leur taille réelle. Une inquiétude déposée aux pieds d'un Père cesse d'être une idole pour redevenir une simple demande. Chercher d'abord le royaume ne revient pas à négliger sa famille, son travail, sa prudence. Cela revient à refuser qu'ils deviennent des dieux qui réclament nos nuits. Le premier commandement n'appauvrit pas la vie ordinaire ; il la délivre de la pression écrasante d'avoir à tout tenir soi-même.

Il faut le dire nettement, car l'époque en a fait un slogan : ce verset ne promet pas la prospérité. Ce qui est donné « par-dessus » ne garantit ni le confort ni la réussite ; cela vise le nécessaire, le pain du jour, comme dans la prière que Jésus venait d'enseigner. Les disciples qui ont entendu ces mots ont connu la faim, la prison, la mort violente, et Paul a appris à être rassasié comme à souffrir de la faim. La foi n'est pas un distributeur qu'on déclenche en y glissant la bonne intention. Dieu ne se réduit pas à un moyen d'obtenir le reste ; il est la fin, le trésor lui-même. Faire de lui une technique d'enrichissement, ce serait justement retomber dans le souci que le texte veut guérir, en gardant les choses au centre et Dieu à leur service.

Reste ce mot souvent oublié quand on cite le verset : et la justice de Dieu. Chercher le royaume, c'est aussi chercher cette justice, non la nôtre péniblement accumulée, mais celle que Dieu donne. Or l'Évangile annonce que cette justice porte un nom : Jésus-Christ, qui nous a été fait justice de la part de Dieu. Nous ne montons pas vers le royaume à force de mérites. C'est le Roi qui est descendu, qui a vécu la justice dont nous manquons, et qui l'a offerte à la croix, une fois pour toutes. Chercher premièrement le royaume ne consiste pas à se hisser par ses efforts, mais à recevoir d'abord ce don, puis à désirer que son règne s'étende. La primauté demandée n'ajoute pas un fardeau ; elle invite à s'appuyer sur Celui qui a déjà tout accompli.

Concrètement, cette semaine, cela peut prendre un visage tout simple. Avant d'ouvrir la liste des soucis du matin, s'arrêter trois minutes pour dire au Père : que ton règne vienne d'abord, ici, aujourd'hui. Prendre une décision précise, une dépense, une réponse à donner, une inquiétude qui tourne en boucle, et la remettre consciemment sous le règne de Dieu avant de la trancher. Non pour décrocher une récompense, mais pour goûter que le fardeau change de main. On ne guérit pas l'inquiétude en l'affrontant de face ; on la déplace en lui préférant un royaume. Et quand le souci reviendra, comme il reviendra, il suffira de se remettre à chercher, doucement, premièrement, Celui qui sait déjà de quoi nous avons besoin.