
Théologie
Genèse : le Livre des Commencements
4 juillet 2025
« Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. »
Il y a des premières phrases dont dépend tout un livre. Celle de la Genèse porte le poids de la Bible entière. Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre.(Genèse 1:1)
Sept mots en français, et l'horizon est déjà fixé. Avant que l'homme n'existe, avant qu'aucune histoire ne commence, Dieu est là, seul et libre, à l'œuvre. Tout ce qui suivra, les patriarches, l'exode, les prophètes, la croix, se déploiera sur ce socle posé dès la première ligne. La Genèse n'est pas un traité scientifique arraché à notre curiosité ; c'est une révélation offerte à notre confiance. Nous ne venons pas d'un hasard ou d'un chaos aveugle : nous sommes l'œuvre voulue d'un Dieu qui parle. Lire la Genèse, c'est revenir au seuil, là où tout prend sens parce que tout prend source.
Le titre même du livre dit sa vocation. Nous l'appelons Genèse, d'un mot grec pour « origine, naissance, commencement ». Les Hébreux, eux, le nomment par son premier mot : bereshit, « au commencement ». La langue ancienne aime désigner les choses par leur ouverture, comme si le début contenait déjà tout. Le verbe qui suit, bara, « créer », mérite qu'on s'y arrête : dans la Bible hébraïque, il n'a jamais qu'un seul sujet possible, Dieu. Les hommes façonnent et transforment une matière qui les précède ; mais créer au sens de bara, faire surgir par la seule puissance de la parole, cela n'appartient qu'à Dieu. Dès le premier verbe, une frontière se trace entre le Créateur et sa créature, et cette frontière est une bonne nouvelle : nous avons un Maître, et non un néant.
La Genèse est le livre des commencements parce que presque tout y naît une première fois. La lumière et la nuit, la mer et la terre ferme, le vivant qui fourmille, l'homme et la femme façonnés à l'image de Dieu, le repos du septième jour. On y voit poindre le mariage, le travail confié comme une vocation, la bénédiction. Rien n'est encore usé, tout sort des mains de Dieu, et sept fois le récit répète que cela était bon, jusqu'à ce sommet où tout est déclaré très bon. Ce refrain n'a rien de naïf ; il grave en nous une conviction que le mal cherchera plus tard à effacer. À l'origine, la création était bénie et non maudite, et la vie, avant d'être blessée, fut voulue belle.
Mais le livre des commencements est aussi celui d'une chute. Très vite, la parole du serpent vient contredire la parole de Dieu, et l'homme choisit de se faire juge de ce qui est bon. La communion se brise, la honte apparaît, et le sol lui-même en porte la blessure. La Genèse ne farde pas la réalité : elle nomme le péché sans détour et montre la fracture qui traverse le monde et nos cœurs. Nous reconnaissons dans ce récit notre propre histoire, cette envie de décider seuls de notre bien, et le cortège d'exil qui s'ensuit. Le livre ne nous flatte pas. Il ne nous abandonne pas non plus dans la nuit, car au cœur de la sentence prononcée se glisse déjà une promesse, discrète et immense.
Dans la bouche de Dieu, au jour même de la chute, retentit la première annonce de l'Évangile. Il y est parlé d'une postérité de la femme qui écrasera la tête du serpent. Les Pères de l'Église ont vu là le premier fil d'or tendu à travers toute la Bible, la promesse d'un Sauveur né d'entre les hommes pour vaincre le mal à sa source. La Genèse n'enferme donc pas l'humanité dans son échec ; elle ouvre, dès le seuil, l'attente. Tout le reste des Écritures ne fera que dérouler cette promesse, de génération en génération, jusqu'à ce qu'elle prenne chair. Le livre des commencements est déjà orienté : il regarde plus loin que lui-même, vers Celui qui viendra réparer ce qui, ici, s'est brisé.
On ne peut pas lire la Genèse en chrétien sans la lire vers le Christ. L'apôtre Jean, reprenant à dessein les mots du premier verset, écrira que la Parole était au commencement et que tout a été fait par elle. Celui qui créa les cieux et la terre est le même qui, plus tard, prendra notre chair pour recréer ce que le péché avait défait. Le premier Adam nous a plongés dans l'exil ; le dernier Adam nous ramène à la maison. La Genèse et l'Évangile se répondent : le jardin perdu et le tombeau vaincu, l'arbre de la désobéissance et le bois de la croix où Christ a tout accompli. Le commencement appelait une création nouvelle, et cette création a un visage.
Cette semaine, que la lecture de la Genèse ne reste pas un débat sur des origines lointaines ; qu'elle devienne un acte de confiance, tout concret. Le Dieu qui a fait surgir la lumière par sa seule parole peut faire lever le jour dans votre situation la plus sombre. Prenez le premier chapitre, lisez-le lentement, et laissez ce refrain, cela était bon, réapprendre à votre cœur fatigué que le monde a d'abord été aimé. Puis remettez au Créateur ce que vous ne pouvez ni faire naître ni réparer vous-même. Celui qui a commencé une si bonne œuvre au matin du monde n'a pas fini de créer ; par grâce, en Christ, il fait de vous une créature nouvelle.
À lire ensuite
Toutes les dévotions
Comprendre le Silence Divin
Lorsque les réponses se font attendre, comment maintenir une foi vivante ? Une réflexion sur l'attente active et la confiance.

La Grâce, Scandale et Libération
Rien à prouver, rien à payer, rien à mériter : la grâce heurte de front notre instinct le plus profond. C’est précisément ce scandale qui libère — à condition de le laisser intact.

L’Incarnation : Dieu dans la Chair des Jours
« La Parole a été faite chair » : quatre mots qui séparent le christianisme de toute spiritualité d’évasion. Dieu n’a pas survolé la condition humaine — il l’a habitée, de l’atelier à la croix.